Analyse

Conditions de vie : comment vivent les riches ?

Comment vit-on concrètement, quand on se situe au-dessus du seuil de richesse ? Logement, déplacements et vacances, loisirs et sorties culturelles, services à domicile par exemple sont autant de signes qui distinguent la fraction la plus favorisée du reste de la population. L’analyse de Louis Maurin.

Publié le 24 juin 2026

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Revenus Modes de vie Riches

Yachts, villas luxueuses, jets privés..., le train de vie des riches s’étale régulièrement dans les médias, qui décrivent l’opulence de conditions de vie hors du commun. Cette médiatisation suscite aussi bien l’admiration que la critique. Elle a aussi pour fonction de détourner le regard des modes de vie des catégories aisées dont les niveaux de vie se situent un cran en dessous, qui se trouvent ainsi noyées dans la masse du reste de la population.

Avec 4 300 euros pour une personne seule, 6 400 euros pour un couple sans enfant ou 10 800 euros pour une famille avec deux adolescents – soit au niveau de notre seuil de richesse –, on est certes loin de pouvoir voyager en avion privé. Pour autant, on vit dans de bien meilleures conditions que l’immense majorité de la population.

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Il est essentiel de chiffrer le montant des revenus et des fortunes. Mais, au fond, ce qui compte, ce qui rend notre vie plus facile, c’est bien ce que nous faisons de l’argent. Un million d’euros sur un compte bancaire ne change pas le quotidien. Ce n’est que lorsque ces euros sont transformés en biens ou en services (une maison spacieuse ou des vacances par exemple) qu’on y trouve une utilité.

Ne pas compter

Un certain nombre de données exclusives de l’édition 2026 du Rapport sur les riches en France permettent d’en savoir un peu plus sur les conditions de vie des riches. Par exemple, le logement des riches est toujours plus spacieux que celui des autres, que ce soit en ville ou à la campagne et les riches en sont presque toujours propriétaires [1]. Deux tiers des riches disposent par ailleurs d’une autre propriété, comme une résidence secondaire ou un appartement à louer. Être riche, c’est aussi pouvoir choisir l’endroit où l’on vit, contrairement à beaucoup, contraints par les prix.

Par manque d’études sur le sujet, il est difficile de décrire plus précisément le mode de vie des riches en France. L’un des critères majeurs de la richesse est de ne pas avoir à compter sans cesse, ni à regarder les prix quand on fait ses courses pour savoir si l’on peut dépenser ou pas. Aucune enquête ne répond vraiment à cet égard. Selon nos estimations d’après les données de l’Insee, seul 0,5 % des riches ne peut faire face à une dépense imprévue de 1 000 euros, alors que c’est le cas pour les deux tiers des 20 % du bas de l’échelle des revenus (données 2023). Les riches ne dépensent pas à tout-va, mais ils ne se posent pas du tout les mêmes questions que le reste de la population. Au-delà du fait qu’ils disposent d’un pouvoir d’achat conséquent, ils peuvent faire face aux imprévus de la vie, ce qui les sécurise.

Être mobile ou pas

La mobilité, c’est-à-dire le fait de pouvoir se déplacer de manière rapide et confortable, d’aller où l’on veut de manière simple, constitue un critère de qualité de vie. Dans ce domaine, la voiture, premier mode de déplacement des Français, joue un rôle clé : disposer d’un véhicule confortable et sûr est un élément de distinction. Selon le ministère des Transports, 27 % des achats de véhicules par les 10 % les plus riches concernaient une voiture neuve, contre 4 % seulement pour les achats des 10 % les plus pauvres. 5 % des premiers concernaient une voiture âgée de 15 à 20 ans, quand c’est le cas de 24 % des seconds.

Concernant le train, la dernière enquête date de 2019 : les cadres supérieurs (hors retraités), qui représentent 10 % de la population, forment 48 % des voyageurs en seconde classe du TGV et 51 % en première classe, selon l’Autorité de régulation des transports [2]. La SNCF, entreprise publique, a même lancé début 2026 une nouvelle classe dite « Optimum », plus chère, pour répondre aux besoins de la clientèle aisée. « Bénéficiez d’un confort exclusif dans un espace entièrement dédié, avec une répartition des places préservant votre intimité, pour un voyage calme, idéal pour travailler ou vous reposer », annonce-t-elle à ses clients.

