Analyse

Le diplôme, une forme de richesse

Comme l’argent, le diplôme constitue une sorte de capital, qui procure des avantages et se transmet souvent de parents à enfants. Qui sont les riches en diplôme ? Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Publié le 18 juin 2026

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Éducation Catégories sociales Patrimoine Niveau d’études Culture et loisirs

Quand on parle de richesse, on pense immédiatement au revenu ou au patrimoine. Pourtant, le fait de détenir un certain niveau de diplôme est aussi une forme de richesse : un patrimoine qui, comme l’argent, peut se transmettre de parents à enfants. Les sociologues parlent de « capital culturel », expression employée pour désigner l’ensemble des ressources culturelles d’une personne, de la même façon qu’elle peut posséder un capital économique. Cette notion a notamment été utilisée par le sociologue Pierre Bourdieu [1].

La forme de capital culturel à laquelle on fait le plus souvent référence est le diplôme. Dans ce cas, le capital est validé par l’institution, le plus souvent l’Éducation nationale : on dit qu’il est « institutionnalisé ». Il apporte une légitimité à celui qui le détient. Le capital culturel peut être constitué de bien d’autres éléments, comme la possession de biens culturels (des livres, des œuvres d’art, etc.). On indique alors qu’il est « objectivé » (il se présente sous la forme d’objets). Le capital culturel peut aussi relever de la maîtrise d’un certain niveau de vocabulaire, de la fréquentation d’œuvres culturelles (les visites de musées par exemple), des contacts avec d’autres personnes, etc. Il est alors « incorporé », il tient à l’individu lui-même. Tout au long de la vie, le capital culturel se construit de multiples façons, plus ou moins formelles, par la formation (initiale ou professionnelle), la sociabilité familiale ou amicale, les loisirs, les pratiques culturelles en tant qu’amateur (arts, musiques…).

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Même si seule sa forme objectivée peut s’acheter, le capital culturel s’accumule et se transmet de génération en génération, de manière plus ou moins directe, notamment entre parents et enfants, comme le capital économique. Au bout du compte, la position sociale des individus est déterminée à la fois par le niveau de capital (économique et culturel), et par sa composition (plus ou moins économique, plus ou moins culturelle). On peut être riche d’un capital culturel important, par exemple un diplôme d’ingénieur, sans forcément avoir des revenus très élevés.

Déterminer un seuil de richesse en fonction du capital culturel est beaucoup moins facile que pour le capital économique. 12 % des plus de 20 ans, soit 5,9 millions de personnes, disposent d’un diplôme supérieur à bac + 5 selon l’Insee (données du recensement 2022). Un chiffre qui au fond n’est pas si éloigné que ça des 8 % de riches en France selon le seuil de richesse en revenus.

Population des 20 ans et plus.
Lecture : 19 % des adultes de plus de 20 ans n’ont aucun diplôme ou au maximum le certificat d’études.

Source : Insee – Données 2022 – © Observatoire des inégalités

Graphique Données

Il est certain que tous les diplômes de niveau bac + 5 ou plus ne se valent pas, ne débouchent pas sur les mêmes positions sociales. Parmi ces diplômés, notamment les plus jeunes, certains connaissent des difficultés d’insertion sur le marché du travail et occupent des emplois éloignés du haut de la pyramide sociale.

Faute de données, il est difficile d’aller plus loin dans l’évaluation du nombre de riches en capital culturel. Pour donner un ordre de grandeur, les élèves des classes préparatoires aux grandes écoles représentent environ 4 % de l’ensemble des étudiants. Comme désormais la moitié des jeunes sont diplômés de l’enseignement supérieur, on peut estimer que 2 % des jeunes environ sont diplômés d’une grande école. Ils doivent représenter à peu près 1 % de la population des plus de 25 ans. Il s’agit des « super-riches en diplôme ». On pourrait y ajouter les formations les plus élitistes de l’université, comme le droit ou la santé en particulier.

Le diplôme ne résume pas tout le capital culturel. Il faudrait pouvoir mesurer ce capital de manière plus large, évaluer la part qui n’est pas sanctionnée par un diplôme comme certains savoir-faire acquis par l’expérience notamment, ce qui est quasiment impossible. On pourrait y associer le réseau de relations (le capital social) pour établir une richesse non monétaire globale.

La distinction

Les riches en capital culturel – ceux parfois qualifiés de « bobos » pour « bourgeois bohèmes » – disposent d’atouts indéniables même si leurs revenus ne les situent pas toujours au sommet de la hiérarchie. Ils se distinguent par leurs modes de vie (logement, santé, pratiques culturelles, loisirs, etc.). Certains expriment publiquement leurs dégoûts des pratiques des autres groupes sociaux [2], par exemple des classes populaires et moyennes qui vivraient dans la « France moche » (Télérama, 12 février 2010) des pavillons de banlieues, ne mangent pas de produits bios locaux mais vont à l’hypermarché, regardent la télévision, etc.

Les riches en capital culturel – ceux parfois qualifiés de « bobos » pour « bourgeois bohèmes » – disposent d’atouts indéniables

De la même manière que les riches du point de vue monétaire acceptent mal d’être qualifiés comme tels, les riches en capital culturel font tout pour ne pas être nommés ainsi [3], minimisant la valeur de leurs diplômes. Leur position à un niveau supérieur de la hiérarchie sociale est d’autant plus difficile à tenir que ces diplômés votent plus souvent pour la gauche que les riches d’un point de vue monétaire.

En France, les classes diplômées transmettent plus facilement que dans d’autres pays leur capital culturel du fait de l’ampleur des inégalités sociales au sein de notre système éducatif. Elles sont mobilisées pour le faire évoluer le moins possible. Ces mécanismes assurent une reproduction des inégalités entre les générations. La réduction du poids de l’origine sociale dans le parcours éducatif est un élément central du débat autour de la réduction des inégalités et de la répartition de la « richesse culturelle ».

Louis Maurin

Photo / Jeremiah Lawrence sur Unsplash


[1Voir Pierre Bourdieu, « Les trois états du capital culturel », Actes de la recherche en sciences sociales n° 30, 1979.

[2Voir la description du mépris donnée par exemple par Rose Lamy dans Ascendant beauf, Le Seuil, 2025.

[3Voir Les bobos n’existent pas, Jean-Yves Authier, Anaïs Collet, Colin Giraud, Jean Rivière, Presses universitaires de Lyon 2, 2018.

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Date de première rédaction le 18 juin 2026.
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