Combien les plus aisés mettent-ils de côté chaque année ?
Les catégories aisées épargnent un tiers de leurs revenus, tandis que les catégories modestes ne peuvent rien mettre de côté. L’épargne fournit aux plus riches une sécurité face aux aléas et alimente les inégalités de patrimoine. Une analyse de Louis Maurin, extraite du « Rapport sur les riches en France ».
Publié le 9 juin 2026
https://www.inegalites.fr/inegalites-epargne - Reproduction interditeL’un des éléments qui différencie les riches des autres catégories, ce sont les sommes qu’ils mettent de côté. Selon l’Insee, les « catégories aisées » [1] – épargnent un tiers de leurs revenus chaque année. À l’autre bout de l’échelle sociale, les plus pauvres n’ont pas les moyens d’épargner et doivent même s’endetter pour survivre : leurs dépenses sont 40 % supérieures à leurs revenus [2] (leur épargne est négative, on dit qu’ils « désépargnent »).
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Les catégories aisées représentent 6,7 millions de personnes en France selon l’Insee, soit 10 % de la population. Elles ont touché 351 milliards d’euros au total en 2022 et en ont mis un tiers de côté, soit 116 milliards, pour cette seule année. Un montant de taille : il représente 1,5 fois l’ensemble des revenus perçus par les personnes pauvres, au nombre de 9,2 millions. Ces 116 milliards représentent aussi 17 300 euros d’épargne par personne et par an, soit très précisément l’équivalent du salaire annuel d’une personne payée au smic.
| Niveau d'épargne selon le niveau de vie | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Pauvres | Modestes | Médians | Plutôt aisés | Aisés | |
| Revenu global net des ménages (en milliards d'euros) | 79,5 | 279,7 | 373,5 | 453,7 | 350,6 |
| Taux d'épargne (en %) | -41* | -2 | 7 | 13 | 33 |
| Montant global épargné (en milliards d'euros) | -32,6 | -5,6 | 26,1 | 59 | 115,7 |
| Montant épargné par personne (en euros) | -543 | -307 | 1461 | 3663 | 17 268 |
Source : calculs de l’Observatoire des inégalités d’après l’Insee (comptes de la Nation) – Données 2022 – © Observatoire des inégalités
Ces données permettent de comprendre les écarts en matière d’accumulation de richesse et d’augmentation des inégalités dans le temps. Les 116 milliards épargnés par les catégories aisées nourrissent chaque année leur patrimoine, qui augmente ainsi progressivement. Une fois investies dans l’immobilier ou dans des produits financiers (comme l’assurance-vie), ces sommes vont à leur tour accroitre les revenus des catégories concernées et nourrir… leur épargne. Le patrimoine ainsi accumulé se transmet de génération en génération à travers des dons et des héritages : c’est ainsi que les inégalités se maintiennent sur le long terme.
Ces chiffres éclairent aussi la notion très médiatisée de « pouvoir d’achat ». Les Français ne sont pas tous logés à la même enseigne dans ce domaine. Les moyennes cachent des situations très inégales entre ceux, en bas de l’échelle, qui peinent à maintenir leur niveau de vie et les plus aisés qui mettent de côté une grande part de leur revenu. Alors que les premiers sont directement touchés par les hausses de prix et doivent se contraindre au quotidien ou s’endetter encore davantage, les seconds sont largement épargnés.
Louis Maurin
Illustration / © Observatoire des inégalités
Photo / © Ziangkun Zhu
[1] L’Insee définit les classes aisées comme celles qui touchent au moins 1,8 fois le niveau de vie médian, soit plus de 3 900 euros par mois pour une personne seule.
[2] L’Insee note qu’une partie de cet endettement une année donnée est financée par l’emprunt, mais aussi en piochant dans son patrimoine, par le soutien de la famille ou d’amis, des éléments qui ne sont pas comptabilisés dans les revenus.
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