Observatoire des inégalités
Journée de formation "Comprendre les inégalités"                              X Fermer
Bouton menu

Contre les inégalités, l’information est une arme

Bouton soutenir

Qui met de l’argent de côté et combien ?

Analyses 26 janvier 2018

L’épargne moyenne par ménage varie de 7 % des revenus à 28 %, selon que l’on appartient aux 20 % les plus pauvres ou au 20 % les plus riches. Un phénomène qui génère d’autres inégalités en termes de capacité à se représenter sereinement l’avenir ou à se constituer un patrimoine. Extrait du Centre d’observation de la société.

Revenus et patrimoine Conditions de vie Patrimoine Consommation et dépenses

Qui gagne suffisamment d’argent pour en mettre de côté ? Sur ce sujet pourtant essentiel, on dispose de très peu de données, mais une étude de l’Insee [1] permet d’en savoir un peu plus. Les données portent sur l’année 2011, mais ce type de grandeur varie peu au fil du temps. Tous types de familles confondus, les ménages français ont perçu 45 000 euros [2] en moyenne, en ont dépensé 37 500 et ont mis de côté 7 500 euros, soit 17 % de leurs ressources. Mais ces données moyennes masquent des écarts importants.

L’épargne augmente avec l’âge jusqu’à 60 ans. Les revenus s’accroissent au fil de la vie professionnelle et les dépenses diminuent à la cinquantaine du fait du départ des enfants notamment : le niveau de l’épargne est alors à son maximum. Avec le passage à la retraite, on entre dans une nouvelle phase. Les revenus baissent nettement, ainsi que les dépenses de consommation et l’épargne. À partir de 70 ans, les revenus diminuent encore, mais moins que les dépenses, ce qui fait que l’épargne augmente à nouveau légèrement.

En matière de bas de laine, c’est le revenu qui fait la différence. Les 20 % du bas de l’échelle épargnent en moyenne 1 500 euros par an, soit l’équivalent de 7 % de leurs ressources. Ces 20 % rassemblent à la fois des ménages totalement démunis, qui ne font aucune économie, et des familles modestes, qui ne dépensent pas l’ensemble de leurs revenus et donc épargnent. À l’opposé, les 20 % les plus riches épargnent en moyenne 22 800 euros chaque année, soit presque 30 % de leur revenu ou encore l’équivalent de l’ensemble des revenus annuels des 20 % les plus pauvres. À l’intérieur de ce cinquième le plus riche, les écarts sont encore plus grands : on y trouve aussi bien le haut des couches moyennes que les ménages les plus riches du pays, dont les économies sont largement supérieures à 22 800 euros par an.

Revenu après transferts privés.
Source : Insee – Données 2011 – © Observatoire des inégalités

      

Les données par milieu social distinguent d’abord les non salariés (artisans, commerçants, etc.) dont les revenus et l’épargne sont très supérieurs aux autres catégories sociales. Outre le fait que les données sont difficilement comparables pour des types de revenus différents (entre des revenus d’activité non salariée et des salaires), une partie des économies des non-salariés sert à se prémunir contre des aléas plus importants sur un plan professionnel. Les écarts de revenus sont majeurs entre les indépendants peu fortunés et les plus aisés, en particulier. Parmi les salariés, les cadres supérieurs se détachent du lot, avec des revenus très élevés (plus de 75 000 euros en moyenne) et une épargne de 16 000 euros par an, soit plus d’un cinquième de leurs revenus, alors qu’ils dépensent 59 000 euros par an. À l’opposé, employés et ouvriers ne mettent respectivement que 4 700 et 7 000 euros de côté en moyenne chaque année.

