Observatoire des inégalités
Soutenez l'Observatoire des inégalités >>                              X Fermer
Bouton menu

Contre les inégalités, l’information est une arme

Bouton soutenir
Revenus, patrimoine, pauvreté

Les inégalités de niveau de vie n’augmentent plus depuis cinq ans

Données 10 septembre 2019

Les inégalités de revenu ont fortement augmenté à partir des années 2000. Elles se stabilisent depuis 2013, mais demeurent plus élevées qu’il y a vingt ans. Notre synthèse sur l’évolution des inégalités de revenus.

Revenus et patrimoine Niveaux de vie

Allons-nous enfin vers du mieux en matière d’inégalités de revenus ? En 2012 et 2013, les écarts de revenus ont diminué. Ensuite, entre 2013 et 2017, ils se sont stabilisés. Les données 2017 de l’Insee se situent au même niveau qu’il y a dix ans. Il est bien trop tôt pour crier victoire : les inégalités demeurent à un niveau supérieur à ce qu’elles étaient au milieu des années 1980. Voyons ce qu’en disent les principaux instruments de mesure.

Au vu du « rapport interdécile » (le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches divisé par le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres) [1], on a assisté à une baisse très nette des inégalités de revenus dans les années 1970, puis à une stabilisation à partir des années 1980. En 1970, les plus modestes avaient un niveau de vie maximum 4,6 fois moins élevé que les 10 % les plus riches. En 2017, ce rapport est de 3,4.

Revenus après impôts directs et prestations sociales. Lecture : en 2017, le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches était 3,4 fois supérieur au niveau de vie le plus élevé des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Le rapport interdécile est un indicateur imparfait car il ne prend pas en compte l’évolution de ce que touchent les très riches, ceux situés très au-dessus du seuil d’entrée dans les 10 % les plus aisés [2]. Pour mesurer les inégalités sur l’ensemble de l’échelle des niveaux de vie, il faut utiliser l’indice de « Gini » qui compare la répartition des revenus dans toute la population à une situation d’égalité théorique. Plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité. Plus il tend vers un, plus l’inégalité est forte.

Ce Gini nous raconte une histoire plus nuancée. Il diminue jusqu’au début des années 1990, se stabilise ensuite, puis augmente dès 1999. À cette période, les revenus des plus favorisés progressent rapidement. Ils profitent d’importantes baisses d’impôts décidées dans un contexte de forte croissance économique. On assiste alors à un tournant dans l’histoire des inégalités de niveau de vie en France, qui se remettent à augmenter fortement. Le Gini atteint un pic en 2011 (0,305), puis diminue jusqu’en 2013 (0,288) sous le double effet de la crise financière et d’une augmentation des impôts pour les plus aisés. Depuis, il est stable à 0,29.

Lecture : en 2017, l'indice de Gini des niveaux de vie, après impôts et prestations sociale, est de 0,289 en France.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Observées à travers ces deux indicateurs, les inégalités de niveau de vie n’explosent pas dans notre pays. Mais c’est moins la force des écarts que la tendance sur le long terme qui compte. Tout au long des années 1970 à 1990, les revenus des pauvres et des riches avaient tendance à se rapprocher. À la fin des années 1990, les écarts entament quinze années de hausse. Les hiérarchies se renforcent. Le vent a tourné.

Ce changement historique est très nettement sous-estimé. On le comprend mieux si on ausculte de façon encore plus précise les vingt dernières années, avec un nouvel indicateur : le rapport entre ce que touchent en moyenne les 10 % les plus favorisés et les 10 % les moins favorisés, et non plus celui entre la limite de ces tranches (avec le rapport interdécile, on comparait le plus riche des pauvres au moins riche des riches). Jusqu’au début des années 2000, cet indicateur reste assez stable : les premiers touchent environ 6,3 fois plus que les seconds. Il bondit entre 2004 et 2011 pour atteindre 7,5 fois plus. En 2017, il est revenu à 6,8.

