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Revenus, patrimoine, pauvreté

Les inégalités de niveau de vie se stabilisent

Données 7 octobre 2021 https://www.inegalites.fr/evol-inegalites-long - Reproduction interdite

Les années 1980 ont marqué l’arrêt de la baisse des inégalités de revenus. Celles-ci ont remonté par la suite et semblent stabilisées depuis le milieu des années 2000. Notre synthèse sur l’évolution des inégalités de revenus.

Revenus et patrimoine Niveaux de vie

Les inégalités de niveau de vie jouent au yoyo en France : une année elles montent, une autre elles descendent. Si on prend un peu de recul, on observe plutôt une tendance à la stabilisation au cours des 15 dernières années. Cette tendance est malgré tout bien fragile. Observons ce qu’en disent les principaux indicateurs.

Au vu du « rapport interdécile » (le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches divisé par le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres) [1], on a assisté à une baisse très nette des inégalités de revenus dans les années 1970. Ce mouvement s’interrompt à partir des années 1980. En 1970, les 10 % les plus riches avaient un niveau de vie minimum 4,6 fois plus élevé que le maximum des 10 % les plus pauvres. En 1984 le rapport est de 3,3. Depuis, il oscille. En 2019, ce rapport est de 3,5, équivalent à celui de 1996, mais tout de même parmi les plus élevés enregistrés depuis 40 ans.

Revenus après impôts et prestations sociales.
Lecture : en 2019, le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches est 3,5 fois supérieur au niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Ce rapport interdécile est un indicateur imparfait : il ne prend pas en compte l’évolution de ce que touchent les très riches, ceux situés très au-dessus du seuil d’entrée dans les 10 % les plus aisés [2]. Pour mesurer les inégalités sur l’ensemble de l’échelle des niveaux de vie, on doit utiliser d’autres indicateurs.

Le rapport des niveaux de vie moyens divise ce que touchent en moyenne les 10 % les plus favorisés et les 10 % les plus pauvres, et non plus les limites de ces tranches – avec le rapport interdécile, on comparait le plus riche des pauvres au moins riche des riches. Entre 1996 et 2004, le rapport entre les niveaux de vie moyens des deux extrémités de l’échelle reste assez stable : les plus riches touchent environ 6,5 fois plus que les plus modestes. Il bondit entre 2004 et 2011 pour atteindre un sommet à 7,5. Il est revenu à 6,9 en 2019, son niveau de 2005.

Rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres. Après impôts et prestations sociales, pour une personne seule.
Lecture : en 2019, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est 6,9 fois plus élevé que le revenu moyen des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

« L’indice de Gini » est plus complet. Il compare la répartition des revenus dans toute la population à une situation d’égalité théorique. Plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité. Plus il tend vers un, plus l’inégalité est forte. Cet indice diminue jusqu’au début des années 1990, se stabilise ensuite, puis augmente dès 1999. À cette période, les revenus des plus favorisés progressent rapidement. Ils profitent d’importantes baisses d’impôts décidées dans un contexte de forte croissance économique. On assiste alors à un tournant dans l’histoire des inégalités de niveau de vie en France, qui se remettent à augmenter fortement. À 0,295 en 2019, l’indice est très proche de son niveau de 2006 (0,293) compte tenu des marges d’erreur.

Lecture : en 2019, l'indice de Gini des niveaux de vie, après impôts et prestations sociales, est de 0,295 en France.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Ces tendances sont confirmées par un autre indicateur d’inégalités, bien moins connu, mais plus facile à comprendre : le « ratio de Palma ». Celui-ci rapporte la masse des revenus perçus par les 10 % les plus riches à celle que reçoit l’ensemble des 40 % les plus pauvres. En zoomant sur les vingt dernières années, on observe que les 10 % les plus riches percevaient en 1998 la même masse de revenus que l’ensemble des 40 % les plus pauvres – alors que ces derniers sont quatre fois plus nombreux. Le ratio de Palma était alors de 1. La part captée par les plus riches dans l’ensemble des revenus a progressé significativement, pour atteindre un sommet à 1,16 en 2011. Entre 2013 et 2017, le ratio est redescendu autour de 1,05. Il atteint 1,12 en 2018, mais revient à 1,06 en 2019, un niveau identique à 2006.

