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Questions clés

Inégalités : de quoi parle-t-on au juste ?

Pour analyser les inégalités, il faut les répartir dans deux grandes catégories : les inégalités « de quoi » – dans quel domaine –, et les inégalités « entre qui et qui ». Explications.

Publié le 8 janvier 2026

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Revenus, éducation, âge, catégories sociales… Quand on évoque les inégalités, on traite de très nombreux thèmes. Mais, au fond, on se pose deux grands types de questions : « les inégalités de quoi ? » et « les inégalités entre qui et qui » ?

Premièrement donc, « de quoi parle-t-on ? », nos « inégalités de quoi ? ». Le plus souvent quand on pense aux revenus, mais le champ des inégalités est bien plus large. Il s’étend de l’éducation à l’emploi, en passant par la santé et les loisirs, etc. On parlera alors de « domaines » d’inégalités. Pour présenter nos données sur inegalites.fr, nous sommes contraints de ne retenir qu’un nombre limité de domaines. Nous en avons gardé quatre principaux : « revenus », « éducation », « emploi » et « modes de vie ».

Deuxièmement, on se pose la question : des inégalités « entre qui et qui » ? Les inégalités s’observent entre des personnes que l’on peut comparer et donc regrouper, par exemple, par âge, par genre, par métier (les milieux sociaux), etc. On parlera alors de « catégories de population ». Là aussi, tous les regroupements sont possibles. L’Observatoire des inégalités a retenu quatre grands groupes : le sexe, l’âge, le milieu social et l’origine.

Une fois distinguées les inégalités « de quoi » et « entre qui et qui », il faut croiser les domaines (la famille des « quoi ? ») d’un côté, et les catégories de population (la famille des « qui ? ») de l’autre, pour décrire ce que l’on peut appeler un « système » d’inégalités. Comprendre les inégalités, c’est comprendre comment elles constituent un ensemble, où différents facteurs s’entrecroisent. Aujourd’hui, il est à la mode de parler d’« intersection » : on dit que les inégalités sont « intersectionnelles », ce qui revient au même.

On est une femme ou un homme, mais aussi d’un âge particulier, d’un certain milieu social et d’une couleur de peau donnée, avec parfois un handicap. Les inégalités se cumulent, parfois se compensent. Celui qui veut comprendre les inégalités doit démêler leur poids respectif et comprendre les relations entre elles.

Ces choix de domaines et de catégories de population influencent l’analyse des inégalités. L’important est de comprendre qu’il n’existe pas une seule grille de lecture, mais celle-ci doit être claire. Une fois notre grille de lecture élaborée, il faut en voir les limites. Par souci de lisibilité, l’Observatoire des inégalités regroupe sur son site un grand nombre de domaines dans un seul. Par exemple, la rubrique « modes de vie » rassemble la santé, le logement, les loisirs, etc. La santé ne mériterait-elle pas de figurer au premier niveau, comme c’est le cas pour l’éducation ? Sur notre site, nos principales catégories de population ne comprennent pas, par exemple, le handicap ou l’orientation sexuelle. Elles sont présentes en revanche sur un site spécifique consacré aux discriminations (discrimination.fr).

La construction des catégories de population donne lieu à des débats. La définition de catégories selon l’origine étrangère entraîne sans nul doute les plus virulentes oppositions, tant la question est complexe (voir « Faut-il des statistiques ethniques » ?). Faire des fichiers de personnes par « race » supposée n’est pas anodin. L’Observatoire des inégalités a opté pour le terme « origines », faute de mieux : il n’est pas très satisfaisant, car trop vague, mais « couleur de peau » nous semblait encore moins juste. Les personnes d’origine immigrée ne sont pas nécessairement d’une « couleur » différente des non-immigrés, pourtant, elles sont discriminées du fait de leur nom de famille, de leurs vêtements, etc.

Les critères changent au fil du temps

Après avoir déterminé les inégalités « de quoi » et « de qui », le travail n’est pas terminé. En permanence, de nouveaux domaines et de nouvelles catégories d’inégalités se créent et disparaissent. Il faut les prendre en compte et modifier sans cesse la manière de classer.

La notion d’âge, par exemple, paraît naturelle : on est bien né une année donnée. Mais cette notion évolue au fil du temps. Avoir soixante ans aujourd’hui, ce n’est pas la même chose que dans les années 1950 car, entre-temps, l’espérance de vie a beaucoup progressé.

Dans les années 1960, avoir un poste de télévision était un élément de distinction sociale. Puis progressivement, tout le monde s’est équipé. Désormais, ne pas avoir de télévision distingue : le taux d’équipement est moins élevé chez les diplômés que chez les non-diplômés. Pour les premiers, faire trôner une télé au milieu de son salon est mal vu : c’est le loisir du peuple. Exit donc le fait de posséder ou non un téléviseur dans notre liste des inégalités.

De même, les métiers évoluent, et donc la composition des groupes sociaux : on compte beaucoup moins d’agriculteurs et d’ouvriers, davantage de cadres qu’il y a quarante ans. Pour mieux comprendre le haut de la hiérarchie sociale, des chercheurs ont récemment créé une nouvelle catégorie « l’élite professionnelle » , composée de dirigeants, de professionnels de haut niveau.

Résumons. Pour mieux comprendre les inégalités, on peut séparer les inégalités « de quoi » et « entre qui et qui ». Mais le découpage des catégories est une opération complexe, qui impose de faire des choix. Encore faut-il en permanence vérifier que ces choix sont adaptés. Car ce travail qui peut sembler méthodologique est au fond très politique : il repose sur des hypothèses élaborées par celles et ceux qui établissent cette construction. Qui doit être débattue et actualisée en permanence.

Louis Maurin

Photo / Ryoji Iwata sur Unsplash

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Date de première rédaction le 8 janvier 2026.
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