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Conditions de vie : comment vivent les riches ?

Analyse 7 juin 2022 https://www.inegalites.fr/Conditions-de-vie-comment-vivent-les-riches - Reproduction interdite

Comment vit-on concrètement, quand on se situe au-dessus du seuil de richesse ? Logement, déplacements et vacances, loisirs et sorties culturelles, services à domicile par exemple sont autant de signes qui distinguent la fraction la plus favorisée du reste de la population. L’analyse de Louis Maurin.

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Selon la définition de l’Observatoire des inégalités, on est riche quand on touche au moins 3 673 euros net par mois pour une personne seule. Comment vit-on concrètement avec ce niveau de vie ? Aucune étude précise ne porte sur le sujet. Pour combler ce manque, nous avons rassemblé un ensemble de données sur les modes de vie du haut de la hiérarchie des revenus. Nous avons aussi pris en compte des formes non monétaires de la richesse, qui font que certains vivent bien mieux que d’autres. Voyage dans ce monde distingué de la société française.

La presse regorge de portraits de l’« hyper-richesse ». Une poignée de grands patrons ou de stars qui vivent dans un luxe ahurissant. Cette minuscule élite brille sous nos yeux, mais elle ne représente qu’une partie infime de la population. Elle est souvent mise en avant pour ses dépenses aussi somptuaires qu’inutiles, comme faire le tour de la terre dans l’espace, qui suscitent la convoitise des uns et l’indignation des autres. L’accent mis sur les ultra-riches permet à la classe du dessous de se faire oublier. Nous sommes donc descendus d’un cran, pour observer la situation de la population qui correspond à notre seuil de richesse [1] .

Être riche, c’est d’abord avoir les moyens de se payer ce que l’on veut. Ne pas compter, ne pas regarder les prix quand on achète. Sauf peut-être pour une fraction ultra-minoritaire de la population pour qui le fait de consommer moins devient une distinction sociale et qui se revendique du « minimalisme ». Comme le note Cécile Desaunay, celui-ci est « un luxe réservé à ceux qui peuvent à tout moment racheter les biens dont ils ont décidé de se séparer »  [2]. L’immense majorité des catégories populaires aspire à consommer et à accéder à un certain nombre de biens et de services auxquels elles ne peuvent pas prétendre faute de moyens, contrairement aux plus favorisés.

La première des dépenses, c’est le logement, base matérielle des conditions de vie. Les classes aisées dépensent des sommes considérables pour s’établir dans le quartier de leur choix, celui où elles cohabitent avec des ménages qui leur ressemblent. Dans toutes les grandes villes de France, accéder à ces quartiers prisés implique de payer une forte prime (en loyer ou au prix au m2) alors qu’il suffirait à ces catégories de se déplacer de quelques centaines de mètres pour trouver beaucoup moins cher. Ainsi, entre le nord de Paris (19e arrondissement) et Aubervilliers (commune limitrophe), les prix à l’achat varient quasiment du simple ou double (de 4 500 à 9 000 euros le m2).

Combien de mètres carrés

Pour les riches, ce chez-soi doit être spacieux. Sans parler d’un château, disposer d’espaces pour s’isoler quand on le souhaite, pratiquer les activités que l’on veut, se détendre, profiter de la lumière et du calme rendent la vie bien plus agréable. Comment caractériser un logement de « riche » ? On pourrait prendre en compte sa superficie. La surface moyenne d’un logement est en France de 40 m2 par personne selon l’Insee (les données les plus récentes datent de 2013) [3] . Chez les ménages « aisés » (qui touchent au moins 1,8 fois le niveau de vie médian  [4]), elle est de 54 m2. De manière très approximative, on pourrait estimer qu’elle est de 60 m2 par personne pour ceux qui touchent deux fois le niveau de vie médian.

Ensuite, pour fixer une sorte de « seuil de richesse » en termes de logement, on pourrait appliquer un système de parts en fonction du nombre de personnes qui y habitent, par exemple une demi-part supplémentaire par adulte. On aboutirait donc à 90 m2 (60 m2 + 30 m2) pour un couple. De quoi jouir d’un bel espace à soi, et pour recevoir. Loin d’un palais évidemment, mais bien au-dessus de celui de l’immense majorité de la population.

Enfin, il faudrait déterminer le niveau de confort qui caractérise un logement de « riche ». On peut avoir une maison spacieuse mais totalement délabrée, humide et impossible à chauffer, ou vivre dans un appartement de 60 m2 bruyant, au bord d’une voie rapide. Ce domaine intéresse très peu de chercheurs. On sait tout de même, selon l’Insee, que seul 1 % des 20 % les plus riches (la fourchette est assez large) a des difficultés pour maintenir son logement à bonne température, contre 18 % des 20 % les plus pauvres (données 2019).

