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Les vingt quartiers prioritaires les plus pauvres de France

Les quartiers les plus en difficulté affichent des taux de pauvreté supérieurs à 70 %. Des taux près de cinq fois plus élevés que la moyenne nationale. Notre classement des vingt quartiers prioritaires les plus pauvres de France.

Publié le 1er décembre 2022

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Revenus Quartiers en difficulté Pauvreté

Les quartiers les plus en difficulté affichent des taux de pauvreté supérieurs à 60 % [1],selon les données 2019 de l’Insee. Des taux jusqu’à cinq fois plus élevés que la moyenne nationale (15 %). Avec un taux de pauvreté de 76 %, le quartier « Résidence Sociale Nicéa » à Nice est le plus pauvre des quartiers prioritaires de la ville, suivi du quartier « Pous du Plan » à Carpentras (84), avec un taux de 72 %, et du « Quartier Bas-Vernet Ancien Zus », situé à Perpignan (66), qui présente un taux de pauvreté de 70 %. Les taux élevés qui ressortent de notre classement des 20 quartiers prioritaires les plus pauvres en France font apparaitre le degré de concentration de la pauvreté dans certains territoires populaires.

D’un point de vue géographique, les quartiers les plus pauvres se situent plus souvent dans le sud de la France, à Nice, Carpentras ou encore Nîmes, où les taux de pauvreté varient à des niveaux très élevés, de 69 % à 76 %. Trois quartiers prioritaires de Perpignan, deux situés à Troyes dans l’Aube apparaissent aussi dans notre classement, ainsi que deux de La Réunion avec des taux de pauvreté aux alentours de 64 %.

La situation sociale des quartiers prioritaires résulte du rôle même du logement social : sa mission est d’accueillir les populations aux niveaux de vie les plus bas, alors qu’une partie des plus favorisés le quittent une fois qu’ils ont obtenu une meilleure situation.

Attention, d’une part, notre classement des 20 quartiers prioritaires les plus pauvres porte seulement sur 1 349 de ces territoires pour lesquels on dispose du taux de pauvreté au seuil de 60 % du revenu médian, alors que la France est composée en tout de 1 514 quartiers prioritaires. D’autre part, les taux de pauvreté moyens présentés peuvent être trompeurs, notamment quand on les rapporte au nombre d’habitants. Si on avait divisé en « sous-quartiers » les quartiers en difficulté les plus peuplés, on aurait probablement obtenu des taux de pauvreté de l’ordre de ceux qui apparaissent dans notre classement. C’est par exemple le cas du quartier Franc Moisin - Cosmonautes qui rassemble une partie d’Aubervilliers, de La Courneuve et de Saint-Denis en Seine-Saint-Denis au Nord de Paris et rassemble 120 000 personnes dont plus de 50 000 sont pauvres.

Les critères de notre classement
Nous avons trié les quartiers prioritaires de la ville par taux de pauvreté [2] (au seuil de 60 % du revenu médian [3]), sans prendre en compte le nombre d’habitants, pour obtenir le classement des 20 plus pauvres parmi les 1 349 quartiers prioritaires pour lesquels cette donnée est disponible. Ces 20 quartiers ont, pour la plupart d’entre eux, une population comprise entre 1 000 et 5 000 habitants, excepté le quartier « Pissevin-Valdegour » à Nîmes qui en compte 16 400 et celui de « Bien-Assis » à Domérat-Montluçon (03) qui ne comporte que 600 habitants.
Les 20 quartiers prioritaires de la ville les plus pauvres de France
Commune
Population en 2018
Taux de pauvreté en 2019
en %
Résidence Sociale NicéaNice (06)1 01976,3
Pous du PlanCarpentras (84)1 15272,5
Quartier Bas-Vernet Ancien ZusPerpignan (66)2 51170,5
Quartier Champs de MarsPerpignan (66)1 83369,9
Pissevin - ValdegourNîmes (30)16 38969,1
Rois de MajorquePerpignan (66)1 48568,0
Jules GuesdeTroyes (10)1 80865,7
CantepauAlbi (81)2 08365,7
Bel Air Centre Ville Village DesprezSainte-Suzanne (97)1 95865,3
Le Viguier - Saint-JacquesCarcassonne (11)1 75765,0
Justice-Butte BlancheArgenteuil, Bezons (95)82664,6
Le Sillon De BretagneSaint-Herblain (44)1 09764,0
Laden Petit TrainCastres (81)96664,0
Bien-AssisDomérat-Montluçon (03)62163,7
Ile De ThauSète (34)3 49363,6
Petit Bazar - Chemin du Centre - FayardSaint-André (97)5 07263,3
Pont de PierreMaubeuge (59)2 00063,2
Iranget GrangetteBéziers (34)3 12462,9
SénardesTroyes (10)1 51262,6
Résidence GayantDouai (59)2 01362,6
Ensemble des quartiers prioritaires de la ville43,5
Seuil de pauvreté de 60 % du niveau de vie médian.
Lecture : avec 76,3 % de sa population sous le seuil de pauvreté, le quartier « Résidence Sociale Nicéa » à Nice est le quartier prioritaire où le taux de pauvreté est le plus élevé.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Davantage de jeunes, de familles monoparentales et d’immigrés

