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« Zéro SDF », mais pourquoi pas ?

Points de vue 22 octobre 2003

L’objectif « zéro SDF » a le mérite d’être clair et évaluable. Le point de vue de Julien Damon.

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L’objectif « zéro SDF d’ici à 2007 » présenté par le candidat Lionel Jospin au printemps 2002 comme l’un des axes de son programme présidentiel a donné lieu à l’expression de vives réserves et à une polémique qu’on peut juger insolite.

Cet engagement a marqué les esprits mais le mot d’ordre a été jugé simpliste, maladroit et, surtout, utopique. L’idée avait pourtant déjà été exprimée en 1997 par Laurent Fabius alors Président de l’Assemblée nationale. Elle s’inspirait également d’une proposition « un toit pour tous » du premier ministre anglais Tony Blair réélu en 2001.

Cette idée, correspondant au fond à l’objectif général d’éradication de l’exclusion soutenue par toutes les grandes associations, a été discréditée, notamment par les associations, comme un « slogan provocateur », comme une « promesse bien imprudente » , comme une « formule démagogique », comme un « non-sens ».

Plutôt que de s’accorder sur cette ambition, les associations ont juste répondu en demandant aux pouvoirs publics plus de moyens. Il y a là quelque chose d’étrange. Bien entendu il restera, comme dans tous pays développés non totalitaires, des gens à la rue. Mais il est préférable pour les finances publiques et pour le débat public de se donner des objectifs évaluables, et pas nécessairement totalement atteignables. C’est la logique même de la réforme récente des lois de finance, obligeant désormais l’action publique à fonctionner sur une logique objectifs/résultats.

Il est à cet égard bien certain que l’objectif « zéro SDF », avec certainement sa dose d’ambiguïté - mais n’est-ce pas là le lot de toute politique publique ? - est plus clair et plus évaluable que le seul affichage de moyens supplémentaires pour l’objectif moralement généreux mais concrètement ténébreux de lutte contre les exclusions. Les associations en particulier, dépendant de plus en plus des fonds publics, ont eu une curieuse réaction quand il ne s’agit plus de gérer mais de régler (ou de tenter de régler) un problème sur lequel elles interviennent ?

Aux Etats-Unis, certes dans un tout autre contexte, les associations cherchent à se coordonner avec pour objectif affiché d’en terminer avec le « sans-abrisme » d’ici une dizaine d’années. Cette stratégie ambitieuse repose sur un adage simple « ending homelessness rather than just managing it » (1).

(1) « En finir avec le « sans-abrisme » plutôt que le gérer », voir le site de la National Alliance to End Homelessness


Date de première rédaction le 22 octobre 2003.
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