Se prémunir

Mettre de l’argent de côté constitue une garantie contre le risque, notamment en cas de chômage. Le fait de disposer ou non d’un capital (qu’il s’agisse d’immobilier ou de placements financiers) est, en période de manque d’emploi durable, un élément qui structure les inégalités dans la société. Détenir un capital permet de se procurer un niveau de vie supérieur au moment du passage à la retraite, notamment pour ceux qui ont mis assez de côté pour devenir propriétaires et ne pas avoir de loyer à payer. Enfin, l’épargne assure le transfert de la richesse au fil des générations. Les 16 000 euros annuels épargnés en moyenne par les cadres supérieurs constituent un stock qui grossit d’année en année, dont une partie ira à leurs descendants, ce qui leur facilitera la vie. La constitution d’un patrimoine est un processus cumulatif [3] : le revenu nourrit l’épargne qui grossit le patrimoine, ce dernier assurant des revenus qui vont à leur tour alimenter l’épargne…

Ces données permettent de mesurer l’impact des politiques publiques de redistribution des revenus. Contrairement à la thèse d’un « ruissellement », la hausse du niveau de vie des plus aisés (par le biais des baisses d’impôts) accroît surtout leur épargne et n’est que faiblement réinjectée dans le circuit économique. Inversement, une augmentation du revenu des plus pauvres repart directement dans ce circuit sous forme de dépenses (alimentation, logement, vêtements, etc.). Au plus bas de l’échelle, les minima sociaux et les allocations diverses se retrouvent intégralement à la fin du mois sur le compte de bailleurs et de commerçants.

Ces chiffres permettent aussi de comprendre l’importance de l’imposition progressive des revenus, celle dont le taux augmente avec le niveau de ressources. Plus ces dernières augmentent, moins leur utilité est grande pour les ménages : dix euros de minima sociaux sont immédiatement dépensés en éléments essentiels pour la vie de tous les jours alors que la même somme va grossir l’épargne ou la consommation accessoire des plus aisés. On passe de dépenses essentielles à des dépenses de plus en plus accessoires. Seule leur imposition croissante permet de rebattre les cartes des inégalités dans le temps, de limiter quelque peu la constitution de « dynasties » par le biais de l’épargne, avec des générations de descendants-héritiers qui, sans efforts ni mérite particuliers, bénéficient du fait d’être les « enfants de ».

Qui met de l'argent de côté ?
Revenu, consommation et épargne annuelle, par ménage
Revenu
en euros
Consommation
en euros
Épargne
en euros
Taux d'épargne
Ensemble des ménages45 10137 5487 55317 %
Selon le revenu
20 % les plus pauvres22 80121 2581 5437 %
Entre 20 et 40 %31 99629 5712 4258 %
Entre 40 et 60 %39 76235 1134 64912 %
Entre 60 et 80 %49 94943 6656 28413 %
20 % les plus riches80 99958 13422 86528 %
Selon l'âge
Moins de 30 ans32 55729 1983 35810 %
30-39 ans49 69642 4127 28415 %
40-49 ans56 05744 77411 28320 %
50-59 ans53 99341 42212 57123 %
60-69 ans41 89638 4463 4498 %
70 ans et plus32 17927 0865 09316 %
Selon le milieu social
Agriculteurs50 42039 37011 05022 %
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise et prof. libérales86 24255 42330 81936 %
Cadres supérieurs75 74859 35816 39122 %
Professions intermédiaires52 51744 7247 79415 %
Employés38 53433 7964 73812 %
Ouvriers40 94334 0116 93217 %
Revenu après transferts privés.
Source : Insee – Données 2011 – © Observatoire des inégalités

Article extrait du Centre d’observation de la société.

Photo / CCBY Tomi Tapio K


[2Ces données comprennent les transferts privés : soutien des parents aux enfants par exemple.

[3Voir sur notre site l’article du Centre d’observation de la société « Patrimoine, des inégalités démultipliées »


Date de première rédaction le 26 janvier 2018.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Publication



Rapport sur les inégalités en France, édition 2017

Espace jeunes

illustration espace jeune

Formation

20 novembre 2018
La jeunesse face aux inégalités

Voir toutes les formations

Actualités de l'Observatoire

Boites à outils

Questions clés
Mesurer les inégalités
Lexique
Salaire : êtes-vous riche ou pauvre ?
Patrimoine : êtes-vous fortuné ?
Niveaux de vie : où en est ma commune ?
L’évaluateur des dépenses publiques
Communes : quelle égalité hommes-femmes ?