Niveau de vie après impôts et prestations sociales. Lecture : en 2018, les 10 % les plus aisés perçoivent une masse de revenus 1,12 fois plus grande que l'ensemble des 40 % les plus modestes, alors que ces derniers sont quatre fois plus nombreux.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Observées à travers ces quatre grands indicateurs, les inégalités de niveau de vie n’explosent pas dans notre pays. Il faut néanmoins apporter plusieurs nuances à ce tableau.

Premièrement, la tendance historique à la baisse s’est retournée. Tout au long des années 1970 à 1990, les revenus des pauvres et des riches avaient tendance à se rapprocher. À la fin des années 1990, les écarts entament quinze années de hausse pour culminer en 2011-2012. Les hiérarchies se renforcent. Et malgré la protection que procure notre modèle social, les phases de crise économique affectent d’abord les plus modestes. En 2019, sous la pression du mouvement des gilets jaunes, des mesures favorables aux classes moyennes ont été prises. Sans ces manifestations, nous aurions un niveau d’inégalité supérieur à 2018 et une analyse différente.

Deuxièmement, cette évolution peut masquer des évolutions divergentes selon les catégories. En particulier, le sort des plus âgés s’améliore du fait de l’élévation du minimum vieillesse et de carrières professionnelles plus longues pour les femmes qui arrivent à l’âge de la retraite. À l’opposé, les jeunes subissent les effets de la précarité, des bas salaires et d’un taux de chômage élevé.

Troisièmement, ces données portent toutes sur des indicateurs dit « relatifs » d’inégalité. Dans la vie de tous les jours, on ne se compare pas relativement, mais en euros, de manière dite « absolue », surtout à court terme. Par exemple, entre 2017 et 2019, le niveau de vie moyen des 10 % les plus pauvres s’est accru de 60 euros pour l’ensemble de l’année, soit 5 euros par mois, alors que celui des 10 % les plus riches a progressé de 1 300 euros, soit plus de 100 euros mensuels.

La prudence est donc de mise, d’autant que l’on ne mesure pas encore les effets de la crise liée à la Covid-19. En 2020, notre modèle social et la décision, majeure, d’un niveau très généreux de prise en charge du chômage partiel par la collectivité ont amorti un choc violent. À plus long terme, la résorption des inégalités dépendra pour beaucoup de l’évolution de l’emploi, mais aussi de la baisse de la précarité des contrats de travail. Ce qui est loin d’être gagné.

10 % un jour, 10 % toujours ?
Pour comprendre la mesure des inégalités de revenus, il faut garder en tête que l’on compare des populations qui changent de position dans la hiérarchie des revenus. Les individus qui appartiennent aux 10 % les plus riches (ou des plus pauvres) ne sont plus forcément les mêmes d’une année sur l’autre : une partie s’est appauvrie (ou enrichie), certains sont décédés, ont quitté le territoire ou y sont entrés. Selon une étude de l’Insee, environ 15 % des 10 % les plus riches de 2013 ne l’étaient plus en 2014 [3]. Pour les 10 % les plus pauvres, cette proportion est de 20 %. On n’observe pas l’évolution des 10 % de la population dans le temps, mais on compare le niveau de vie du groupe des 10 % à un moment donné par rapport à un autre. En toute rigueur, on ne devrait pas dire « les 10 % les plus riches se sont enrichis » mais « le niveau de vie des 10 % les plus riches a augmenté ».

Voir aussi :

Photo / © Gina Sanders - Fotolia


[1Soit les neuvième et premier déciles. Ce rapport est calculé une fois les impôts directs retirés et les prestations sociales ajoutées, pour une personne seule.

[3Voir « Les très hauts revenus en 2015 », Marie-Cécile Cazenave-Lacrouts, in Les revenus et le patrimoine des ménages, éd. 2018, Insee, juin 2018.


Date de première rédaction le 10 septembre 2019.
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