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L’égalité à l’école, combien ça coûte ?

La France est le pays où le nombre d’élèves par enseignant est le plus élevé à l’école primaire. Combien cela coûterait-il de réduire la taille des classes de manière significative ? Proposition et chiffrage par de Noam Leandri de l’Observatoire des inégalités.

Publié le 22 octobre 2026

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Éducation Système scolaire

Réduire la taille des classes à quinze élèves au primaire coûterait cinq milliards d’euros par an selon nos estimations [1]. Une dépense largement supportable par notre pays : elle représenterait l’équivalent d’un quart de la perte de recettes fiscales due à la suppression de la taxe d’habitation (20 milliards d’euros) et 0,6 % du total du budget de l’État.

D’après les enquêtes internationales, la France est l’un des pays où l’école reproduit le plus les inégalités liées à l’origine sociale des élèves. Ainsi, les enfants de cadres sont quatre fois plus nombreux que les enfants d’ouvriers parmi les étudiants, alors qu’ils sont le même nombre dans la population totale.

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La réduction du nombre d’élèves par classe est l’une des mesures envisageables pour réduire les inégalités dans notre système éducatif. Plusieurs études ont montré qu’une telle mesure bénéficie particulièrement aux élèves de milieu social défavorisé [2]. Or, la France est l’un des pays riches où l’on compte le plus d’élèves par enseignant [3]. Ainsi, l’OCDE comptait en moyenne 18 enfants par enseignant en primaire en France en 2023 contre onze élèves en Italie, douze en Espagne, treize en Suède, quatorze aux États-Unis et quinze au Japon et en Allemagne.

Avec la baisse du nombre de naissances depuis dix ans, les effectifs moyens par classe pourraient baisser dans les prochaines années. Aujourd’hui de 21 enfants par classe selon le ministère de l’Éducation nationale [4], la baisse de 11 % de l’effectif d’ici 2032 (projections du ministère [5]) entrainerait mécaniquement un ratio à 19 élèves par classe à condition de maintenir le même nombre d’enseignants, au lieu de fermer des classes par recherche d’économies budgétaires comme l’envisage le gouvernement.

Pour réduire les effectifs des classes à quinze élèves, il faudrait recruter environ 70 000 enseignants supplémentaires, une augmentation de 25 % du nombre d’enseignants du primaire. Avec un coût moyen au recrutement de 50 000 euros par professeur des écoles [6], le budget annuel à dégager représenterait trois milliards et demi d’euros.

Diminuer le nombre d’élèves par enseignant suppose aussi d’adapter les écoles. Pour partie, ces élèves seraient accueillis dans les classes inoccupées actuellement et dans celles qui le seront du fait de la baisse de la fécondité. Une étude [7] menée en 2013 évaluait les frais de structure à 30 % de la masse salariale supplémentaire, soit un milliard d’euros. On aboutit au même montant en s’appuyant sur des coûts constatés dans certaines villes [8]. Cet investissement d’un milliard par an sur le quinquennat [9] reste limité par le fait qu’il s’agit de réaménager des écoles pour accueillir moins d’élèves dans de meilleures conditions, et non pas forcément de construire de nouveaux établissements.

Au total, cela représenterait une augmentation de 7 % du budget du ministère de l’Éducation nationale. Cette enveloppe d’environ cinq milliards d’euros par an peut aussi être rapprochée du coût du futur porte-avion (12 milliards d’euros), ou encore du crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile (7 milliards d’euros par an).

Notre mesure s’inscrit dans la lignée de la diminution de la taille des classes menée à partir de 2017, qui avait concerné les classes de CP (à partir de 2017), de CE1 (2018) et de grande section de maternelle (2020), mais uniquement dans les réseaux d’éducation prioritaire, soit un cinquième des élèves en élémentaire. Les évaluations disponibles font état d’un impact important, qui s’estompe au fil du temps, les élèves étant à partir du CE2 scolarisés dans des classes beaucoup plus chargées [10].

Réduire la taille des classe réduirait les inégalités de réussite et transformerait globalement le climat scolaire

Réduire la taille des classes pour revenir dans la norme des effectifs des autres pays riches n’est pas la solution miracle. C’est d’abord la manière dont est organisée l’école française, très élitiste, qui est en cause. Pour autant, une telle mesure aurait un double impact. Favorable aux élèves les plus en difficulté, elle réduirait les inégalités de réussite. En même temps, elle transformerait globalement le climat scolaire, améliorant les conditions d’études, mais aussi d’enseignement, ce qui peut être, en soi, un objectif de politique publique.

Réduire les inégalités : combien ça coûte ?
L’élection présidentielle est un rendez-vous incontournable pour impulser des changements sur les inégalités. Régulièrement, l’Observatoire des inégalités chiffre le coût d’une mesure forte pour réduire les inégalités.

L’argent ne règle pas tout, mais on ne réduira pas les inégalités sans améliorer la qualité des services publics, et pour cela il faut des financements. La France ne manque pas d’argent : nous comparons le coût de ces mesures avec d’autres dépenses effectuées, dont l’effet est beaucoup plus discutable.

Noam Leandri

Photo / © Rabizo


[1] L’Institut de politiques publiques chiffrait à cinq milliards d’euros le coût de réduction à douze élèves des classes de CP et CE1. Notre chiffrage porte sur une réduction à quinze élèves de toutes les classes de primaire.

[2] « La taille des classes influence-t-elle la réussite scolaire ? », Note IPP n° 28, Institut des politiques publiques, septembre 2017.

[3] « Maternelle, primaire : la France est l’un des pays riches où le nombre d’élèves par classe est le plus élevé », Centre d’observatoire de la société, mars 2026.

[4] « Taille des classes du premier degré : une neuvième année de baisse consécutive dans les écoles publiques », Note d’Information n° 26-01, ministère de l’éducation nationale, janvier 2026.

[5] « Projections d’effectifs scolaires à horizon 2035 », Note d’Information n° 26-09, ministère de l’éducation nationale, avril 2026.

[6] Selon le « Projet de budget 2026 de la mission éducation scolaire annexé au PLF 2026 », l’entrée de 249 équivalents temps plein annuels revient à 11,21 millions d’euros.

[7] Fredriksson et al. (2013) cité dans « La taille des classes influence-t-elle la réussite scolaire ? », Institut des politiques publiques, Note IPP n° 28, septembre 2017.

[8] La ville de Grenoble a par exemple dépensé 60 000 euros de travaux par classe dédoublée. Multiplié sur 70 000 nouvelles classes et étalé sur cinq ans, cela revient à un peu moins d’un milliard d’euros.

[9] Considérant 60 000 euros de travaux par classe multiplié par 70 000 classes et étalé sur 5 ans. Cette évaluation aboutit au même résultat que le ratio de 30 % appliqué à la masse salariale, qui est utilisé par l’Institut des politiques publiques dans l’étude citée plus haut.

[10] « Réduction de la taille de classe en éducation prioritaire : que nous apprennent les données de la DEPP ? », ministère de l’Éducation nationale, février 2026.

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Date de première rédaction le 22 octobre 2026.
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