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Inégalités locales de revenus : l’exemple de l’agglomération de Tours

Données 18 novembre 2008

L’Observatoire des inégalités dresse la carte des inégalités de revenus d’une commune et de son agglomération. Première illustration avec l’agglomération de Tours, par Roger Brunet de l’Observatoire des inégalités.

Territoires Revenus
Nous disposons depuis peu de données sur les revenus à un niveau très fin. Elles permettent de montrer ce qui se cache derrière les moyennes trop générales, de révéler la composition des niveaux de vie à l’échelon le plus détaillé, regroupant quelques milliers de personnes. Bref, ce qui fait, concrètement, le paysage français des revenus dans notre pays.

Grâce au travail méticuleux du géographe Roger Brunet, nous commençons avec cet article une série consacrée à ces inégalités à travers plusieurs grandes villes de France. Chaque exemple, au-delà de ses spécificités, dispose d’une forme d’exemplarité et pourra intéresser un public beaucoup plus large que les habitants de la ville concernée. Chaque ville illustre les contrastes et la complexité du peuplement, que ne peuvent faire apparaître les données trop globales. Nous amorçons cette série par la ville de Tours, où se trouve le siège de l’Observatoire des inégalités.
LM

L’Insee a mis en ligne d’abondantes données à un niveau appelé « Iris » (pour « îlots regroupés pour l’information statistique »). Ces Iris sont des groupements d’îlots urbains de superficies très diverses et aux contours parfois compliqués, mais qui rassemblent des nombres d’habitants (ou de ménages) assez voisins — autour de 2 300 par exemple pour Tours et cinq communes voisines. [1] On dispose de données sur les revenus des ménages à partir des informations de l’année 2005 ; l’Insee a combiné à cette fin les déclarations d’impôt sur le revenu des personnes physiques, et les fichiers des taxes d’habitation, qui couvrent un bien plus large champ. Nous en présentons ici une première analyse.

1. La richesse moyenne : les belles banlieues

La carte 1 donne une idée de la richesse moyenne des ménages ; elle représente la valeur médiane [2] des revenus. Dans chacune des parcelles (nos « Iris »), il y a autant de ménages au-dessous de cette valeur qu’au-dessus. Chaque classe de couleur correspond à un cinquième des Iris (quintiles) ; la classe la plus haute étant très étalée, on l’a divisée en deux pour signaler les quartiers les plus riches (médiane au-delà de 35 000 euros).

Ces quartiers riches sont dans les banlieues de Saint-Avertin et de Saint-Cyr-sur-Loire, auxquelles se joint le nord-ouest de Joué-lès-Tours (du côté des Bretonnières). Par opposition, les quartiers pauvres se voient au centre des deux banlieues de Saint-Pierre-les-Corps et de Joué-lès-Tours, et surtout dans la commune de Tours. On y reconnaît, au centre de la ville, des quartiers populaires anciens comme Lamartine (L) au nord et Giraudeau (G) à l’ouest, ou relativement récents comme le Sanitas (S), et deux quartiers plus extérieurs, le grand ensemble Europe au nord (E) et le quartier sud des Fontaines (F). Le quartier bourgeois des Prébendes (P) pris au sens large émerge seul comme quartier riche, les autres quartiers de réputation bourgeoise ayant en fait une population plus mélangée et n’obtenant qu’un résultat moyen ou même plutôt bas, comme autour de la rue Nationale (N) en plein centre.

Ex. : la médiane record est à 44 649 euros à Saint-Avertin 0107 (Sud Nouveau Bois Bellerie) : la moitié des ménages ont plus, la moitié ont moins. Elle est à 9 816 euros seulement à Tours Sanitas-Rotonde 2, record inverse.

CARTE 1

2. Les contrastes sociaux : peu de ségrégation spatiale

La carte 2 apporte une autre information et nuance la précédente. Elle donne une idée du contraste entre bas et hauts revenus. Pour cela, on a calculé le rapport entre les revenus des 10 % les mieux dotés (dernier décile) et ceux des 10 % les plus pauvres (1er décile) dans chaque Iris [3]. Plus la couleur est foncée, plus le contraste est grand. Chaque classe de couleur représente un cinquième des Iris (quintiles).

Exemple de quartier contrasté riche : 10 % ont moins de 8 396 € à Grammont-1 (Prébendes) et 10 % plus de 89 262 € ; exemple de quartier contrasté pauvre : 10 % ont moins de 836 € à Sanitas-Rotonde-5, 10 % ont plus de 32 258 €.

