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Combien y a t-il de riches ?

Données 10 juin 2022 https://www.inegalites.fr/Combien-y-a-t-il-de-riches - Reproduction interdite

4,5 millions de personnes vivent au-dessus du seuil de richesse de 3 673 euros. Leur nombre a diminué entre 2010 et 2019, selon nos estimations inédites.

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L’Insee ne diffuse pas le nombre de personnes situées au-dessus du seuil de richesse, fixé au double du niveau de vie médian, à 3 673 euros par mois après impôt pour une personne seule. Selon les estimations inédites de Pierre Madec de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) [1], 4,5 millions de personnes touchent davantage, soit 7,1 % de la population. Ce calcul demeure un ordre de grandeur, car ces données ne prennent pas en compte les départements et territoires d’outre-mer et n’incluent pas les personnes qui vivent en collectivité, notamment en maison de retraite (voir encadré ci-dessous).

L’Observatoire des inégalités utilise le double du niveau de vie médian pour fixer le seuil de richesse, mais d’autres définitions pourraient être employées. L’Insee a qualifié d’« aisée » la population se situant au-dessus du seuil de 1,8 fois le niveau de vie médian, soit 3 306 euros (donnée 2019) : 6,5 millions de personnes disposent d’un niveau de vie supérieur selon nos calculs, soit 10,3 % de la population.

Le seuil des 10 % les plus riches s’élève lui à 3 328 euros par mois. Par définition, un dixième de la population vit avec davantage, ce qui correspond à 6,4 millions de personnes. Plus haut dans la hiérarchie, le seuil des 5 % les mieux lotis se situe à 4 156 euros mensuels et concerne 3,2 millions d’individus. Encore au-dessus, le 1 % le plus riche commence à 7 180 euros mensuels et porte sur 630 000 personnes. Enfin, on entre dans le 0,1 % à partir de 17 538 euros mensuels et dans le 0,01 % avec 54 497 euros, ces deux catégories comprenant respectivement 63 000 et 6 300 personnes.

Nombre et pourcentage de riches selon le seuil de niveau de vie
Niveau de vie mensuel minimum en euros
Nombre de personnes riches
Part des riches dans la population en %
Seuil de richesse (2019)3 6734,5 millions7,1
Autres seuils
Catégories aisées de l'Insee (2019)3 3066,5 millions10,3
Seuil des 10 % les plus riches (2019)3 3286,4 millions10
Seuil des 5 % les plus riches (2019)4 1563,2 millions5
Seuil du 1 % le plus riche (2018)7 180630 0001
Seuil du 0,1 % le plus riche (2018)17 53863 0000,1
Seuil du 0,01 % le plus riche (2018)54 4976 3000,01
Niveau de vie équivalent pour une personne, après impôts et prestations sociales. Lecture : 4,5 millions de personnes ont un niveau de vie supérieur au seuil de richesse (3 673 euros par mois), soit 7,1 % de la population.
Source : calculs de Pierre Madec (OFCE) et de l’Observatoire des inégalités d’après l’Insee – © Observatoire des inégalités.

Comment évolue le nombre de riches ?

Pour la première fois en France, nous sommes en mesure de publier l’évolution du nombre de personnes situées au-dessus du seuil de richesse et leur part dans la population, pour la période comprise entre 2010 et 2019. Ceci grâce aux calculs réalisés par l’économiste Pierre Madec de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)-Sciences Po pour l’Observatoire des inégalités  [2], à partir des données des en quêtes sur les revenus fiscaux et sociaux de l’Insee. En effet, contrairement à l’Allemagne, l’Insee ne publie pas la part des riches dans la population. Nous avions réalisé une première estimation en 2020 (sur l’année 2017) lors de la première édition de notre Rapport sur les riches en France, que nous affinons dans l’édition 2022 de cet ouvrage.

Selon ces calculs, le nombre de personnes dont le niveau de vie dépasse le double du niveau de vie médian serait de 4,5 millions en 2019, contre 5,2 millions en 2010, soit 745 000 personnes en moins. Leur part dans la population a également baissé, de 8,6 % en 2010 à 7,1 % en 2019. Cette évolution marque trois temps : une diminution entre 2011 et 2014, une stabilisation entre 2014 et 2017 et une baisse sur les deux dernières années disponibles, surtout accentuée en 2019.

