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Les Français sont-ils de plus en plus racistes ?

Analyses 29 octobre 2019

Alors que les discours de rejet des étrangers prennent toujours plus de place sur la scène médiatique, qu’en est-il du ressenti des Français ? Deviennent-ils de plus en plus racistes et xénophobes, comme on peut le lire souvent ? Extrait du Centre d’observation de la société.

Français et étrangers

À la question « Pensez-vous qu’une lutte vigoureuse contre le racisme est nécessaire en France ? », les Français répondent « oui » à 78 %, selon un sondage réalisé en 2018 dans le cadre du rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) [1]. Seuls 7 % affirment « pas du tout ».  Ces réponses obtenues à un moment donné ont le mérite d’être tranchées, mais en matière de valeurs, ce sont surtout les évolutions qui comptent.

Lecture : 48,2 % des personnes interrogées pensent qu'une lutte vigoureuse contre le racisme est tout à fait nécessaire en France selon l'enquête 2018 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme.
Source : CNCDH – Données 2018 – © Observatoire des inégalités

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Les Français deviennent-ils de plus en plus racistes ou xénophobes, comme on l’entend souvent ? Selon le même sondage effectué sur le long terme, la part de personnes qui estiment qu’il existe des « races supérieures à d’autres » est quasiment constante depuis 2002, autour de 10 %. La proportion de personnes qui pensent que « toutes les races se valent  » a baissé légèrement entre le milieu des années 2000 et le début des années 2010 et atteint 56 % en 2018. Ceci au profit de ceux qui pensent que les races n’existent tout simplement pas, dont le pourcentage a doublé entre 2002 et 2018, de 16 % à 34 %. À la question « êtes-vous raciste vous-mêmes ?  », la moitié de la population indique «  pas du tout », proportion qui fluctue entre 40 % et 50 % depuis le milieu des années 2000, et qui a augmenté de 2013 à 2018. La part de ceux qui se disent « un peu  » ou « plutôt » raciste change très peu, autour de 25 %-30 %, et elle diminue depuis 2013.

Données manquantes pour 2004 et 2015. Lecture : 34 % des personnes interrogées considèrent que les races humaines n'existent pas, selon l'enquête 2018 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme.
Source : CNCDH – © Observatoire des inégalités

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Données manquantes pour l'année 2002. Lecture : 58 % des personnes interrogées ne se considèrent pas du tout racistes, selon l'enquête 2018 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme.
Source : CNCDH – © Observatoire des inégalités

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Rien ne semble indiquer une poussée récente de racisme. Si les valeurs se sont durcies dans ce domaine, ce serait plutôt il y a une quinzaine d’années. Des facteurs de sens contraires influencent l’expression, ou non, du rejet des autres. Comme l’a noté de longue date le sociologue Vincent Tiberj [2], l’élévation du niveau de diplôme au fil des générations pousse plutôt à l’ouverture. La dégradation de la situation économique peut jouer en sens inverse, même si son impact n’est pas simple à mesurer. Le type de majorité politique semble aussi avoir un effet : on déclare davantage de tolérance quand la droite gouverne et d’intolérance quand c’est le tour de la gauche, comme si les sondés voulaient éviter les excès dans un sens ou dans l’autre. Par ailleurs, le discours politique, celui des journalistes ou des experts, donne le « ton » du moment, qui va se traduire dans les enquêtes d’opinion, en influençant les plus hésitants.

Au fond, le discours surmédiatisé de rejet des étrangers – comme on l’a rarement connu dans notre pays – n’a qu’un faible impact dans l’opinion si l’on se place dans le temps long. Les succès électoraux des partis qui mettent en avant ce rejet tiennent principalement à d’autres facteurs que la xénophobie. Comme l’a montré Vincent Tiberj – et comme l’indiquent notamment les enquêtes autour de la pauvreté –, les attentes dans le domaine social et la redistribution n’ont jamais été aussi fortes [3].

Extrait de « Les Français sont-ils de plus en plus racistes et xénophobes ? », Centre d’observation de la société, mai 2019.

Affiche réalisée par Bryan Maillot, Ulrich Mimboe, Valens Lindor, Inès Bouzekri et Mansour Mamouni dans le cadre du Prix « Jeunesse pour l’égalité » - Lauréats 2014 de la catégorie 11-15 ans.


[2Voir par exemple : « La crispation hexagonale, France fermée contre France plurielle, 2001-2007 », Vincent Tiberj, Fondation Jean-Jaurès, 2008.

[3« Les attentes de redistribution n’ont jamais été aussi fortes », Vincent Tiberj, Alternatives Économiques, 4 décembre 2018.


Date de première rédaction le 29 octobre 2019.
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