Point de vue

Les inégalités, victimes de la prochaine présidentielle ?

Du pouvoir d’achat à la xénophobie, la question des inégalités sera l’une des thématiques du débat de la prochaine élection présidentielle. Mais rien ne dit que les programmes seront à la hauteur. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Publié le 7 avril 2026

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La question des inégalités va-t-elle s’inviter à l’agenda de la prochaine élection présidentielle de 2027 ? Sera-t-elle occultée par d’autres préoccupations, comme l’insécurité ? Personne n’en sait rien. En 1995, Jacques Chirac avait utilisé l’arme de la fracture sociale, tournant sur sa gauche le candidat socialiste, Lionel Jospin. Sept ans plus tard, l’animal politique avait su exploiter la question de l’insécurité. Les deux fois, il a remporté l’élection.

La question des inégalités est déjà au cœur des débats. Le thème du « pouvoir d’achat », très médiatisé, en fait partie. L’expression est un voile jeté sur les inégalités par des instituts de sondage. Les catégories populaires et moyennes manquent de moyens et voient les écarts de revenus s’accroître à leur détriment. Il est logique qu’elles soient sensibles au pouvoir d’achat. Les plus aisés n’ont aucun problème d’argent et voient leur épargne s’accroître. C’est bien d’inégalités que l’on parle quand on se préoccupe du pouvoir d’achat.

La campagne se jouera en partie sur la haine déversée à l’endroit des étrangers par une part croissante d’élus et de médias. Un petit nombre de grands chefs d’entreprise leur en donnent désormais les moyens en rachetant radios, télévisions et organes de presse. Les discriminations et le racisme s’attaquent au cœur de l’égalité des droits qu’il s’agit de défendre. La parole donnée aux discours masculinistes [1] et autres homophobes, de plus en plus présente à droite de l’échiquier politique, traduit la même perspective. Là encore, il s’agit d’inégalités.

La question n’est pas de savoir si le thème des inégalités sera médiatisé, il le sera, mais d’analyser les programmes en lice. Jacques Chirac, une fois élu, avait rapidement rangé cette thématique au rayon des accessoires. Aujourd’hui, le Rassemblement national claironne qu’il défend « le peuple » alors que les mesures qu’il préconise nourriront d’abord les plus aisés, et s’attaque au cœur des valeurs de la République.

Le problème est surtout qu’un nombre croissant d’élus estime que la démagogie est la meilleure arme pour plaire au peuple, et qu’ils pensent que les sondages reflètent nos valeurs. La gauche ne jure plus que par la taxation d’une infime minorité de la population, le 1 % le plus riche. Leur enrichissement est indécent et, à l’évidence, ils doivent payer plus d’impôts. Mais qui pense vraiment que c’est suffisant ?

La gauche actuelle a trop souvent abandonné les couches populaires et moyennes. Une bonne partie de ses représentants pense que celles-ci sont acquises aux idées xénophobes du Rassemblement national, et méprise leur mode de vie « consumériste ». Son programme ne parle plus qu’au tiers le plus diplômé de la population. Le mot « inégalité » ne figurait même pas dans le programme du Nouveau Front Populaire lors des législatives 2024, la question de la pauvreté y était à peine traitée. Elle est bien plus friande d’écologie que de lutte de classes. L’adieu de la gauche aux classes populaires et moyennes, en France comme dans de nombreux pays, ouvre un boulevard à l’extrême droite.

Une grande partie de la droite traditionnelle et du centre a sombré dans une course-poursuite idéologique avec l’extrême droite. Un suicide politique annoncé, tant l’électeur préfère toujours l’original à la copie. Cette démagogie honteuse, qui bafoue les valeurs élémentaires de la République, joue le fort contre le faible, l’étranger ou le pauvre qui « profite » des allocations pour « refuser de travailler ».

défendre les droits de l’homme et des mesures concrètes qui permettent d’aller vers un monde plus juste

La prochaine campagne présidentielle doit ouvrir les yeux des démagogues sur la responsabilité historique qu’ils portent dans l’avenir de notre pays. Toutes celles et ceux, quel que soit leur camp, qui croient encore aux valeurs républicaines doivent se rassembler et se lever pour dire que cela suffit. Nous pouvons à la fois défendre les droits de l’homme et proposer des mesures concrètes qui permettent d’aller vers un monde plus juste, du travail à l’école, en passant par la santé ou le logement, à travers un effort collectif largement partagé.

Si le cauchemar politique actuel ne s’arrête pas, nous ouvrons la voie à un pouvoir autoritaire qui, une fois en place, remettra en cause les valeurs de la République d’égalité, mais aussi de liberté et de fraternité. C’est un débat essentiel sur nos valeurs que nous aurons d’ici l’élection. Il faut bien que les élus d’aujourd’hui le comprennent le matin quand ils se regardent dans leur beau miroir. Leur responsabilité est immense.

Louis Maurin
Directeur de l’Observatoire des inégalités

Extrait de « Les inégalités, victimes de la prochaine présidentielle ? », une tribune publiée dans le journal Libération, le 6 mars 2026.

Photo / © Symeonidis Dimitri


[1] Masculiniste : qui défend les privilèges masculins sur la base de soi-disant qualités « naturelles » des hommes.

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Date de première rédaction le 7 avril 2026.
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