Être « riche », n’est-ce pas aussi avoir tellement d’argent qu’on a les moyens de se payer un deuxième logement ? En France, 58 % des ménages sont propriétaires et 24 % possèdent au moins un autre logement, selon l’Insee (données 2017). Et même 11 % en ont au moins trois. L’Insee note que 41 % des ménages multipropriétaires appartiennent aux 20 % les plus riches. Au passage, cela veut dire que la majorité des ménages (59 %) qui ont deux logements ne se classent pas parmi les plus aisés. Il peut s’agir, par exemple, de personnes âgées qui ont épargné au fil de leur vie pour s’acheter un appartement leur permettant d’arrondir leurs fins de mois une fois à la retraite. Un deuxième logement et une résidence secondaire sont deux choses distinctes : 5 % seulement des ménages (donnée Insee 2013) possèdent une résidence secondaire. Elle joue un autre rôle : ce n’est pas tant un investissement – elle ne rapporte pas de revenus immédiats –, mais elle constitue un atout en termes de qualité de vie. On peut aller s’y mettre au vert, se retrouver en famille ou entre amis et ainsi, au passage, entretenir un réseau de relations.

Pour beaucoup, le premier signe extérieur de la richesse en matière de biens matériels reste la voiture. Le lien avec le revenu n’est pas, là non plus, mécanique : les différents milieux sociaux n’attachent pas la même importance à leur véhicule et n’y consacrent pas la même part de leur budget. Pour une partie des plus diplômés, une grosse voiture – le rêve de la majorité – fait mauvais genre. Au total, 3 % des ménages disposent d’une berline classée comme très haut de gamme (comme une BMW série 5 ou 6) et 7 % une automobile haut de gamme (catégorie qui comprend des voitures françaises comme la Renault Talisman ou la Peugeot 508), selon l’étude annuelle sur le parc automobile Kantar-TNS (données 2018). 11 % possèdent un 4x4 ou un SUV  [5].

Du côté des biens, l’habit aussi fait le moine : la garde-robe constitue un élément qui clive dans la vie de tous les jours. Porter des marques ne suffit pas, au contraire. Celles-ci sont surtout affichées par les jeunes des milieux populaires pour montrer qu’ils ont les moyens de se distinguer des personnes encore plus pauvres qu’eux. La distinction vestimentaire pratiquée par les classes les plus aisées est plus feutrée. Elle se fait par le type d’habits portés, leur coupe, leurs couleurs, leurs détails. Être riche, c’est aussi « maîtriser » sa garde-robe comme on joue une partition : porter le bon habit au bon moment, et de la bonne façon. Savoir adopter un style relâché quand la situation est adaptée et des vêtements formels quand ceux que vous allez côtoyer les portent aussi. Gare à la « faute de goût » qui déclasse. Malheureusement, on manque de travaux récents sur le sujet  [6]. L’Insee relève tout de même l’impact du revenu : en 2019, 2 % des cadres supérieurs se sont restreints sur l’achat de vêtements neufs, dix fois moins que parmi les employés (21 %).

Être mobile ou pas

Être riche ne permet pas seulement d’accumuler des biens, mais aussi d’utiliser des services d’un haut niveau de qualité. Pour se déplacer, par exemple. En matière de mobilité, l’affaire est plus complexe qu’on ne le dit souvent. « Lorsqu’on réfléchit sur la question des inégalités vis-à-vis de la mobilité, il faut s’intéresser avant tout à la capacité des individus à se déplacer plutôt qu’aux déplacements réalisés eux-mêmes », note le sociologue Nicolas Oppenchaim  [7]. Quand on est proche de tout en plein centre-ville, on n’a pas forcément besoin de bouger beaucoup.

Tout de même, la possibilité de se déplacer dans un large périmètre, de manière rapide et agréable – notamment pour ses loisirs – constitue une forme de distinction. La maîtrise de l’espace passe par la situation de son logement, mais aussi par l’étendue et la facilité de sa mobilité. Selon le ministère des Transports, les 10 % les plus favorisés ont effectué neuf déplacements de plus de 80 km dans l’année pour motif personnel et parcouru presque 15 000 km, contre trois déplacements et 3 200 km en bas de l’échelle. L’avion classe énormément, en dépit de l’essor des compagnies à bas prix. Le chercheur Mathieu Chassignet a calculé que les 10 % les plus favorisés parcourent en moyenne 7 900 km par an dans les airs, contre 1 300 km pour les plus modestes [8], dont un grand nombre ne prend en réalité jamais l’avion. Sur les rails, les classes aisées profitent aussi bien davantage du train sur de longues distances. Les cadres supérieurs, qui représentent 10 % de la population (incluant étudiants et retraités), forment 48 % des voyageurs en seconde classe et 51 % de la première classe du TGV classique  [9]. Leur proportion se réduit à 15 % pour les voyages en autocar de longue distance.

