Observatoire des inégalités
Bouton menu

Contre les inégalités, l’information est une arme

Bouton soutenir
Revenus, patrimoine, pauvreté

Salariés au Smic : portrait d’une France populaire

Données 7 juillet 2016

95 % des salariés payés au salaire minimum sont ouvriers ou employés. Près des deux tiers sont des femmes. Les jeunes aussi sont surreprésentés.

Revenus et patrimoine Salaires

Qui sont donc les smicards ? Qui sont ces salariés payés au minimum syndical ? On dresse rarement le portrait de cette ’France d’en bas’ des salaires qui chaque année attend de savoir si elle aura droit ou pas à quelques euros de plus que l’inflation. Cette France a pourtant un visage : la quasi-totalité des personnes payées sur la base du salaire minimum sont des ouvriers ou des employés, comme le montre une enquête du ministère du Travail [1] qui n’a pas fait grand bruit lors de sa publication tant le désintérêt médiatique est grand sur la question. Plus de la moitié (57 %) des salariés au Smic sont des employés (caissiers, vendeurs, etc.), alors que ces derniers représentent 29 % de l’ensemble des salariés des entreprises de dix salariés ou plus. 38 % sont des ouvriers, qui rassemblent pourtant 30 % des salariés. 22 % des smicards sont des ouvriers non qualifiés, plus de deux fois plus que leur part parmi les salariés (9 %) [2]. À l’opposé, les cadres supérieurs et professions intermédiaires ne représentent que 5 % des smicards mais 41 % de l’ensemble des salariés. Au total, un quart des employés non qualifiés et un cinquième des ouvriers non qualifiés ne touchent que le salaire minimum, contre 0,1 % des cadres et 1,9 % des professions intermédiaires.

Composition de la population des salariés au Smic et part des salariés au Smic dans chaque catégorie
Unité : %
Composition de la population des salariés


Part des salariés au Smic
Salariés au SmicEnsemble des salariésDans la catégorie
Sexe
Femmes62,442,012,7
Hommes37,658,05,5
Ensemble100,0100,08,5
Age
Moins de 25 ans18,75,628,1
De 25 à 29 ans15,612,011,0
De 30 à 39 ans20,626,26,6
40 ans et plus45,156,26,8
Ensemble100,0100,08,5
Catégorie socioprofessionnelle
Cadres0,319,70,1
Professions intermédiaires4,721,21,9
Employés qualifiés20,417,49,8
Employés non qualifiés36,811,527,4
Ouvriers qualifiés16,120,96,6
Ouvriers non qualifiés21,79,220,2
Ensemble100,0100,08,5
Durée du travail
Temps complet56,782,55,9
Temps partiel43,317,521,1
Ensemble100,0100,08,5
Lecture : dans les entreprises de plus de 10 salariés, les femmes représentent 62,4 % des salariés rémunérés au Smic. Les femmes rémunérées au Smic représentent 12,7 % des femmes salariées.
Source : Insee et ministère du Travail - 2013, entreprises de plus de 10 salariés du secteur privé

Les jeunes et les femmes, davantage concernés par le salaire minimum

L’âge constitue aussi un facteur discriminant en matière de bas salaires. Les jeunes de moins de 25 ans sont beaucoup plus souvent rémunérés au Smic que les autres : ils constituent 6 % des salariés, mais 19 % de ceux qui sont payés au minimum. Au total, près de trois salariés de moins de 25 ans sur dix sont payés au Smic, contre 11 % des 25-29 ans et 7 % des plus de 30 ans. Ces jeunes travailleurs sont en moyenne moins diplômés et travaillent plus souvent dans les secteurs qui rémunèrent massivement au niveau minimum : les secteurs de l’hébergement, de la restauration et du commerce.
Si l’on estime qu’il est juste de rémunérer davantage l’expérience et l’ancienneté, cette situation n’est pas anormale. Pour autant, le Smic n’est pas réservé aux débutants comme un sas d’entrée dans la vie active : 45 % des smicards ont plus de 40 ans. La situation sociale de ces salariés est différente des plus jeunes. Ils supportent souvent des charges de famille et n’ont que de très faibles perspectives d’augmentation de salaire.
Le salaire minimum a aussi un genre. 12,7 % des femmes sont rémunérées au Smic, contre 5,5 % des hommes alors que les femmes sont plus souvent diplômées, notamment les plus jeunes. Cette situation est liée à la structure des emplois selon le sexe : 27 % des femmes occupent des postes non qualifiés contre 16 % des hommes, selon la même étude du ministère du Travail. À emploi similaire, ’la probabilité pour les femmes d’être rémunérées sur la base du Smic est 1,7 fois supérieure à celle des hommes’, relève le ministère. Plus souvent employées de façon précaire, en temps partiel subi, les femmes sont donc aussi plus fréquemment tout en bas de la hiérarchie salariale.

