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Chômage : quels territoires profitent le plus de la reprise ?

Analyses 25 avril 2019

La reprise de l’emploi n’est pas uniforme en France. Impossible d’opposer métropoles et territoires ruraux. Une étude plus fine s’impose. Une analyse de Valérie Schneider, extraite de laGazette.fr.

Territoires Emploi

Depuis 2015, l’économie française montre des signes de reprise et le chômage tend à baisser lentement. Quels sont les territoires qui en profitent le plus ? Les réussites sont très inégales. Les métropoles ne s’en sortent pas spécialement mieux que les autres parties du territoire.

Autant l’avouer tout de suite : les données de l’Insee ne permettent qu’une approche grossière de la situation. Le niveau le plus détaillé disponible s’appelle une « zone d’emploi » [1], découpage qui met par exemple sur le même plan Paris (3,7 millions d’emplois) et les Herbiers en Vendée qui en rassemble 25 000… La plus grande prudence s’impose donc, car les taux de chômage peuvent masquer des effectifs qui n’ont rien à voir entre eux.

Que remarque-t-on malgré tout ? D’abord que les écarts demeurent énormes. Quoi de commun entre la zone d’emploi d’Agde-Pézenas (Occitanie) qui compte 16,6 % de demandeurs d’emploi et Les Herbiers (Pays de la Loire) qui en compte 4,5 % au troisième trimestre de 2018 ? Dans l’ensemble, le nord de la France et le Sud méditerranéen sont les plus touchés. Les territoires les plus marqués par le chômage ne sont pas forcément les moins dynamiques, mais ceux où les créations d’emploi sont insuffisantes par rapport aux besoins de la population. Il y a aussi des territoires qui comptent peu d’actifs, comme la zone d’emploi de Mauriac en Auvergne-Rhône-Alpes où le taux de chômage ne s’élève qu’à 5,2 %. Dans ces territoires, toute une partie de la jeunesse est partie pour trouver meilleure fortune ailleurs.

Taux de chômage selon les zones d'emploi
Unité : %
Région
3e trimestre 2015
3e trimestre 2018
Les dix zones d'emploi où le chômage est le plus élevé
Agde-PézenasOccitanie18,416,6
AlèsOccitanie17,115,6
MaubeugeHauts-de-France15,515,1
CéretOccitanie16,215,1
ThiéracheHauts-de-France17,215,0
ValenciennesHauts-de-France15,714,9
PerpignanOccitanie16,014,7
NarbonneOccitanie15,714,2
BéziersOccitanie15,114,0
CalaisHauts-de-France16,013,9
Les dix zones d'emploi où le chômage est le plus faible
Molsheim-ObernaiGrand-Est6,85,6
RambouilletÎle-de-France5,95,2
AncenisPays de la Loire6,05,2
Mont BlancAuvergne-Rhône-Alpes6,25,2
MauriacAuvergne-Rhône-Alpes5,75,2
VitréBretagne5,45,1
WissembourgGrand-Est6,34,9
Saint-FlourAuvergne-Rhône-Alpes6,04,8
HoudanÎle-de-France4,84,7
Les HerbiersPays de la Loire5,64,5
France métropolitaine.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Faibles ou fortes baisses

Les variations en points du taux de chômage entre 2015 et 2018 ne font pas apparaître une évolution univoque. Parmi les territoires où la baisse est la moins élevée, on trouve des zones d’emploi comme celle de Houdan (Île-de-France) où le taux de chômage baisse peu, principalement en raison du fait que, partant d’un bas niveau (4,8 %), il ne peut guère se réduire davantage.

À l’opposé, on rencontre des zones en situation très difficile : le chômage est élevé et elles ne profitent pas de la reprise. C’est le cas de Maubeuge (Hauts-de-France), de Prades (Occitanie) ou d’Istres-Martigues (Provence-Alpes-Côte d’Azur). Ces territoires demandent certainement une attention spécifique de la part des politiques publiques. Les taux de chômage, tous âges confondus, situés entre 11 % et 15 %, masquent de plus des niveaux biens supérieurs pour les plus jeunes et les peu qualifiés.

Globalement, si on mesure son évolution en point de pourcentage [2], le taux de chômage a baissé le plus dans des zones d’emploi où il était élevé, comme à Lens-Hénin (Hauts-de-France, - 2,7 points) ou Sète en Occitanie (- 2,3 points). Ces territoires en grande difficulté connaissent une dynamique favorable, même si cette dernière ne doit pas occulter l’ampleur du chemin qui reste à parcourir pour retrouver un niveau plus proche de la moyenne. Le taux de chômage a aussi fortement diminué dans des territoires plus « favorisés » en termes d’emploi comme à Bastia (Corse) par exemple, où le taux est passé de 11,9 % à 9,1 %, soit - 2,8 points, l’une des plus fortes réductions de notre classement.