Pour les riches, les congés sont synonymes de départ, de dépaysement et d’activités diversifiées. Pour eux, ce n’est pas une question d’argent. 4 % des 20 % les plus aisés déclarent avoir des difficultés pour partir en congés une semaine par an, contre 55 % des 20 % les plus modestes, selon l’Insee (données 2019). Partir en hiver reste l’élément de distinction majeur. Seuls 17 % des Français partent au moins une fois tous les deux ans à cette période (donnée Crédoc 2010). Et puis, il y a partir et partir : 8 % prennent la direction des sports d’hiver, et on pourrait y ajouter – mais leur part n’est pas mesurée – ceux qui choisissent une destination lointaine au soleil, en grande majorité les plus aisés. Être riche, c’est partir où on veut, quand on veut, sans avoir à se soucier de le prévoir longtemps à l’avance et du budget à y consacrer.

Le social, un capital qui rapporte

Dans le domaine du sport, de nombreux paramètres jouent, l’âge en particulier. Mais le revenu compte aussi. Si 45 % des actifs occupés ont pratiqué la course et la marche à pied dans l’année, seuls 4 % ont fait de l’équitation, selon l’enquête Injep-Crédoc  [10] (données 2020). Pour les chômeurs, les taux sont respectivement de 43 % et 1 %. Pour de nombreux sports, les lieux de pratique sont sélectifs : entre le club-house de tennis huppé et le court municipal ouvert à tous, le public n’est pas le même. Les prix non plus.

Musées, expos, théâtre, concerts de jazz ou de musique classique : certains types de sorties culturelles sont pour l’essentiel le fait des plus favorisés. Ainsi, par exemple, 16 % des cadres supérieurs ont assisté à un concert de musique classique dans l’année, et 29 % à un concert de jazz selon l’enquête 2018 du ministère de la Culture, contre respectivement 6 % et 11 % en moyenne dans la population. Dans ce domaine – à l’inverse de la voiture –, ce n’est pas toujours l’argent qui compte le plus. Ces secteurs culturels très subventionnés proposent des entrées dont les tarifs peuvent être équivalents à ceux d’autres types de concerts, bien plus populaires. D’ailleurs, les plus aisés ne paient pas forcément leurs entrées, profitant des invitations des mécènes de ce genre d’événements (entreprises et collectivités locales notamment). Ce qui est en jeu ici, c’est d’abord le milieu social, ses parents, ses amis, l’habitude que l’on a prise souvent jeune de ce type de pratique culturelle dont on connait les codes.

Sports ou loisirs, ces pratiques ne sont pas seulement l’occasion de se dépenser ou se divertir. Disposer d’un réseau d’amis, de relations familiales, constitue aussi une forme de richesse, même si dans ce domaine les instruments de mesure sont délicats à manier. Les milieux favorisés ont un réseau d’amis plus vaste [11]. C’est en partie une question d’argent : seul 1 % des 20 % les plus favorisés indiquait ne pas avoir les moyens de recevoir des amis, contre 29 % des 20 % aux plus bas revenus, selon l’Insee (données 2019). En fin de compte, les diplômés et les personnes aisées se disent moins souvent isolés que les autres [12].

Qu’il s’agisse de rencontres entre amis sportifs, de dîners en ville ou de vacances partagées, ces moments permettent de passer du bon temps, de profiter d’occasions d’échanges, de partage d’informations, où l’on entretient des liens avec des personnes le plus souvent du même milieu social que le sien. L’utile se mêle à l’agréable, contribuant à la reproduction des inégalités sociales. Ce réseau – le « capital social » disent les sociologues – permet de se rendre mutuellement des services très concrets : des tuyaux pour les stages des enfants, le travail, les vacances, etc. Investir dans ce capital demande du temps, mais rapporte beaucoup. Le « piston » est par exemple l’un des éléments de l’intégration dans le monde du travail, et les classes aisées en jouent de façon virtuose.

