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Un siècle d’inégalités de revenus : les super-riches regagnent le terrain perdu

Données 25 août 2020

La part des revenus perçue par le 1 % le plus riche a nettement baissé dans les pays occidentaux, depuis les années 1920 jusqu’aux Trente Glorieuses. Depuis 1975, les super-riches ont rattrapé une bonne part de ce qu’ils avaient perdu.

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Au début du siècle dernier, dans les pays occidentaux, le 1 % le plus riche percevait environ 20 % du revenu global avant impôts selon les données de la World Inequality Database [1]. C’est l’âge d’or des rentiers, de ceux qui ont récolté les fruits de la seconde révolution industrielle et qui vivent des revenus de leur patrimoine industriel, foncier et immobilier.


Inflation et guerres mondiales : la fin des rentiers ?

Dès les années 1920, la part du 1 % le plus riche s’effondre en Allemagne et en Suède. Les pertes dues à la Première Guerre mondiale, l’hyperinflation et la crise économique réduisent fortement la valeur des patrimoines et les revenus qui en découlent. En France, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la crise de 1929, suivie de la Seconde Guerre mondiale, ont le même effet.

Dans les pays riches, la période 1916-1950 est marquée par une très forte baisse de la part des revenus des plus riches rapportée à l’ensemble des revenus. En France, celle perçue par le centième le plus riche a été divisée par deux, passant de 22,8 % en 1916 à 10,3 % en 1950. L’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis ont connu une diminution comparable. Le mouvement a été encore plus radical en Suède (de 28,1 % en 1916 à 7,7 % en 1950). Cette forte réduction des inégalités n’est pas liée à un resserrement de la hiérarchie des salaires de l’ensemble de la population, mais bien aux chocs subis par les fortunes des plus riches. Ceux que l’on appelle les « rentiers », qui vivent des revenus du patrimoine, perdent du terrain.

Revenus avant impôts. Lecture : en 2017, en France le 1 % le plus riche a perçu 11,2 % de l’ensemble des revenus du pays.
Source : World Inequality Database – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Les Trente Glorieuses : plus égalitaires

De la sortie de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 1970, la part des revenus dévolus au 1 % d’hyper-riches se stabilise ou poursuit sa baisse à un rythme plus modéré. Aux États-Unis, elle avoisine les 10 % en 1975, un niveau proche de l’Allemagne et de la France à cette même période. Même si les Trente Glorieuses profitent davantage aux 10 % les plus riches qu’au 1 % du haut de la distribution, cette période est marquée par une diminution relative des inégalités de revenus, au bénéfice des classes moyennes et populaires. Le haut de la distribution des revenus est de plus en plus souvent occupé par les personnes aux très hauts salaires, et non plus seulement par celles vivant des revenus d’un capital accumulé (les rentiers). La mise en place d’une fiscalité progressive sur les revenus et les capitaux redistribue la richesse et limite la transmission des fortunes de parents à enfants.

1975-2007 : super-riches, le retour

Dès les années 1970, la part du 1 % le plus riche dans le revenu global se remet à progresser dans les pays anglo-saxons (États-Unis, Royaume-Uni) où elle retrouve ses niveaux d’avant-guerre. En Allemagne et en France, cette inversion de la tendance débute dans les années 1980. La part qui revient au 1 % le plus aisé dans le revenu global est passée de 9,3 % en France et 6,8 % en Allemagne en 1983 à respectivement 11,7 % et 15,4 % à la veille de la crise de 2008. Même en Suède, elle a plus que doublé entre 1982 (4,1 %) et 2007 (9,9 %). Aux États-Unis, les revenus des super-riches représentaient 10,6 % du revenu national en 1975, ils approchent les 20 % en 2007. Dans ce pays, les inégalités de revenus, mesurées par la part du 1 % le plus riche, retrouvent leur niveau du début du vingtième siècle.

Crise de 2008 et hauts revenus : la divergence américaine

La crise financière de 2008 change la donne dans le monde. L’effondrement du cours des actions, le repli des gains dans l’immobilier, suivis par une baisse des taux d’intérêt, stabilisent, voire font baisser, la part du 1 % le plus riche. Au cours de la décennie la plus récente, l’indicateur évolue en dents de scie. Les États-Unis suivent une trajectoire différente de celle des grands pays d’Europe. L’effet de la crise financière sur la part des très hauts revenus y a été de courte durée : celle-ci remonte au-dessus de 20 % dès 2012, soit un niveau équivalent à celui du début du vingtième siècle.

Alors que les situations européenne et américaine étaient comparables dans les années 1970, les États-Unis rejoignent aujourd’hui les pays les plus inégalitaires au monde. À 22 %, la part du revenu captée par le 1 % des Américains les plus riches est comparable à celle de l’Inde (21 % en 2015 selon les données WID) ou de la Russie (20 %) [2]. Cette spécificité américaine parmi les pays riches s’explique notamment par l’ampleur des revenus financiers, la dérégulation du marché du travail et un système éducatif qui avantagent de plus en plus les super-riches. Et encore ces données avant impôts et prestations sociales ne comptabilisent pas l’effet de la redistribution opérée par la collectivité. Vu l’évolution de la fiscalité américaine, la divergence entre les États-Unis et les pays d’Europe, après impôts, est en réalité encore plus grande.

Retour aux années 1950

Au bout du compte, dans le monde, le 1 % le plus riche a réussi à regagner – avant impôts – le terrain perdu dans les années 1960 et 1970. Aux États-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni, les conséquences de la Seconde Guerre mondiale ont même été effacées. La désindustrialisation, la déréglementation du marché du travail, le chômage et la précarité notamment sont passés par là. Il faut s’interroger sur les facteurs économiques et politiques qui pourraient infléchir durablement ce phénomène que l’on enregistre depuis les années 1980.

Avertissement
Ces données publiées par le WID sont issues des services fiscaux. Il s’agit de revenus avant impôts. Elles ne tiennent donc pas compte de l’évolution des systèmes d’imposition. Les inégalités de revenus après impôts et prestations sociales sont moindres que ce qui est présenté ici.

Photo / © Andrew Buys


[1Les données mentionnées dans cet article se réfèrent aux estimations de revenus du World Inequality Database. Les revenus des individus sont établis en divisant le revenu du ménage par le nombre d’adultes de plus de vingt ans, sans tenir compte des enfants à charge.

[2On compare ici la proportion du revenu national captée par le 1 % le plus riche, et non le niveau de revenus de ce 1 % dans chaque pays. Le seuil d’entrée dans le club du 1 % aux États-Unis (363 000 euros en 2014) reste six fois plus élevé qu’en Inde (62 000 euros en 2015) et près de trois fois plus haut qu’en Russie (129 000 euros).


Date de première rédaction le 18 septembre 2009.
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