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Conditions de vie

Quatre millions de mal-logés : de quoi parle-t-on ?

Données 3 avril 2018

Quatre millions de personnes sont considérées comme mal logées par la Fondation Abbé Pierre. 811 000 n’ont pas de domicile personnel, 85 000 vivent dans une habitation de fortune toute l’année. Article extrait du Centre d’observation de la société.

Conditions de vie Logement

Quatre millions de personnes sont mal logées en France, selon la Fondation Abbé Pierre [1]. Ce chiffre est légèrement supérieur à la part de la population qui estime vivre dans des conditions de logement « insuffisantes » ou « très insuffisantes » (3,8 millions en 2013, selon l’Insee). Du sans domicile fixe au jeune contraint de revenir chez ses parents, en passant par le couple qui vit avec son enfant dans un studio, le « mal-logement » recouvre des réalités différentes. Au fond, il se présente sous trois formes principales, parfois conjuguées : une mauvaise qualité de l’habitat, une faible superficie et le fait de ne pas avoir de logement à soi.

Premièrement, être mal logé, c’est vivre dans un habitat de très mauvaise qualité : 2,4 millions de personnes sont concernées. 85 000 personnes occupent durablement un « logement » qui n’en est pas un : une tente, un mobile-home, une cabane... La Fondation Abbé Pierre y ajoute 208 000 gens du voyage qui ne disposent pas d’aire aménagée. À ces très mal-logés, il faut additionner les 2,1 millions de personnes vivant dans un logement inconfortable, dont 330 000 sont privées du confort de base (eau courante, douche, WC intérieur) et 1,8 million dont le logement relève d’un autre critère de dégradation comme un chauffage rudimentaire, l’absence de coin cuisine ou la présence de fissures profondes dans la façade.

Deuxièmement, être mal logé, c’est manquer d’espace. 934 000 personnes vivent dans un logement dit « surpeuplé ». Selon l’Insee, le peuplement « normal » d’un logement répond à la norme suivante : au moins une pièce pour le ménage (le séjour), plus une pour un couple (une chambre), une pour les célibataires de 19 ans et plus, une pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de sept ans, sinon une par enfant. Pour ces 934 000 personnes, il manque deux pièces à cette norme. Un couple avec deux enfants de sexe différent de plus de sept ans doit normalement pouvoir compter sur quatre pièces ; s’il vit dans un deux-pièces, il est considéré comme mal logé.

Troisièmement, être mal logé, c’est ne pas disposer de logement à soi, vivre à la rue ou hébergé par un ami, un membre de la famille ou une association notamment. 143 000 personnes n’ont pas de domicile selon les recensements effectués par l’Insee dans les centres d’hébergement. Parmi elles, la majorité est logée de façon très précaire (logement ou hôtel), mais un peu moins de 11 000 sont sans abri, dorment dans des caves, des halls d’immeuble ou sous les ponts. Ces dernières n’ont pas de domicile, mais surtout vivent dans les conditions d’habitat les plus indignes, elles auraient pu être comptabilisés parmi les personnes vivant dans un habitat de mauvaise qualité. 643 000 personnes sont hébergées chez des tiers. Elles ne vivent pas nécessairement dans des conditions de logement les plus difficiles, mais sont contraintes de vivre chez autrui. Parmi elles, 69 000 vivent chez une personne avec qui elles n’ont aucun lien de parenté.

Des données imparfaites

Ces données constituent des ordres de grandeur qu’il faut manipuler avec beaucoup de précautions. Une partie d’entre elles se recoupent : l’Insee indique par exemple que 28 000 personnes vivent dans un logement surpeuplé et inconfortable à la fois. Au total, la Fondation Abbé Pierre déduit un peu plus de 200 000 doubles comptes. Les sources sont différentes et on additionne des données qui datent de 2006 à 2013. Une partie des hébergés le sont de façon très temporaire et parfois dans de bonnes conditions. Il est discutable de les considérer comme « mal logés » et de les inclure dans le même ensemble que les sans-domicile. De même, le caractère « inconfortable » du logement comprend des situations très différentes.

Inversement, ces chiffres ne comptabilisent pas tous les mal-logés. Une partie des SDF échappe aux statistiques : ils ne sont recensés que s’ils fréquentent les services d’hébergement de jour, ce qui n’est pas toujours le cas. Les personnes qui vivent dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les foyers de travailleurs (souvent dans une seule chambre) et en prison ne sont pas compris. La norme de surpeuplement est établie en nombre de pièces et non en termes de superficie : une personne seule dans une minuscule chambre de bonne n’est pas comptabilisée comme « mal logée ». Les ménages occupant des logements très bruyants ou humides n’y figurent pas non plus. Une personne seule vivant dans une minuscule pièce au rez-de-chaussée d’une route passante est considérée comme « bien logée ».

La situation du logement en France n’a pas grand-chose à voir avec celle que notre pays a pu connaître dans l’après-guerre [2]. Mais la persistance d’un tel niveau de mal-logement est d’autant plus problématique que notre pays est parmi les plus riches au monde et que les conditions générales de logement ont globalement tendance à s’améliorer. Une partie de la population ne profite pas de ce progrès global.

Personnes en situation de mal-logement

Habitat dégradé2 425 000
1- Habitat de fortune (cabane, camping, etc.)85 000
2- Gens du voyage subissant de mauvaises conditions d'habitat208 000
3- Logements inconfortables2 090 000
Soit pas d'eau courante, pas de douche ou pas de WC intérieur332 000
Soit pas de coin cuisine, moyen de chauffage rudimentaire ou façade très dégradée1 758 000
4- Migrants en foyers dégradés42 000
Logements exigus (1)934 000
Pas de domicile personnel811 000
1- Sans domicile : sans abri, hôtel, hébergement collectif143 000
Sans abri (rue, cave, hall d'immeuble)10 900
Hébergement social77 900
Hôtel14 500
Logé par une association39 700
2- Vivent durablement à l'hôtel25 000
3- Hébergés chez un tiers643 000
Sans lien de parenté avec celui qui héberge, sans moyens d'être indépendant69 000
Enfants majeurs incapables de décohabiter pour raisons financières153 000
Enfants âgés de plus de 25 ans338 000
Personnes de plus de 60 ans hébergées suite à une difficulté (deuil, rupture familiale, prob. de santé, etc.)83 000
Personnes comptées deux fois- 205 000
Total3 965 000
(1) Manque au moins deux pièces par rapport à la norme : au moins une pièce pour le ménage + une pour un couple, une pour les célibataires de 19 ans et plus, une pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de 7 ans, sinon une par enfant.
Source : Fondation Abbé Pierre - Rapport sur le mal-logement 2018. Données d'enquêtes différentes, principalement de l'Insee 2013 - © Observatoire des inégalités

Article extrait du Centre d’observation de la société.

Photo / © Grafix132 - Fotolia


[1Voir « L’état du mal-logement en France, 2018 », Fondation Abbé-Pierre, février 2018.


Date de première rédaction le 3 avril 2018.
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