Exemple de quartier moins contrasté (et aisé) : 10 % ont moins de 17 259 € à Tours-Douets-Milletière-1 (extrême nord), 10 % plus de 54 274 € ; à un niveau plus bas : 11 232 € et 39 115 € à Europe-2 (Tours).

Dans trois Iris (dont deux au Sanitas), le premier décile est égal à zéro, ce qui signifie que 10 % des ménages au moins se déclarent sans revenus. Attention, cela ne veut pas dire qu’ils n’ont aucune ressource. Ils peuvent vivre de minimas sociaux, d’entraide familiale ou de revenus de petits emplois non déclarés qui n’apparaissent pas dans les données de l’Insee.

On voit immédiatement à quel point le centre-ville de Tours se distingue : les contrastes y sont très élevés, aussi bien au sein de quartiers riches comme les Prébendes (P) que de quartiers pauvres selon la carte 1, tels que Sanitas (S) et Lamartine (L) ; on y voit également apparaître des quartiers qui n’étaient que moyens sur la première carte, et qui sont en fait très contrastés, comme le quartier de la Cathédrale C. D’autres forts contrastes apparaissent dans les deux vieux centres-villes de Saint-Pierre-des-Corps et de Joué-lès-Tours, dans le grand ensemble Europe et au sud du Cher (parc Grandmont et nord-est de Joué-lès-Tours), ce qui est dû au niveau très bas du premier décile (les 10 % les plus pauvres). À l’opposé, certaines banlieues sont peu contrastées, qu’elles soient riches (Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Avertin) ou plutôt pauvres (Saint-Pierre-des-Corps).

Il est donc intéressant d’observer que toute la partie centrale de Tours, aussi bien dans ses quartiers réputés riches, pauvres ou moyens, associe des catégories sociales aux revenus très différents, soit dans les mêmes lieux, soit en juxtaposant à courte distance des îlots plus homogènes mais de composition sociale différente. Même les Prébendes et le Sanitas, réputés opposés mais l’un riche l’autre pauvre, ont en fait des ménages aux revenus très contrastés.

CARTE 2

3. Les contrastes territoriaux : pôles de richesse et de pauvreté

La carte 3 ci-dessous donne une image complémentaire et un peu différente. Ici, les Iris sont représentés non plus selon leur superficie (les contours donnés par l’Insee), mais selon le nombre de leurs habitants, avec une forme simplifiée mais à leur place et avec leurs voisins. On se rend mieux compte de la place de la ville-centre et du fait que les parties périphériques des banlieues sont certes étendues, mais moins densément peuplées.

On a sélectionné sur cette carte les quartiers les plus extrêmes dans leur richesse ou leur pauvreté, là où les derniers dixièmes (déciles) sont les plus riches (rouge) et là où les revenus des premiers dixièmes sont les plus bas (bleu).

Les classes riches sont de préférence, ou dans le centre de Tours (Nationale-Cathédrale et Prébendes-Grammont), mais en situation contrastée ; soit dans certaines banlieues (Saint-Avertin en entier, Saint-Cyr-sur Loire ouest, Joué-lès-Tours nord-ouest), où les catégories sociales sont nettement moins mélangées. Les plus pauvres sont proches du centre de Tours dans le quartier de HLM du Sanitas et le quartier Lamartine, un peu plus éloignés du centre vers le sud-ouest (Giraudeau), au sud (Fontaines) et dans le grand ensemble Europe au nord, ainsi que dans les centres-villes des banlieues populaires de Saint-Pierre-des-Corps et Joué-lès-Tours ; mais tous ces quartiers sont en situation contrastée ; il n’y a pratiquement pas de quartier de l’agglomération formant de communautés homogènes de pauvres, du moins à l’échelle des iris.

CARTE 3

Sources : Données Insee-Ign, cartes 1 et 2 réalisées avec la collaboration de Guérino Sillère


[1Attention : d’emblée il faut remarquer que le regroupement se fait par le nombre de personnes et non par la superficie. Un Iris peu peuplé aura donc une taille supérieure à un Iris plus dense. Le premier apparaîtra plus visible sur une carte que le second

[2La valeur médiane est celle qui partage les ménages en deux, la moitié gagne moins, l’autre moitié gagne davantage

[3Plus exactement, entre la valeur du plafond du premier décile (le mieux que peuvent obtenir les plus pauvres) et celle du plancher du dernier décile (le minimum dont disposent les plus riches).


Date de première rédaction le 18 novembre 2008.
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