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La France est l’un des pays d’Europe où la pauvreté persiste le moins

Analyses 21 août 2018

En France, 2,4 % de la population est pauvre et a vécu sous le seuil de pauvreté déjà au moins deux années sur les trois précédentes. Ces personnes représentent environ un tiers des pauvres. Ces proportions, moins élevées que dans la plupart des autres pays européens, indiquent qu’on sort plus vite de la pauvreté en France que chez nos voisins. Une analyse extraite du Centre d’observation de la société.

Europe Revenus et patrimoine Pauvreté Revenus

La France est l’un des pays d’Europe où le taux de pauvreté est parmi les plus faibles. Il s’élève à 6,8 % au seuil à 50 % du niveau de vie médian en 2015 [1]. Seule la Finlande a un taux sensiblement plus faible, à 5 %. L’Allemagne et le Royaume-Uni se situent à 10 % environ, soit 50 % de plus que le niveau français. En Italie (14 %) et en Espagne (15,5 %), il est plus de deux fois supérieur à celui de la France.

Le seuil de pauvreté est fixé dans chaque pays en proportion de leur niveau de vie médian national [2], celui qui partage l’effectif de la population en deux. Le fait que le taux de pauvreté soit faible dans certains pays signifie que les écarts de niveau de vie sont réduits entre les plus démunis et les couches moyennes. Parce qu’on y trouve moins d’emplois précaires, qu’il existe des salaires minima ou que la collectivité soutient les ménages modestes. En France par exemple, les 10 % les plus pauvres touchent 281 euros par mois avant redistribution et 821 euros après [3].


Source : Eurostat – Données 2015 (année de perception des revenus) - © Observatoire des inégalités

      

Le taux de pauvreté d’un pays est un indicateur instantané. Pour comprendre vraiment le phénomène, il faut analyser sa force dans la durée. Un même taux peut refléter une pauvreté durable (les mêmes personnes restent dans cette situation d’une année sur l’autre) ou plus conjoncturelle (des personnes différentes sont pauvres chaque année, il y a une « rotation »). Pour mesurer ce phénomène, on utilise le « taux de pauvreté persistante » : la part des personnes pauvres une année donnée qui l’étaient déjà au moins deux années au cours des trois années précédant la mesure. Ils ont donc été pauvres trois années sur quatre, en comptant la dernière.

Est-ce que, comme l’indique le président de la République dans une vidéo qu’il a publiée en juin 2018, en France « les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres » ? La réponse est « non », et en tous cas bien moins souvent que dans la plupart des pays. En 2015, 2,4 % de la population était pauvre et l’avait été au moins deux années au cours des trois années précédentes. Seuls, la Norvège (1,9 %), la Finlande (1,9 %) et le Danemark (0,6 %) [4] font mieux. Le Royaume-Uni se situe à 3,9 %, ce qui est bien meilleur que l’Allemagne (5,5 %). Le taux de pauvreté persistante est supérieur à 8 % en Espagne, comme en Italie.

Seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian. Lecture : en France, 2,4 % de la population était pauvre en 2015 et l'avait été au moins deux années entre 2012 et 2014. *La donnée danoise est étonnament basse. Le taux était de 1,8 % en 2014.
Source : Eurostat – Données 2015 – © Observatoire des inégalités

      

Pour être encore plus précis, on peut rapporter le taux de pauvreté persistante au taux de pauvreté instantané. Cela revient à annuler l’effet du niveau global de pauvreté. On construit alors ce que l’on peut appeler un « indicateur de persistance relative de pauvreté » [5]. En France, les pauvres qui étaient pauvres deux années de suite au cours des trois années précédant l’enquête représentent un tiers de l’ensemble des pauvres (35 %). La hiérarchie des pays est assez similaire, même si l’Irlande (31 %) fait mieux que la France et la Finlande moins bien avec un taux de 39 %. On remarque que le Royaume-Uni (39 %) se rapproche de la France : la pauvreté y est plus élevée, mais la part de la pauvreté persistante rapportée à la pauvreté totale est assez proche. En Espagne et en Italie, l’indicateur est supérieur à 50 %.

Seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian. Lecture : en France, 35 % des personnes pauvres en 2015 ont été pauvres au moins deux ans sur les trois années précédentes (2012 à 2014).
Source : Eurostat – Données 2015. Calculs Centre d'observation de la société. Données 2014 pour le Danemark – © Observatoire des inégalités

      

Au bout du compte, non seulement la pauvreté est plus faible en France, mais les personnes pauvres en sortent plus vite qu’ailleurs. Les pays qui font mieux que nous – en Europe du Nord – sont tous de plus petite taille et n’ont pas le même passé industriel et migratoire. Cela ne veut pas dire qu’il faille se contenter de ce bon résultat. Il existe bien une pauvreté structurelle, notamment chez les personnes âgées, handicapées ou très peu qualifiées qui ont peu de moyens de sortir de la pauvreté. Une étude ancienne de l’Insee (sur les années 2004 à 2010) indiquait qu’au bout de quatre ans, un cinquième des personnes pauvres étaient toujours pauvres et 16 % au bout de six ans [6]. C’est peut-être beaucoup moins que chez nos voisins, mais cela ne signifie pas qu’il faille pour autant l’ignorer. La situation appelle des mesures d’ampleur concernant ceux qui restent pauvres.

Extrait de « La France est l’un des pays d’Europe où la pauvreté persiste le moins » du Centre d’observation de la société, juillet 2018.

Photo / © De Visu - Fotolia


[1Selon Eurostat qui date ces données de 2016. L’année indiquée est en réalité celle de collecte des données, les revenus ayant été perçus en 2015. Nous corrigeons ce décalage.

[2Cela signifie que les seuils de pauvreté sont différents selon les pays, puisqu’ils varient en fonction du niveau de vie de chacun.

[3Voir notre article « Impôts et prestations sociales réduisent les inégalités de revenu de moitié », Observatoire des inégalités, 16 janvier 2018.

[4Ce dernier chiffre ressemble fort à une erreur de mesure tant il est faible, il était de 1,8 % l’année précédente.

[5Nos voisins anglais ont étudié de leur côté l’écart absolu entre les taux. Voir « Persistent poverty in the UK and EU : 2015 », Office for National Statistics, 27 juin 2017.

[6« Les facteurs qui protègent de la pauvreté n’aident pas forcément à en sortir », Simon Back, Nathalie Missègue et Juliette Ponceau, Revenus et patrimoine des ménages, Insee, édition 2014.


Date de première rédaction le 21 août 2018.
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