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Les milieux populaires largement sous-représentés dans l’enseignement supérieur

Données 19 juin 2019

Plus du tiers des étudiants sont enfants de cadres supérieurs, seulement 12 % ont des parents ouvriers. Les jeunes de milieu populaire sont très rarement présents dans les filières sélectives, en master ou en doctorat.

Éducation Catégories sociales Données essentielles Origine sociale Éducation

Les enfants d’ouvriers représentent 12 % des étudiants, selon les données 2017-2018 du ministère de l’Éducation nationale [1], alors que les ouvriers représentent près d’un quart de la population active. À l’opposé, les enfants de cadres supérieurs représentent 35 % des étudiants, alors que leurs parents forment seulement 18 % de la population. Les écarts sont encore plus grands dans certaines filières.

Pour comprendre l’écart de représentation entre milieux sociaux, nous avons calculé le rapport entre la part d’enfants de cadres et celle d’enfants d’ouvriers selon le type d’études suivies. En moyenne, dans la population totale, on compte 0,6 enfant de cadres pour un enfant d’ouvriers. Plus on s’élève dans les études supérieures, moins on compte de jeunes des milieux populaires et donc plus ce rapport est élevé. Dans les classes préparatoires aux grandes écoles et dans les écoles d’ingénieurs, les enfants de cadres sont respectivement sept et près de dix fois plus nombreux que ceux d’ouvriers. Dans les écoles de commerce, la part d’enfants de cadres est 12,5 fois plus grande. À eux seuls, les enfants de cadres occupent plus de la moitié des places de ces filières sélectives. En revanche, dans les BTS, avec 0,7 enfant de cadres pour un enfant d’ouvriers, on est très proche de la moyenne de la population. Ces filières constituent bien une voie de promotion sociale pour une partie des enfants de milieux populaires.

Origine sociale des étudiants selon les filières
Unité : %
Agri. artisans, commerç. et chefs d'entr.
Cadres sup.
Prof. interm.
Employés
Ouvriers
Retraités et inactifs
Ensemble
Part d'enfants de cadres/part d'enfants d'ouvriers
Écoles de commerce19,551,39,68,34,17,110012,5
Écoles d'ingénieurs12,854,111,88,25,67,61009,7
Classes préparatoires11,451,812,510,87,26,41007,2
Université9,734,114,415,611,714,61002,9
- Dont IUT11,231,117,417,614,18,61002,2
BTS12,916,014,419,024,113,61000,7
Ensemble des étudiants11,334,913,615,612,212,41002,9

Source : ministère de l'Éducation nationale – Données 2017-2018 – © Observatoire des inégalités

Sélection sociale au fil des études

L’enseignement supérieur universitaire est tout autant sélectif socialement que les grandes écoles, mais le tri s’effectue plus tard dans le cursus. 18 % des étudiants de licence sont enfants d’employés, 13 % enfants d’ouvriers. En master, ces données tombent respectivement à 12 % et 9 % et, en doctorat à 8 % et 7 %, à peine plus qu’en école d’ingénieurs. À l’inverse, la proportion de jeunes dont les parents sont cadres, déjà la plus élevée en licence (31 %), augmente tout au long du cursus, de 40 % en master à 41 % en doctorat.

Origine sociale des étudiants à l'université par cursus
Unité : %
Licence
Master
Doctorat
Agriculteurs1,71,81,6
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise8,27,76,3
Cadres31,139,641,0
Professions intermédiaires15,113,310,8
Employés17,612,18,4
Ouvriers13,19,26,5
Retraités, inactifs13,316,325,4
Ensemble100100100

Source : ministère de l'Éducation nationale - Données 2017-2018 - © Observatoire des inégalités

En somme, l’enseignement supérieur français présente trois visages. D’abord, un enseignement court, technique et doté de moyens (les BTS et les IUT), qui est pour partie accessible aux milieux populaires et qui constitue une voie de promotion sociale. Ensuite, un enseignement universitaire généraliste, faiblement doté, où les enfants de milieux modestes sont présents, mais au premier cycle et dans certaines filières souvent dévalorisées. Les enfants d’ouvriers et d’employés sont en effet beaucoup moins représentés dans les filières sélectives, comme la médecine, en master ou en doctorat. Enfin, un système de classes préparatoires et de grandes écoles très richement doté mais qui n’intègre les jeunes de milieux modestes qu’au compte-gouttes.

Photo / © WavebreakmediaMicro - Fotolia



Date de première rédaction le 6 septembre 2011.
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