Données

Revenus : les jeunes à la traine

Depuis 2002, les inégalités de niveau de vie se creusent entre les plus jeunes, dont les revenus stagnent, et les plus âgés, pour qui ils ont augmenté. Une fracture s’est creusée, aggravée par les difficultés d’accès au logement dont les prix ont explosé. Extrait du Centre d’observation de la société.

19 août 2021

https://www.inegalites.fr/Revenus-selon-l-age - Reproduction interdite

Revenus Âges Niveaux de vie

Les inégalités de revenus s’accroissent entre les plus riches et les plus pauvres, mais aussi entre les groupes d’âge. Au cours des vingt dernières années (1998-2018), nos calculs montrent que le niveau de vie moyen des 18-29 ans a augmenté de 17 %, soit 2 900 euros annuels (après impôts et prestations sociales, et inflation déduite). Pendant ce temps, celui des 65-74 ans a progressé de 20 % (+ 3 700 euros annuels).

L’évolution longue est marquée par une cassure en 2002. À la fin des années 1990, toutes les catégories d’âge profitent de la reprise qui a lieu entre 1997 et 2001. À tel point que le niveau de vie moyen des jeunes de 18 à 29 ans rattrape quasiment le niveau de vie moyen global et celui des plus âgés. Toutes les tranches d’âge subissent le ralentissement de 2002. Les évolutions vont vraiment diverger à partir de ce moment-là : le niveau de vie des plus âgés continue à progresser (+ 12 % entre 2002 et 2018), alors que celui des 18-29 ans stagne. Au cours de ces seize dernières années, le niveau de vie annuel moyen des jeunes n’a augmenté que de 560 euros, contre + 2 400 euros pour les 65-74 ans. La fracture est profonde.

Plusieurs raisons peuvent expliquer la hausse des inégalités de revenus entre les jeunes et les vieux. Tout d’abord, les 65-74 ans de 2018 sont nés au plus tard au milieu des années 1950. Ce sont les dernières générations d’avant l’apparition du chômage de masse. Elles ont aussi connu une nette progression du taux d’activité féminin : de plus en plus de femmes arrivent à l’âge de la retraite avec des carrières complètes (ou moins incomplètes). Ce n’est que pour la génération suivante que l’on pourra voir un effet sensible du chômage et de la précarité sur les niveaux de vie. Inversement, les 18-29 ans de 2018 se sont insérés en pleine morosité économique – la croissance est lente depuis 2001 – et ils le paient par des salaires en berne et, pour les moins diplômés, par des contrats précaires qui les laissent au chômage une partie de l’année. Pour cette génération, 2020 et les années suivantes vont encore aggraver les difficultés d’entrée sur le marché du travail et risquent d’affecter les revenus des plus jeunes et des moins stables.

Cette situation rend particulièrement délicat l’accès au logement dont les prix ont explosé : une partie des jeunes doivent se contenter de colocations jusqu’à des âges élevés ou rester vivre chez leurs parents. Seule une minorité très favorisée peut se constituer un patrimoine, notamment en accédant à la propriété. Les inégalités se transmettent par ce biais dans le temps : une fois âgés, quand certains auront achevé de rembourser leurs emprunts immobiliers, d’autres verront leur niveau de vie réduit par le paiement d’un loyer, creusant ainsi encore davantage les écarts de niveau de vie.

Niveau de vie annuel moyen après impôts et prestations sociales, pour une personne seule. Séries recalculées pour tenir compte des ruptures de série.
Lecture : en 2018, les 18-29 ans gagnent en moyenne 19 940 euros par an.

Source : calculs de l'Observatoire des inégalités d'après l'Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique Données

Cet article est extrait du Centre d’observation de la société.

Photo / © Angèle Schmidt

Date de première rédaction le 3 novembre 2017.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Sur ce thème