Les maîtres du temps

On l’a vu, être riche, c’est maîtriser l’espace. C’est aussi contrôler le temps [13]. En faisant prendre en charge les tâches que l’on ne veut pas faire, notamment du travail à domicile, pour se libérer du temps à soi. Payer une personne qui passe l’aspirateur et la serpillère pour avoir plus de temps à passer avec ses enfants ou aller au cinéma. Les plus aisés utilisent massivement les emplois de service à domicile (ménage, garde d’enfant, aide aux personnes âgées, etc.). Selon une étude du ministère du Travail (données 2017), un tiers des ménages appartenant aux 10 % les plus favorisés utilisent ce type de services contre 6 % de ceux qui appartiennent aux 10 % les plus modestes. Les ménages ouvriers et employés, qui représentent près de la moitié de la population, ne constituent que 5 % des ménages qui utilisent des emplois à domicile. Seuls 2 % des ménages de ces catégories populaires y recourent, dix fois moins que chez les cadres supérieurs.

Et encore, ces chiffres comprennent les aides ménagères aux personnes âgées, accessibles aux personnes dépendantes modestes grâce au financement des collectivités locales. Selon une étude de l’Insee portant sur la région Centre-Val de Loire (données 2013 [14]), chez les seuls 35-49 ans, la part d’utilisateurs des services à domicile est de 42 % au sein des catégories aisées, contre 2 % pour les plus modestes.

Maîtriser son temps, ce n’est pas seulement utiliser celui des autres. C’est aussi avoir des marges de manœuvre dans ses horaires de travail, les connaître à l’avance et non d’une semaine à l’autre, avoir un emploi stable, ne pas travailler quand ses proches sont en congés ou en week-end, etc. Au travail, c’est aussi pouvoir décider de l’organisation des tâches dans le temps et pouvoir varier leur cadence. Ainsi, 13 % des cadres supérieurs disent avoir un travail répétitif, contre les deux tiers des ouvriers (données 2016 du ministère du Travail). L’impossibilité de programmer son emploi du temps au cours de son travail, subie par une partie de la population la moins qualifiée, s’oppose à la flexibilité choisie des riches qui peuvent s’organiser comme ils le souhaitent.

La maîtrise du temps joue à plus long terme. Dans une société marquée par la précarité de l’emploi et le chômage, disposer de la garantie de garder son travail est devenu un critère majeur de sécurité. Ainsi, 3,8 millions de salariés (14 % de l’ensemble) qui disposent du statut de fonctionnaire sont protégés. Parmi eux, un gros tiers appartiennent à la « catégorie A », celle des mieux rémunérés. Un grand nombre d’entre eux sont loin de disposer des plus hauts revenus, mais ils conjuguent un bon niveau de vie et la sécurité de l’emploi. C’est aussi le cas de la plupart des cadres supérieurs des entreprises ou des associations, en particulier dans les établissements de grande taille, peu soumis aux évolutions de la conjoncture. Ils ne sont pas protégés par leur statut, mais par leur niveau de diplôme, qui leur facilite une reconversion en cas de coup dur.

Faute de disposer de travail scientifique d’ampleur, voyager dans le monde des riches n’est pas chose aisée. Il faudrait pouvoir croiser les différentes variables, définir de manière bien plus précise les critères qui séparent les riches des autres. Si les économistes ont effectué d’énormes progrès dans la connaissance des revenus, notamment sous la houlette de l’économiste Thomas Piketty, les sociologues observent la situation de manière disparate, en s’intéressant surtout à l’extrême richesse  [15]. Alors que les conditions de vie des pauvres sont auscultées chaque année, la société ne se soucie guère de décrire celles des riches. Un travail systématique – du type de celui mené par le sociologue Pierre Bourdieu et ses collègues dans les années 1970 – reste à réaliser. En attendant, les catégories aisées vivent à l’abri des regards, en montrant du doigt les géants de l’« ultra-luxe ».

