20 ans d’évolution des revenus : comment l’accroissement des inégalités mine la démocratie
Le niveau de vie des classes moyennes continue de progresser malgré l’inflation. Tandis que les plus pauvres perdent du pouvoir d’achat, les plus riches réclament toujours plus de baisses d’impôt. Un cocktail politiquement explosif. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
Publié le 6 octobre 2026
https://www.inegalites.fr/20-ans-d-evolution-de-revenus - Reproduction interditeLes Français ont continué à s’enrichir au cours des vingt dernières années. Entre 2004 et 2024, le niveau de vie moyen après impôts et inflation s’est accru de 15 %, en dépit de la crise financière de 2008 et sanitaire de 2020. Ce pourcentage représente un gain annuel de 4 300 euros par personne ou 6 500 euros pour un couple.
Avec une hausse de 24 %, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches a augmenté bien plus vite que la moyenne de la population. Ils ont engrangé 15 000 euros de revenu annuel supplémentaire. De son côté, le niveau de vie des plus pauvres a diminué de 2,3 % : ils ont perdu 240 euros. Les classes moyennes ont enregistré une hausse de 16 %, soit un gain annuel de 3 400 euros. Ce constat, sur lequel l’Observatoire des inégalités alerte de longue date, est désormais solidement documenté : les inégalités s’accroissent.
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Trois grands enseignements découlent de ces chiffres. Premièrement, la mise en avant d’un problème généralisé de « pouvoir d’achat » est un leurre. La France à la peine en matière de revenus est celle d’en bas, des catégories populaires aux plus faibles revenus. Parce que les filets de sécurité que sont les minima sociaux sont moins revalorisés, que l’emploi précaire et payé à la tâche augmente, que la condition salariale est fracturée par les « lois travail » qui se sont succédé et fragilisent les plus faibles. Faire croire que tout le monde est concerné par les pertes de pouvoir d’achat est une manière de protéger les intérêts des plus favorisés.
Deuxièmement, contrairement à de nombreux commentaires, la France « moyenne » n’est pas à la peine. Elle continue de s’enrichir, contrairement au bas de l’échelle. Ce qui ne veut pas dire que tout aille bien pour elle. Elle voit bien qu’elle ne bénéficie pas de la même progression que l’étage supérieur, que l’essentiel des diminutions d’impôts va aux plus riches. Elle voit aussi l’avenir devenir plus incertain et craint de tomber à l’étage inférieur.
Troisièmement, on ne peut qu’être frappé de l’appétit des catégories supérieures pour gagner toujours plus. En dépit des difficultés du pays et des milliards d’euros déjà obtenus (fin de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), réduction de l’impôt sur le revenu, suppression de la taxe d’habitation notamment), les plus aisés continuent à en demander encore plus. Le gouvernement prépare pour elles des mesures qui lui permettront de transmettre encore davantage leur fortune à leurs enfants sans payer de droits de succession. La gauche ne propose que de taxer une infime minorité d’ultra-riches, protégeant ainsi les catégories supérieures.
L’hypocrisie qui consiste à s’inquiéter des tensions sociales tout en les nourrissant est immense
L’hypocrisie qui consiste à s’inquiéter des tensions sociales tout en les nourrissant est immense. Quand on appartient à la France qui perd, il faut faire preuve de beaucoup de sérénité pour ne pas verser dans le dégagisme tous azimuts, quitte à voter pour une extrême droite qui promet des lendemains qui chantent, mais qui demain accentuera encore les inégalités. Les classes aisées se montrent bien plus inquiètes d’une distribution plus juste des revenus que de l’avènement possible d’un pouvoir autoritaire.
Lecture : comparé à une base 100 fixée en 2004, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est de 124 en 2024, soit une augmentation de 24 % en 20 ans.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités
Louis Maurin
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