Smic et temps partiel

43 % des salariés rémunérés au Smic travaillent à temps partiel, alors que cette modalité du contrat de travail concerne 17,5 % de l’ensemble des salariés. Parmi les salariés à temps partiel, plus d’un salarié sur cinq est payé au minimum, contre 6 % des salariés à temps complet. On oublie parfois que les salariés en temps partiel payés au Smic ne reçoivent qu’une fraction de ce salaire, proportionnelle à leur temps de travail. Ainsi par exemple un caissier employé 24 heures par semaine au salaire minimum touche 780 € nets par mois (données 2016) qui pourront éventuellement être complétés par une prime d’activité selon les revenus du ménage [3].
Ces données dressent le portrait de la France des plus bas salaires. Au total, toutes tailles d’entreprise confondues, 12 % des salariés – soit deux millions de personnes – sont rémunérés au Smic (voir encadré). Ils appartiennent presque exclusivement aux catégories populaires et constituent une population dans laquelle les femmes sont majoritaires et les jeunes sont surreprésentés. Un salariat très populaire qui ne connaît que de très faibles hausses de son niveau de vie, du fait des faibles revalorisations annuelles du salaire minimum.

12 % des salariés sont payés au minimum
Le Smic est le niveau de salaire horaire sous lequel un salarié ne peut être légalement rémunéré. En tenant compte des entreprises de 1 à 9 salariés, près de deux millions de personnes sont payées sur la base du Smic, soit 12 % des salariés des entreprises privées et publiques. Le Smic vaut 9,67 € brut par heure au 1er janvier 2016. Pour un temps de travail hebdomadaire de 35 h, cela correspond à 1 467 € brut et à environ 1 140 € net. Certaines catégories de travailleurs peuvent, sous certaines conditions, être rémunérées légalement à un salaire inférieur au minimum : les moins de 18 ans, certains apprentis, les assistants maternels et assistants familiaux, etc. Selon l’Insee, environ 5 % des salariés étaient rémunérés à un salaire inférieur au Smic en 2013.

Photo / Fotolia


[1« Les emplois du privé rémunérés sur la base du Smic », Dares Analyses n° 014, ministère du Travail, mars 2016. Les données portent uniquement sur les entreprises du secteur privé, de dix salariés ou plus.

[2Sauf précision, il s’agit toujours des entreprises de dix salariés ou plus, du secteur privé.

[3Celle-ci est de l’ordre de 200 euros pour une personne seule à ce niveau de salaire.


Date de première rédaction le 7 juillet 2016.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Affiner
Revenus, patrimoine, pauvreté


Autres thèmes

> Emploi > Éducation > Lien social et politique > Conditions de vie > Catégories sociales > Âges et générations > Femmes et hommes > Europe > Français et étrangers > Territoires > Monde

Sur le même sujet

Données 15/05/2018
La pauvreté augmente chez les plus jeunes, mais n’épargne pas les plus âgés
Points de vue 07/05/2018
Pour combattre le populisme, il faut un impôt universel et progressif
Propositions 19/04/2018
Entreprises - Agir où se crée la richesse
Données 02/03/2018
Riches, pauvres et classes moyennes : comment se situer ?
Données 02/03/2018
Revenus : qui gagne combien ?
Points de vue 01/03/2018
Politiques publiques - « Peut-on faire confiance aux riches ? »
Données 30/01/2018
Les dix plus grandes fortunes de France
Analyses 26/01/2018
Qui met de l’argent de côté et combien ?
Données 19/01/2018
La pauvreté selon le diplôme
Analyses 16/01/2018
Impôts et prestations sociales réduisent les inégalités de revenus de moitié