Les inégalités sociales à l’école, de la maternelle à la fin du collège
Dès les plus petites classes, les enfants d’origine sociale défavorisée obtiennent en moyenne de moins bons résultats que les enfants de cadres. On retrouve ces écarts au collège et ils déterminent l’orientation de fin de troisième.
Publié le 1er septembre 2026
https://www.inegalites.fr/inegalites-sociales-primaire-college - Reproduction interditeDès le plus jeune âge, les résultats des élèves sont liés en partie au milieu social de leurs parents. Les écarts se creusent au fil de la scolarité car le système scolaire français cherche davantage l’excellence d’une minorité de très bons élèves qu’à tirer vers le haut les enfants en difficulté. Pour le comprendre, observons ce qui se passe au fil des années, dès le CP et jusqu’en classe de seconde.
On manque de données récentes sur l’école maternelle. Une étude menée par le ministère de l’éducation indique que les enfants de petite section de maternelle de parents très favorisés obtiennent en moyenne un score de 270 en langage et de 273 en mathématiques, tandis que ceux issus de milieux défavorisés ne dépassent pas respectivement des scores de 238 et 237 (données 2022). Les très jeunes enfants ont notamment une maitrise inégale du vocabulaire, élément qui joue un rôle majeur dans l’apprentissage de la lecture. Comme cet apprentissage se fait de manière très précoce en France, les inégalités sociales à l’école se creusent très tôt.
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En milieu de CP, seuls 47 % des élèves inscrits dans les écoles des territoires où les difficultés sociales sont les plus grandes (réseaux d’éducation prioritaire +) ont un niveau satisfaisant en résolution de problèmes mathématiques, contre 62 % des élèves des écoles situées hors de ces territoires (ministère de l’Éducation nationale, données 2026). 64 % des premiers ont une bonne compréhension des phrases à l’oral contre 86 % des seconds [1]. Une partie des écarts est déjà constituée.
| Proportion d'élèves de CP présentant une maitrise satisfaisante Unité : % | |||
|---|---|---|---|
| Écoles publiques hors éducation prioritaire | REP + | Écart | |
| Français | |||
| Comprendre des phrases à l'oral | 86,4 | 63,8 | 22,6 |
| Comprendre des phrases lues seul(e) | 62,4 | 47,5 | 14,9 |
| Écrire des mots | 78,5 | 68,5 | 10,0 |
| Mathématiques | |||
| Résoudre des problèmes | 62,1 | 47,0 | 15,1 |
| Additionner | 70,6 | 61,6 | 9,0 |
| Soustraire | 72,5 | 59,8 | 12,8 |
Source : ministère de l'Éducation nationale – Janvier 2026 – © Observatoire des inégalités
La suite de la scolarité ne permet pas aux moins favorisés de rattraper les autres. À l’entrée en sixième, les 20 % d’enfants les plus favorisés ont en moyenne un score de 290 en français, contre contre 229 pour les enfants situés dans les 20 % les plus défavorisés en septembre 2024, selon le ministère de l’Éducation nationale. L’écart est similaire en mathématique : le score moyen des plus favorisés est de 289 contre 226 pour les jeunes de milieux défavorisés.
À l’entrée en seconde, l’écart de résultats entre les élèves selon leur milieu social en français persiste. Il s’accroit même légèrement en mathématiques.
Source : ministère de l'Éducation nationale – Rentrée 2024 – © Observatoire des inégalités
Une partie des élèves en difficulté sont inscrits dès la sixième en section d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa). Les enfants de classes populaires (ouvriers, employés et inactifs) représentent la moitié des effectifs au collège, mais plus de 80 % des élèves des Segpa (données 2025 du ministère de l’Éducation nationale). On compte dans cette filière moins de 3 % d’enfants de cadres supérieurs, dix fois moins que leur poids (23 %) dans la population totale des collégiens.