De même, les loisirs constituent un moment clé de la vie, pour se reposer, se divertir, se ressourcer. Si les trois quarts des plus aisés (avec un niveau de vie supérieur à 2 800 euros mensuels pour une personne seule) partent en vacances, c’est le cas de seulement 40 % des plus modestes (revenu inférieur à 1 285 euros), selon le Crédoc (données 2024). L’hiver, 17 % des plus aisés partent à la montagne, contre 6 % des plus modestes (Crédoc, données 2023).

Les maîtres du temps

Acheter le temps des autres pour faire réaliser les tâches qu’on ne souhaite pas prendre en charge soi-même est aussi un élément déterminant de la qualité de vie. En France, 3,9 millions de ménages ont recours à ce que l’on appelle les « services à la personne », soit 14 % de l’ensemble des ménages (données Insee 2019 [3]). Seuls 3 % des ménages appartenant aux 10 % les plus pauvres sont dans ce cas, contre 40 % des ménages les 10 % les plus riches.

Et encore, on mélange ici toutes les formes de services, du ménage à l’aide aux personnes âgées dépendantes. « L’usage [des services à la personne] par les ménages aisés ne se limiterait pas à satisfaire des besoins essentiels, comme pallier une perte d’autonomie, mais pourrait aussi s’inscrire dans une recherche d’un meilleur confort de vie, ou d’une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, avec une aide pour les tâches domestiques et la garde d’enfants par exemple », note l’Insee. Un dixième des ménages qui recourent à ce type de services dépense moins de 225 euros par an, quand le dixième qui dépense le plus y consacre un minimum de 5 500 euros, et parfois beaucoup plus.

Le social, un capital qui rapporte

Pour décrire le monde des riches, il faudrait aller beaucoup plus loin dans le détail. Par exemple, pouvoir décrire le cercle de leurs relations sociales. Disposer d’un réseau d’amis et de relations familiales constitue aussi une forme de richesse, que les sociologues appellent le « capital social ». Le revenu ne fait pas tout en matière de sociabilité, mais il a un impact : pour vivre dans un quartier aisé (ce qui est utile pour se faire des relations notamment professionnelles) et disposer d’un logement adapté pour recevoir (un salon spacieux et une chambre d’amis), il faut en avoir les moyens.

La mesure de la qualité du réseau de sociabilité est particulièrement complexe. En 2023, selon nos calculs d’après les données de l’Insee, seul 0,3 % des riches indique ne pas avoir les moyens de recevoir des amis, contre 29 % des 20 % aux plus bas revenus. Entretenir un réseau amical a l’apparence du désintéressement, mais produit des intérêts matériels sous la forme de coups de pouce et de renvois d’ascenseur, qu’il s’agisse de trouver un stage, un emploi ou un lieu de vacances, par exemple.

L’argent en soi ne rend pas heureux. Surtout s’il s’agit d’une ligne de chiffres sur un compte en banque. Pour autant, dans une société marchande, disposer d’un revenu confortable transforme la vie. Cela permet de vivre au quotidien dans un environnement agréable, d’être mobile dans l’espace, de faire prendre en charge par d’autres les tâches les plus ingrates.

Un déficit de travaux scientifiques sur les riches
On manque cruellement de données statistiques sur les conditions de vie des riches. Les économistes, sur la base du travail mené par le chercheur Thomas Piketty, ont développé tout un pan de recherche sur les hauts revenus au niveau mondial avec la World Inequality Database [4]. En sociologie, ce domaine reste à défricher. Nous publions notamment un travail novateur des chercheurs Thomas Amossé et Milan Bouchet-Valat qui permet de progresser en la matière. En espérant qu’il soit suivi par une communauté scientifique plus large.
Commander ou télécharger l’ouvrage complet

Ce texte est extrait du Rapport sur les riches en France, édition 2026, sous la direction d’Anne Brunner et Louis Maurin, édition de l’Observatoire des inégalités, juin 2026.

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Illustration / © Observatoire des inégalités
Photo / CC Alpes de Haute Provence


[1Sur ce sujet voir « « Et si le luxe c’était l’espace ? » Le rôle de l’espace du logement dans la socialisation des classes supérieures du pôle privé », Lorraine Bozouls, Sociétés contemporaines, 2019/3.

[2« Enquête 2019 auprès des voyageurs en trains à grande vitesse », Autorité de régulation des transports, juillet 2020.

[3« Forte hausse attendue de la demande de services à la personne d’ici 2025 », Insee Première n° 2024, mars 2025.

[4Voir le site : wid.world.

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Date de première rédaction le 7 juin 2022.
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