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Les jeunes et le chômage

Analyses 26 février 2009

Le chômage touche davantage les jeunes mais pas de la même ampleur suivant qu’ils disposent d’un diplôme ou non. Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Emploi Ages et générations
Qui sont les jeunes ?

Cet article fait partie d’un dossier, réalisé par l’Observatoire des inégalités en partenariat avec Jeunesses en régions, qui dresse le portrait des 15-30 ans, aux premières loges de la crise de l’emploi et du mal logement.

Comme pour l’emploi, le chômage des jeunes répond à un double phénomène. Un effet d’âge : quel que soit l’état du marché du travail, il est plus difficile de trouver un emploi quand on est jeune et que l’on a peu d’expérience. Ceci en dépit de l’élévation du niveau de qualification, et de salaires très inférieurs à celui des salariés plus âgés. Résultat, le taux de chômage des jeunes est très en dessus de celui des plus âgés : au troisième trimestre 2008, il était de 19,7 % contre 7,7 % en moyenne et 5,3 % pour les plus de 50 ans. En réalité, à partir de 40 ans, le taux de chômage est quasiment équivalent à celui que l’on pourrait qualifier de « plein emploi [1] ».

Attention tout de même : un taux de chômage qui approche les 20 % ne signifie pas que 20 % des jeunes sont au chômage. Le taux de chômage rapporte le nombre de demandeurs d’emploi à celui des jeunes actifs, non à l’ensemble des jeunes. Parmi les jeunes, une grande partie n’est pas active (au sens du marché du travail !) : le plus souvent elle continue à étudier. Un gros tiers seulement des 15-24 ans sont « actifs » contre 89 % des 25-49 ans et c’est au sein de cet ensemble que l’on calcule le taux de chômage.

Mais les jeunes sont aussi victimes d’un effet de génération : la conjoncture du marché du travail marque durablement la carrière des nouveaux entrants. « L’avènement du chômage de masse concentré sur les jeunes est un événement historique moins visible que mai 1968, mais il pourrait être en revanche plus massif, démographiquement, voire culturellement », écrit le sociologue Louis Chauvel [2]. Les générations sorties de l’école au milieu des années 1970 ont connu un taux de chômage de l’ordre de 5 %. Au milieu des années 1980, il dépassait les 20 %. Par la suite, le taux n’est jamais descendu au dessous de 15 %. Cela signifie que les jeunes générations, depuis au moins 20 ans, vivent avec le chômage. De nombreux actifs n’ont jamais connu le plein emploi et bon nombre de carrières ont connu des phases de chômage. Avec un impact immédiat sur les revenus, mais aussi une bombe à retardement en matière de retraites.

Encore faut-il, dans le domaine du chômage comme dans les autres, nuancer la réalité sociale observée par le prisme de l’âge. La jeunesse au chômage est tout autant une construction que la jeunesse tout court. La situation des jeunes se différencie suivant leur qualification : le taux de chômage des titulaires d’un diplôme supérieur à bac+2 était de 8,7 % en 2007. C’est plus que la moyenne tous âges confondus pour ce niveau de diplôme (5,6 %). Mais ce taux n’a rien à voir avec les 31 % des jeunes sans diplôme. On pourrait encore affiner cette analyse en tenant compte bien entendu du type de diplôme, mais aussi du sexe, de la nationalité ou du lieu de vie. Le taux de chômage des jeunes femmes étrangères est encore bien supérieur.

La crise actuelle durcit encore la situation. Les jeunes sont les premiers touchés lors des retournements conjoncturels. Victimes notamment du « dernier arrivé, premier sorti ». Souvent embauchés en contrats courts (intérim, contrat à durée déterminée, contrats aidés), ils servent plus que les autres de « variable d’ajustement » des effectifs de l’entreprise. Et le ralentissement économique enregistré à partir de la fin du printemps 2008 en est malheureusement une illustration à peu près parfaite… Entre juin et décembre 2008, le nombre de demandeurs d’emploi s’est accru de 11 %. C’est d’abord l’industrie et le bâtiment qui ont été touchés, alors que les services s’en sont moins mal sortis. Résultat, l’emploi des femmes s’est plutôt mieux comporté, le nombre de chômeuses a augmenté de 7 % et celui des jeunes chômeuses d’autant. Les hommes ont été davantage frappés. Le nombre de chômeurs masculins a progressé de 15 %, mais les jeunes hommes ont payé un tribut encore plus lourd, puisque pour eux la progression a été de 18 %.

Des chiffres repères

Photo / Pôle emploi de Versailles


[1Il persiste toujours un niveau de chômage, même dans les périodes les plus fastes.

[2« Les nouvelles générations devant la panne prolongée de l’ascenseur social », Revue de l’OFCE n° 96, janvier 2006.


Date de première rédaction le 26 février 2009.
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