La sélection se faisait autrefois en fin de primaire, après le fameux « certificat d’études » qui signifiait pour beaucoup la fin de la scolarité. Elle s’effectue désormais pour l’essentiel en fin de troisième, au moment du passage entre le collège et le lycée. Les enfants d’ouvriers et de cadres supérieurs représentent les mêmes proportions au collège, 23 % pour chaque catégorie. En seconde générale et technologique, les premiers ne sont plus que 17,4 %, mais ils constituent 30 % des jeunes inscrits en CAP et en bac pro. Les seconds constituent 32 % des jeunes de seconde générale et technologique, et seulement 4,9 % de ceux de CAP et 9,6 % des bacs pro. Ces différences de composition sociale sont liées aux résultats scolaires, mais aussi au fait qu’à niveau équivalent, les élèves de catégories populaires sont plus souvent orientés dans l’enseignement professionnel que les enfants des cadres supérieurs.
| L’origine sociale des élèves du second degré | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Segpa | Collège | Seconde générale et technologique | CAP | Bac pro | |
| Agriculteurs | 0,9 | 1,4 | 1,1 | 0,6 | 0,9 |
| Artisans, commerçants, chefs d’entreprise | 7,1 | 11,2 | 11,3 | 7,6 | 10,1 |
| Cadres supérieurs | 2,6 | 22,8 | 32,1 | 4,9 | 9,6 |
| Professions intermédiaires | 6,1 | 12,4 | 13,5 | 8,3 | 11,7 |
| Employés | 15,8 | 16,5 | 15,9 | 17,4 | 19,4 |
| Ouvriers | 34,7 | 23,1 | 17,4 | 30,1 | 30,2 |
| Retraités | 1,1 | 0,9 | 1,3 | 1,7 | 1,7 |
| Inactifs | 31,7 | 11,7 | 7,4 | 29,3 | 16,4 |
| Total | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 |
Source : ministère de l'Éducation nationale – Rentrée 2025 – © Observatoire des inégalités
Peut mieux faire
Les inégalités selon les milieux sociaux se creusent bien avant le supérieur. L’école « n’augmente pas » les inégalités : sans elle, les écarts seraient bien plus importants. L’école doit faire face à des inégalités de niveau de vie et de diplôme des parents. En revanche, notre système d’éducation est très loin de faire les efforts qu’il faudrait pour faire davantage progresser les enfants des milieux les moins favorisés. Il place très vite les enfants en situation d’échec ou de réussite, contrairement à beaucoup d’autres pays.
Le collège constitue un point de bascule. La coupure marquée avec le primaire dans la façon d’enseigner, la forme des enseignements (calqués sur le lycée, lui-même préfigurant l’université), la fréquence des évaluations et bien d’autres facteurs désavantagent les enfants défavorisés. Une partie des jeunes décrochent alors et attendent l’âge de fin de la scolarité obligatoire, faute d’avoir été assez soutenus. En fin de troisième, un certain nombre de jeunes de milieux populaires se retrouvent « orientés » contre leur gré vers des filières qui mènent trop souvent à des emplois peu qualifiés et sous-rémunérés, et à un avenir qu’ils n’ont pas souhaité.
Le système scolaire français a pour objectif de sélectionner une minorité de très bons élèves et de les porter vers les écoles d’excellence de l’enseignement supérieur, via les classes préparatoires. Pas de tirer l’ensemble des enfants vers le haut en ne laissant aucun élève sur le bord du chemin, contrairement à ce que tente de faire l’école dans la plupart des pays. L’école française, pourtant très majoritairement publique, fonctionne sur le modèle du marché, sur la base de la concurrence entre enfants. C’est pour cette raison que les différents « dispositifs » n’aboutissent guère, même avec la meilleure volonté du monde, à élever le niveau et réduire les inégalités. Pour cela, il faudrait changer la philosophie même de notre système éducatif.
Photo / CC Andrew Ebrahim
[1] Ces données portent sur des écoles et non des élèves. Elles minimisent les écarts, car les écoles de l’éducation prioritaire ne sont pas exclusivement composées d’élèves de milieux défavorisés, de même que les écoles hors éducation prioritaire comprennent une grande part d’élèves défavorisés.
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