Évolution du taux de chômage selon les zones d'emploi
Région
3e trimestre 2015
en %
3e trimestre 2018
en %
Variation
en points
Les dix zones d'emploi où la baisse du chômage est la moins élevée
HoudanÎle-de-France4,84,7- 0,1
LoudéacBretagne6,76,5- 0,2
PradesOccitanie12,712,5- 0,2
VitréBretagne5,45,1- 0,3
PlaisirÎle-de-France6,46,0- 0,4
Le BlancCentre Val-de-Loire7,77,3- 0,4
LouhansBourgogne-Franche-Comté8,07,6- 0,4
MaubeugeHauts-de-France15,515,1- 0,4
PoissyÎle-de-France9,18,6- 0,5
Istres-MartiguesProvence-Alpes-Côte d'Azur11,310,8- 0,5
Les dix zones d'emploi où la baisse du chômage est la plus élevée
Sartène-ProprianoCorse13,410,2- 3,2
BastiaCorse11,99,1- 2,8
Les Sables-d'OlonnePays de la Loire11,38,6- 2,7
Lens-HéninHauts-de-France16,313,6- 2,7
ÉpinalGrand-Est11,99,4- 2,5
Charleville-MézièresGrand-Est13,411,0- 2,4
SèteOccitanie15,913,6- 2,3
Saint-Dié-des-VosgesGrand-Est14,111,8- 2,3
Boulogne-sur-MerHauts-de-France14,312,0- 2,3
NeufchâteauGrand-Est10,07,8- 2,2
France métropolitaine.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

En nombre de chômeurs

L’écart en points de pourcentage accentue l’effet de la reprise économique pour les zones d’emploi qui partaient d’un haut niveau de chômage. Nous avons donc observé l’évolution non du taux, mais du nombre de demandeurs d’emploi, entre septembre 2015 et septembre 2018, selon les données du ministère du Travail. Logiquement, ce critère met en avant les territoires les plus peuplés. Certains connaissent une hausse du nombre de demandeurs d’emploi, alors même que la tendance globale est à la reprise. Marseille-Aubagne, Montpellier et Valenciennes forment les trois zones où le nombre de chômeurs a le plus augmenté en valeur absolue. Ces zones d’emploi peuvent connaître une certaine dynamique mais elles « aspirent » en quelque sorte la population.

Les zones d’emploi où le nombre de chômeurs diminue le plus sont contrastées. On y trouve à la fois des territoires favorisés (Toulouse, Paris, Nantes), mais aussi d’autres qui le sont beaucoup moins comme Belfort-Montbéliard, Rouen et Metz (avec un taux de chômage au niveau de la moyenne). Ces derniers exemples sont intéressants à suivre car, sur la durée, ils pourraient indiquer, en fonction de leur ampleur, là où se jouent les changements les plus positifs en matière d’emploi.

Évolution du nombre de chômeurs par zone d'emploi
Sept. 2015
Sept. 2018
Variation absolue
Les plus fortes hausses
Marseille-Aubagne92 97095 8402 870
Montpellier49 64050 7101 070
Valenciennes26 61027 570960
Maubeuge18 36019 270910
Douai16 36017 160800
Poissy14 16014 810650
Roubaix-Tourcoing32 96033 590630
Orly32 78033 340560
Saclay47 71048 240530
Dunkerque15 64016 150510
Les plus fortes baisses
Toulouse89 65083 340- 6 310
Paris358 380354 140- 4 240
Nantes53 17050 060- 3 110
Belfort-Montbéliard22 51019 490- 3 020
Rouen47 69045 210- 2 480
Metz29 29026 880- 2 410
Saint-Étienne33 63031 460- 2 170
Brest22 43020 330- 2 100
Lens-Hénin26 55024 470- 2 080
Mulhouse26 10024 020- 2 080
Demandeurs d'emploi de catégorie A. France métropolitaine.
Source : ministère du Travail – © Observatoire des inégalités

Les métropoles ne se distinguent pas

Nos données ne font pas apparaître de dynamique spécifique autour des métropoles. Comme le confirme une note de France Stratégie [3] sur une période plus longue (1999-2014), l’évolution de l’emploi connaît des situations très contrastées dans les principales aires urbaines : avec des métropoles peu dynamiques (Rouen et Nice), des métropoles qui se développent seules (Lille et Toulouse) ou avec les zones d’emploi environnantes (Nantes et Lyon) et des cas où ce sont les territoires voisins qui sont plus dynamiques que la métropole (Grenoble et Strasbourg).

En matière d’analyse des évolutions de l’emploi, on gagnerait à se méfier de tous les simplismes et à utiliser les bons outils. La France qui va mieux n’est pas la France des métropoles : en partie parce qu’elle connaît aussi des difficultés, et parce qu’elle « aspire » les demandeurs d’emploi des régions qui peinent à se développer. Ces dernières peuvent, du même coup, se retrouver faiblement marqués par le chômage.

Les différences de taille des zones d’emploi rendent également difficiles les comparaisons. Une partie du territoire, loin des grandes villes, se porte bien, porté par un dynamisme économique spécifique, comme c’est le cas d’une partie de la Vendée par exemple. Mais ces zones restent microscopiques en terme de population. Ainsi, la zone d’emploi des Herbiers, qui a servi à illustrer des quantités d’articles sur le sujet, ne représente que 0,1 % de l’emploi en France. Pour y voir plus clair, il faudrait pouvoir disposer de données beaucoup plus fines, détaillées par quartiers pour les grandes villes. Les quartiers les plus en difficultés souffrent d’une reprise de l’activité qui reste trop faible pour avoir un impact conséquent, mais aussi de faibles qualifications des habitants, qui ne leur permettent pas d’accéder à une partie des emplois créés.

Extrait de « Chômage : quels territoires profitent le plus de la reprise en 2018 ? », Valérie Schneider, laGazette.fr.

Photo : Sète / CC BY-SA Christian Ferrer, Wikimedia


[1Une « zone d’emploi » est l’une des principales délimitations territoriales de l’Insee. Les zones d’emploi sont des ensembles cohérents qui regroupent les actifs en fonction de leur lieu de vie et d’emploi. Pour en savoir plus, voir la définition du Centre d’observation de la société.

[2La différence entre les taux de 2015 et 2018.

[3« Dynamique de l’emploi dans les métropoles et les territoires avoisinants », La note d’analyse n° 64, France Stratégie, novembre 2017.


Date de première rédaction le 25 avril 2019.
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