Lecture : 4,5 millions de personnes ont un niveau de vie supérieur au seuil de richesse en 2019.
Source : estimations de Pierre Madec (OFCE) d'après l'Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

La baisse du nombre de riches en France s’explique dans un premier temps par les mesures fiscales défavorables aux plus aisés décidées en 2011 et 2012 par Nicolas Sarkozy et François Hollande, et dans un second temps par la hausse du niveau de vie médian observée en 2019, qui a mécaniquement relevé le seuil d’entrée dans la richesse (le double de ce niveau de vie médian), sans que cela indique une dégradation des revenus des personnes situées à ce niveau. Pour mieux comprendre les évolutions de long terme, il faudrait disposer de séries plus longues et prendre un peu de recul historique. De nombreux autres indicateurs montrent que les années 2010 et 2011, que nous prenons comme bases de comparaison, ont constitué un sommet en termes d’inégalités de revenus.

Il demeure très difficile d’évaluer l’évolution entre 2019 et 2022, faute de données. On sait que les réformes fiscales récentes ont été très favorables aux classes moyennes et aisées. En 2023, la suppression complète de la taxe d’habitation va à nouveau profiter aux plus favorisés. Par ailleurs, la crise sanitaire a bousculé la répartition des revenus sans que l’on soit encore en mesure de décrire précisément le phénomène.

Lecture : 7,1 % de la population est riche en 2019.
Source : estimations de Pierre Madec (OFCE) d’après l’Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Les riches qu’on ne comptabilise pas
La connaissance des revenus a progressé en France ces dernières années, mais de nombreuses lacunes persistent. Une grande partie des pauvres demeurent invisibles des statistiques de l’Insee car ils vivent dans une collectivité, une maison de retraite ou une prison par exemple [3]. C’est la même chose pour les plus aisés, même si ces situations de vie en collectivité sont bien plus rares chez les riches. Par ailleurs, les revenus sont comptabilisés par ménage : un couple au sein duquel l’un touche 4 500 euros net par mois et l’autre rien n’est pas compté comme riche. Celui qui touche ce revenu élevé ne sera considéré comme riche que si le couple se sépare. Enfin, dans ses données annuelles, 18 % des revenus du patrimoine échappent à l’Insee [4] si on les compare à ce que l’on enregistre globalement dans les comptes de la nation. Il s’agit principalement des revenus d’actions et d’obligations qui passent à travers les mailles des données fiscales, du fait d’opérations financières complexes.

Autre source d’invisibilité statistique : une partie des revenus des plus riches n’est pas prise en compte parce qu’elle est délocalisée dans les fameux « paradis fiscaux ». Cela concerne une poignée d’ultra-riches qui mettent en place de savants montages financiers. La fraude à l’impôt et l’évasion des capitaux représentent malgré tout une perte globale de rentrées fiscales comprise entre 40 et 100 milliards d’euros par an, d’après la Cour des comptes, un chiffre qui mélange la fraude des ménages et celle des entreprises, tous niveaux de vie confondus. La masse totale des revenus des ménages est de 1 700 milliards d’euros (donnée de la comptabilité nationale) : prendre en compte la fraude et l’évasion fiscale ne changerait pas radicalement les choses. Il n’en demeure pas moins que leur estimation plus précise selon les niveaux de vie des ménages serait intéressante à connaître. Les données que nous publions minimisent donc les revenus des riches.

Illustration / © Corinne Veron-Durand et Benjamin Mispoulet pour l’Observatoire des inégalités


[1Pierre Madec est l’auteur de ces estimations, qu’il a réalisé pour le Rapport sur les riches en France de l’Observatoire des inégalités. Cela ne signifie pas qu’il préconise la fixation du seuil de richesse au double du niveau de vie médian.

[2Pierre Madec est l’auteur des estimations, ce qui ne signifie pas qu’il préconise la fixation du seuil de richesse au double du niveau de vie médian, ni qu’il valide nos conclusions.

[3« 1,6 million de pauvres échappent aux données de l’Insee sur la pauvreté », Observatoire des inégalités, 14 décembre 2021.

[4Le revenu des ménages selon la comptabilité nationale et selon l’Enquête Revenus Fiscaux et Sociaux (ERFS) », Jérôme Accardo, Document de travail n° F1905, Insee, octobre 2019.


Date de première rédaction le 22 janvier 2021.
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