Les riches vont-ils fuir les réseaux sociaux ?
Et si les réseaux sociaux subissaient le même sort que la télévision ? Au départ, le « poste » – comme on disait à l’époque – était un critère de distinction sociale. Désormais, c’est l’inverse chez les plus diplômés. Ils craignent l’influence du petit écran (devenu grand) sur les enfants, et du coup s’en équipent ou l’allument beaucoup moins souvent. Être riche demain consistera-t-il à repousser les réseaux sociaux pour se concentrer sur d’autres pratiques ? La déconnexion sera-t-elle le nouveau signe de distinction ? En 2019, la part des cadres supérieurs utilisateurs était de 65 % contre 77 % pour les employés, selon le Crédoc. Difficile de savoir ce qu’il en sera demain. Comme pour la télévision, on peut imaginer qu’une partie des très diplômés resteront déconnectés par choix. La richesse n’est pas toujours synonyme de posséder ou de pratiquer telle ou telle activité, cela peut être aussi de se distinguer en s’en éloignant.
La richesse, un pouvoir
L’origine du mot « riche » vient de la racine germanique rik. En ancien français, le riche est un puissant. Au fil du temps, le puissant va se transformer en possédant, celui qui détient « beaucoup » de biens. Le puissant est-il toujours riche et le riche toujours puissant ? L’un va rarement sans l’autre, et c’est souvent sous-entendu, mais la nuance est intéressante. Notre rapport, par exemple, ne porte pas sur la puissance, même si nous en donnons quelques indications : être maître de son temps, se faire servir, etc.

Analyser la conversion de l’argent en puissance est central. Si vous avez beaucoup d’argent, vous pouvez payer à vos enfants des études qui leur donneront à leur tour du pouvoir. L’argent achète beaucoup de choses et ceux qui en ont beaucoup ont parfois une très grande puissance. Certains peuvent ainsi acheter des médias ou de l’espace médiatique pour mettre en avant leurs idées, ou encore s’offrir des campagnes électorales [16] pour accéder au pouvoir. Les dirigeants d’entreprise et les actionnaires, en fonction de leurs choix stratégiques, déterminent la vie professionnelle de leurs salariés qui peuvent se chiffrer en dizaines de milliers, et qui peuvent se retrouver du jour au lendemain sans emploi.

Le monde des riches ne se résume pas à l’élite du pouvoir. À un échelon inférieur, dans l’entreprise, en décidant du type d’un contrat de travail (à durée déterminée ou en intérim) ou du niveau de salaire des personnes embauchées, certains cadres modèlent la vie de ceux auxquels s’appliqueront ces décisions. Des enseignants qui notent des élèves ou décident de leur orientation déterminent la vie future de ces jeunes. Les journalistes qui dirigent les rédactions ont le pouvoir de moduler l’agenda médiatique, donc le débat public.

Photo / © Pascale Gueret

Ce texte est extrait du Rapport sur les riches en France, première édition – 2022. Sous la direction d’Anne Brunner et Louis Maurin, édition de l’Observatoire des inégalités, juin 2022.

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[1Faute de données, nous observons dans cet article le plus souvent le dixième le plus riche.

[2Ce qui n’empêche pas de critiquer la société de surconsommation. Voir La société de déconsommation, Cécile Desaunay, éd. Alternatives, 2021.

[3Voir « Les ménages à niveau de vie médian », in France, portrait social, édition 2017, coll. Insee Références, Insee, 2017.

[4Le niveau de vie médian est celui qui partage la population en deux : la moitié gagne moins, l’autre moitié davantage.

[5Une partie des SUV ne sont pas haut de gamme mais les données ne permettent pas de les distinguer. Par ailleurs, on ne peut pas faire de distinction en fonction de l’âge des véhicules qui joue sur leur valeur marchande.

[6Voir tout de même « Des enfants distingués. Goûts vestimentaires et distinction sociale dans les familles de classes moyennes et supérieures », Martine Court, Enfances Familles Générations n° 31, 2018.

[7Rendre la mobilité plus juste et plus durable », Nicolas Oppenchaim in Réduire les inégalités, c’est possible !, Observatoire des inégalités, novembre 2021.

[8 « Mobilité, ça roule pour les riches », Mathieu Chassignet, Alternatives Économiques, janvier 2022.

[9« Enquête 2019 auprès des voyageurs en trains à grande vitesse », Autorité de régulation des transports, juillet 2020.

[10« Baromètre national des pratiques sportives 2020 », coll. Notes & Rapports, Injep, février 2021.

[11 « D’où sont mes amis venus ? », Insee Première n° 613, Insee, octobre 1998.

[12 « Qui souffre d’isolement en France ? », Centre d’observation de la société, 10 septembre 2021.

[13 Voir « Les maîtres du temps prospèrent grâce aux flexibles », Louis Maurin, Observatoire des inégalités, 24 mai 2018.

[14 « 190 000 ménages utilisateurs de services à la personne en 2030 : un défi et une opportunité pour le secteur », Sophie Goupil et al., Insee Analyses Centre-Val de Loire n ° 51, Insee, 2019.

[15Voir notamment Voyage en grande bourgeoisie, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, PUF, 1997.

[16Voir Le prix de la démocratie, Julia Cagé, Fayard, 2018.


Date de première rédaction le 7 juin 2022.
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