Les 20 quartiers de France les plus en difficulté partagent des traits communs qui expliquent la faiblesse des ressources de leurs habitants. Les moins de 25 ans représentent près de 40 % de la population des quartiers prioritaires (donnée 2019 du ministère de la Cohésion sociale des territoires). Hormis quelques exceptions, la plupart des territoires de notre classement comptent encore plus de jeunes : selon les estimations démographiques 2018 de l’Insee, plus de la moitié de la population (54 %) a moins de 25 ans dans le quartier de « Petit Bazar-Chemin du Centre-Fayard » à Saint-André à La Réunion, 50 % dans celui de « Résidence Gayant » à Douai, ou encore, les jeunes représentent 49 % de la population à « Pissevin-Valdegour » à Nîmes, le cinquième quartier prioritaire le plus pauvre.

Les familles monoparentales sont aussi plus présentes dans les quartiers les plus pauvres. Elles forment 25 % de la population en moyenne dans les quartiers prioritaires de la ville, selon le rapport annuel 2019 de l’Observatoire national de la politique de la ville, contre 16 % au niveau national. Par exemple, dans le quartier « Cantepau » à Albi, qui affiche un taux de pauvreté de 66 %, les familles monoparentales représentent près de la moitié de la population.

Les habitants de ces cités très pauvres sont beaucoup moins diplômés. Dans les quartiers les plus pauvres de notre classement, et pour lesquels cette donnée est disponible, la part des sans-diplôme est en moyenne de 52 %. Elle varie de 33 % dans celui de « Rois De Majorque » à Perpignan à 62 % à « Laden Petit Train » à Castres (Insee, données 2018).

On retrouve le même phénomène avec les étrangers qui représentent moins de 8 % de la population française, mais 23 % des habitants des quartiers de la politique de la ville. Avec des écarts très importants, jusqu’à 40 % dans certains quartiers d’Argenteuil ou Chalon-sur-Saône par exemple, mais parfois moins de 10 %, comme à Boulogne-sur‐Mer ou Valenciennes. C’est l’une des vocations de ces quartiers que d’accueillir et de loger des personnes peu qualifiées, ce qui est le cas d’une grande partie des migrants, le temps de s’insérer dans la vie professionnelle. La géographie de l’habitat social aboutit à cette concentration d’une partie de la population d’origine étrangère.

Ces quartiers pauvres sont aussi, dans la plupart des cas, loin de l’image qu’on en donne parfois. Le chômage, le travail précaire et les faibles revenus y sont beaucoup plus répandus qu’ailleurs, mais on n’y vit pas que de prestations sociales et de trafics en tout genre. Contrairement aux « cités » qui font la Une des journaux, les quartiers présentés ici ne sont pas forcément situés où on les attend. La moitié se trouve dans le sud de la France, seuls quelques-uns sont situés dans la banlieue parisienne ou dans le nord de la France. Il ne s’agit ni de « ghettos », ni de territoires de non-droit, mais simplement de quartiers où la population pauvre est davantage concentrée, et parfois situés tout près des territoires de l’extrême richesse.

Photo / CC By SA Vpe Wikimedia


[1Le seuil de pauvreté utilisé ici est fixé au seuil de 60 % du niveau de vie médian.

[2Source : « Revenus, pauvreté et niveaux de vie en 2019. Quartiers de la politique de la ville 2015 », Insee, juin 2022.

[3Seul taux disponible, l’Insee ne diffuse pas le taux de pauvreté au seuil de 50 % du revenu médian pour les quartiers de la politique de la ville.

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Date de première rédaction le 19 juillet 2016.
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