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Revenus, patrimoine, pauvreté

Les inégalités de niveau de vie, en voie de stabilisation ?

Données 7 décembre 2018

Après avoir fortement augmenté, les inégalités de niveau de vie semblent se stabiliser ces dernières années. Pour autant, elles demeurent plus élevées qu’il y a vingt ans. Notre synthèse sur l’évolution des inégalités de revenus.

Revenus et patrimoine Niveaux de vie

Allons-nous enfin vers du mieux en matière d’inégalités de revenus ? En 2012 et 2013, les écarts de revenus ont diminué. Ensuite, entre 2013 et 2016, ils se sont stabilisés. Les données 2016 nous situent au niveau d’il y a dix ans en arrière. Il est bien trop tôt pour crier victoire : les inégalités demeurent à un niveau très supérieur à ce qu’elles étaient vingt ans plus tôt. Voyons ce qu’en disent les principaux instruments de mesure.

Au vu du « rapport interdécile » (niveau de vie minimum des 10 % les plus riches divisé par le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres) [1], on a assisté à une baisse très nette des inégalités dans les années 1970, puis à une stabilisation à partir des années 1980. En 1970, les plus modestes avaient un niveau de vie maximum 4,6 fois moins élevé que les 10 % les plus riches. En 2016, ce rapport est de 3,4.

Revenus après impôts directs et prestations sociales. Lecture : en 2016, le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches était 3,4 fois supérieur au niveau de vie le plus élevé des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

      

Ce rapport interdécile est un indicateur très imparfait car il ne prend pas en compte l’évolution de ce que touchent les très riches, ceux situés très au-dessus du seuil d’entrée dans les 10 % les plus aisés [2]. Pour mesurer les inégalités sur l’ensemble de l’échelle des niveaux de vie, il faut utiliser l’indice de « Gini » qui compare la répartition des revenus à une situation d’égalité théorique. Plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité. Plus il tend vers un, plus l’inégalité est forte.


Source : Insee - © Observatoire des inégalités

      

Ce Gini nous raconte une histoire plus nuancée que le rapport interdécile. Il diminue jusqu’au début des années 1990, se stabilise et augmente dès 1999. À cette période, les revenus des plus favorisés progressent rapidement. Ils profitent d’importantes baisses d’impôts décidées dans un contexte de forte croissance économique. On assiste alors à un tournant dans l’histoire des inégalités de niveau de vie en France, qui se remettent à augmenter fortement. Le Gini atteint un pic en 2011, puis diminue jusqu’en 2013 sous le double effet de la crise financière et d’une augmentation des impôts sur les plus aisés.

Observées à travers ces deux indicateurs, les inégalités de niveau de vie n’explosent pas dans notre pays. Mais c’est moins la force des écarts que la tendance de long terme qui compte. Jusque dans les années 1990, les revenus des pauvres et des riches avaient tendance à se rapprocher, désormais ils s’éloignent. Les hiérarchies se renforcent. Le vent a tourné.

Ce changement historique est très nettement sous-estimé. On le comprend mieux si on ausculte de façon encore plus précise les vingt dernières années, avec un nouvel indicateur : le rapport, non plus entre la limite de ces tranches (on comparait plus haut, le plus riche des pauvres aux moins riche des riches), mais entre ce que touchent en moyenne les 10 % les plus favorisés et les 10 % les moins favorisés. Jusqu’au début des années 2000, cet indicateur reste assez stable : les premiers touchent environ 6,3 fois plus que les seconds. Mais il bondit entre 2004 et 2011 pour atteindre 7,5 fois plus. En 2016, il est revenu à 6,7.

Après impôts et prestations sociales. Pour une personne seule. Lecture : en 2016, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est 6,7 fois plus élevé que le revenu moyen des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

      

Il y a bien eu une hausse des inégalités. On saisit mal le phénomène tant qu’on en reste à ce type de rapport. Au quotidien, on ne se compare pas de façon relative (en divisant les revenus des uns par ceux des autres) : on observe combien les autres gagnent en plus, en euros (en faisant une soustraction). À l’Observatoire des inégalités, nous sommes les seuls à mesurer l’écart entre ce que touche le dixième le plus favorisé et le moins favorisé. Chaque année, les 10 % les plus riches perçoivent environ 56 000 euros, les 10 % les plus pauvres 8 000 euros. Une différence de 48 000 euros, équivalente à un peu plus de 3,5 années de travail au Smic. L’écart a grimpé de 38 000 euros annuels en 1996 à 52 000 euros en 2011, puis a baissé pour revenir à 48 000 euros en 2016. Au cours de ces vingt années, les niveaux de vie annuels – impôts, prestations et inflation pris en compte – se sont écartés de 10 000 euros. On comprend mieux ainsi les tensions sociales qui se font jour.

Après impôts et prestations sociales. Pour une personne seule.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités

      

Nos données s’arrêtent à 2016 et s’achèvent sur une stabilisation des écarts. Cette situation va-t-elle se maintenir ? En bas de l’échelle des revenus, la tendance à la baisse du chômage, même si elle est lente, a un effet favorable. De même, les augmentations du minimum vieillesse et de l’allocation adulte handicapé vont dans le bon sens pour les niveaux de vie des plus modestes. En revanche, les baisses des allocations logement, des pensions de retraite (compte tenu de la hausse des prix) et la suppression de très nombreux contrats aidés pèsent sur les revenus des plus pauvres. Les importantes diminutions d’impôts accordées aux plus aisés à l’automne 2017 favorisent quant à elles les plus riches, diminutions qui sont loin d’être compensées par les baisses accordées aux plus modestes. Nous avons calculé que les seules mesures prises sur l’imposition des revenus financiers aboutissaient à un gain de 100 000 euros par an pour les contribuables dont les revenus financiers annuels étaient de 400 000 euros [3]. Dans ce contexte, il est très probable que les inégalités de niveau de vie se soient accrues entre 2016 et 2018.

10 % d’un jour, 10 % toujours ?
Pour comprendre la mesure des inégalités de revenus, il faut bien avoir en tête que l’on compare des populations qui changent de position dans la hiérarchie des revenus. Les individus qui appartiennent aux 10 % les plus riches (ou des plus pauvres) ne sont plus forcément les mêmes d’une année sur l’autre : une partie s’est appauvrie (ou enrichie), certains sont décédés, ont quitté le territoire ou y sont entrés. Selon une étude de l’Insee, environ 15 % des 10 % les plus riches de 2013 ne l’étaient plus en 2014 [4]. Pour les 10 % les plus pauvres, la proportion est de 20 %. On n’observe pas l’évolution des 10 % de la population dans le temps, mais on compare le niveau de vie du groupe des 10 % à un moment donnéà un autre. En toute rigueur, on ne devrait pas dire « les 10 % les plus riches se sont enrichis » mais « le niveau de vie des 10 % les plus riches a augmenté ».

Photo / © Gina Sanders - Fotolia


[1Soit le neuvième et le premier déciles. Ce rapport est calculé une fois les impôts directs retirés et les prestations sociales incluses, pour une personne seule.

[3Voir notre article « Taxation des revenus financiers : 100 000 euros par an pour les plus riches ».

[4Voir « Les très hauts revenus en 2015 », Marie-Cécile Cazenave-Lacrouts, in Les revenus et le patrimoine des ménages, éd. 2018, Insee, juin 2018.


Date de première rédaction le 24 avril 2013.
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