Après impôts et prestations sociales. Pour une personne seule. Lecture : en 2017, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est 6,8 fois plus élevé que le revenu moyen des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

L’écart se creuse

On saisit mal l’ampleur du phénomène tant qu’on en reste à ce type de rapport. Au quotidien, on ne se compare pas de façon relative (en divisant les revenus des uns par ceux des autres) : on observe combien les autres gagnent en plus, en euros (en faisant une soustraction). À l’Observatoire des inégalités, nous mesurons donc l’écart entre ce que touche le dixième le plus favorisé et le moins favorisé. En une année, les 10 % les plus riches perçoivent en moyenne environ 57 000 euros, les 10 % les plus pauvres 8 400 euros. Une différence de 48 800 euros, équivalente à un peu plus de 3,5 années de travail payées au Smic. L’écart a grimpé de 38 000 euros annuels en 1996 à 53 000 euros en 2011, puis a baissé pour revenir à 48 800 euros en 2017. Au cours de ces vingt années, les niveaux de vie annuels – impôts, prestations et inflation pris en compte – se sont écartés de 10 000 euros. On comprend mieux ainsi les tensions sociales qui se font jour.

Après impôts et prestations sociales. Pour une personne seule. Lecture : en 2017, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est supérieur de 48 760 euros au revenu moyen des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Nos données s’arrêtent à 2017 et s’achèvent sur une stabilisation des écarts. Cette situation va-t-elle se maintenir ? En bas de l’échelle des revenus, la tendance à la baisse du chômage, même si elle est lente, a un effet favorable. De même, les augmentations du minimum vieillesse et de l’allocation adulte handicapé vont dans le bon sens pour les niveaux de vie des plus modestes, de même que la hausse de la prime d’activité pour les bas salaires. En revanche, les baisses des allocations logement et la suppression de très nombreux contrats aidés pèsent sur les revenus des plus pauvres. Les importantes diminutions d’impôts accordées aux plus aisés à l’automne 2017 favorisent quant à elles les plus riches, diminutions qui sont loin d’être compensées par les baisses accordées aux plus modestes. Nous avons calculé que les seules mesures prises sur l’imposition des revenus financiers aboutissent à un gain de 100 000 euros par an pour les contribuables dont les revenus financiers annuels sont de 400 000 euros [3]. Dans ce contexte, il est très probable que les inégalités de niveau de vie se soient accrues entre 2017 et 2019.

10 % un jour, 10 % toujours ?
Pour comprendre la mesure des inégalités de revenus, il faut garder en tête que l’on compare des populations qui changent de position dans la hiérarchie des revenus. Les individus qui appartiennent aux 10 % les plus riches (ou des plus pauvres) ne sont plus forcément les mêmes d’une année sur l’autre : une partie s’est appauvrie (ou enrichie), certains sont décédés, ont quitté le territoire ou y sont entrés. Selon une étude de l’Insee, environ 15 % des 10 % les plus riches de 2013 ne l’étaient plus en 2014 [4]. Pour les 10 % les plus pauvres, cette proportion est de 20 %. On n’observe pas l’évolution des 10 % de la population dans le temps, mais on compare le niveau de vie du groupe des 10 % à un moment donné à un autre. En toute rigueur, on ne devrait pas dire « les 10 % les plus riches se sont enrichis » mais « le niveau de vie des 10 % les plus riches a augmenté ».

Photo / © Gina Sanders - Fotolia


[1Soit les neuvième et premier déciles. Ce rapport est calculé une fois les impôts directs retirés et les prestations sociales incluses, pour une personne seule.

[4Voir « Les très hauts revenus en 2015 », Marie-Cécile Cazenave-Lacrouts, Les revenus et le patrimoine des ménages, éd. 2018, Insee, juin 2018.


Date de première rédaction le 10 septembre 2019.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Affiner
Revenus, patrimoine, pauvreté


Autres thèmes

> Emploi > Éducation > Lien social et politique > Conditions de vie > Catégories sociales > Âges et générations > Femmes et hommes > Europe > Français et étrangers > Territoires > Monde

Sur le même sujet

Analyses 14/11/2019
Jeux d’argent : un impôt sur la fortune du pauvre
Entretiens 07/11/2019
« On ne réglera pas le problème des inégalités en s’en prenant uniquement aux 1 % les plus riches », Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités
Données 23/10/2019
Minima sociaux : qui touche combien ?
Propositions 17/10/2019
Pour la création d’un revenu minimum unique
Données 15/10/2019
Le nombre d’allocataires de minima sociaux ne baisse plus
Analyses 04/10/2019
Pourquoi certains enfants vivent-ils dans la pauvreté ?
Analyses 12/09/2019
Inégalités de revenus : stabilité dans la morosité
Données 10/09/2019
Les inégalités de niveau de vie n’augmentent plus depuis cinq ans
Données 10/09/2019
Les seuils de pauvreté en France
Données 10/09/2019
Depuis cinq ans, la pauvreté stagne à un niveau élevé