Comment évoluent les inégalités de revenus en France ?
Après une baisse dans les années 1970 et 1980, les inégalités de revenus repartent à la hausse depuis la fin des années 1990. En 2024, elles sont à leur plus haut niveau depuis 30 ans. Notre synthèse des principaux indicateurs.
Publié le 9 juillet 2026
https://www.inegalites.fr/evol-inegalites-long - Reproduction interditeL’évolution des inégalités de revenus en France est sujette à de vifs débats. Pour comprendre le phénomène, il faut l’analyser au cours du temps et utiliser différents indicateurs. Les principaux concordent. La fin des années 1990 a marqué une remontée des écarts. Les inégalités de revenus atteignent aujourd’hui leur niveau le plus élevé en 30 ans.
L’un des indicateurs les plus simples à utiliser pour mesurer les inégalités de revenus est le rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres. Au cours des 30 dernières années, ce ratio s’est d’abord maintenu à six environ pendant près de dix ans, entre 1996 et 2004 selon l’Insee. Ce qui signifie que le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches était six fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. Le chiffre a augmenté par la suite, pour dépasser sept entre 2010 et 2012. Après une nouvelle baisse ensuite, il atteint le plus haut niveau jamais enregistré par l’Insee : 7,73 en 2024. Lorsque l’on tient ainsi compte des extrémités de la distribution, les inégalités de revenus sont aujourd’hui au plus haut depuis trois décennies.
Source : calculs de l'Observatoire des inégalités d'après les données de l'Insee – © Observatoire des inégalités
« L’indice de Gini », un autre indicateur, est plus complet car il compare la répartition des revenus dans toute la population à une situation d’égalité théorique. Plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité. Plus il tend vers un, plus l’inégalité est forte. Cet indice diminue jusqu’au milieu des années 1990 pour atteindre un point bas à 0,272 en 1998.
À la fin des années 1990, on assiste à un tournant dans l’histoire des inégalités de niveaux de vie en France : l’indice de Gini se remet à augmenter fortement jusqu’à un sommet de 0,298 atteint en 2011. En 2024, l’indicateur dépasse 3 pour la première fois, à 0,302 précisément.
Lecture : en 2024, l'indice de Gini des niveaux de vie est de 0,302.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités
Ces tendances sont confirmées par le « ratio de Palma » qui rapporte la masse des revenus perçue par les 10 % les plus riches à celle que reçoit l’ensemble des 40 % les plus pauvres. En 1999, le ratio de Palma était de un : les 10 % les plus riches percevaient en 1999 la même masse de revenus que l’ensemble des 40 % les plus pauvres, pourtant quatre fois plus nombreux. La part captée par les plus riches dans l’ensemble des revenus a progressé significativement ensuite. Le ratio atteint un sommet à 1,11 en 2011. Entre 2013 et 2017, il est redescendu autour de 1,01. Cet indicateur également atteint son point le plus élevé en 30 ans : 1,14 en 2024 (dernière année disponible).
Source : Insee – © Observatoire des inégalités
Les inégalités de niveaux de vie, observées à travers ces différents indicateurs, n’explosent pas en France. Mais la tendance historique à la baisse s’est retournée. Tout au long des années 1970 à 1990, les revenus des pauvres et des riches avaient tendance à se rapprocher. Depuis la fin des années 1990, les écarts entament une remontée, avec un pic marqué en 2011-2012. Ils se stabilisent ensuite à un niveau plus bas entre 2013 et 2017. Depuis, et à l’exception de l’année 2020 marquée par la crise sanitaire, les inégalités sont durablement reparties à la hausse et l’année 2024 est la plus inégalitaire des dernières décennies.
La baisse du chômage de 2015 à 2022 a permis à une partie des plus modestes d’améliorer leurs revenus du travail. Mais pour beaucoup, il s’agit d’emplois précaires, mal rémunérés et parfois en temps partiel. Et depuis, la situation de l’emploi se dégrade à nouveau. Les prestations sociales augmentent moins vite que les autres revenus, dans certains cas moins que l’inflation. À l’opposé, la conjonction d’importantes baisses d’impôts (comme la suppression de la taxe d’habitation) et de rendements élevés des revenus du patrimoine (immobilier, actions, obligations, etc.) favorise les catégories aisées. La progression structurelle des inégalités nourrit de fortes tensions sociales, car le bas de l’échelle des revenus – pas uniquement des foyers très pauvres – voit le reste de la société continuer à s’enrichir.
Photo / CC Hyejin Kang
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