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Valeurs : les Français soutiennent massivement les plus pauvres

Analyses 22 janvier 2021 https://www.inegalites.fr/Valeurs-les-Francais-soutiennent-massivement-les-plus-pauvres - Reproduction interdite

Dans leur immense majorité, les Français restent solidaires des plus pauvres et soutiennent les politiques sociales. La stigmatisation des « assistés », la « fin de la compassion » ou la « pauvrophobie » ne sont le fait que d’une minorité. Une analyse extraite du Centre d’observation de la société.

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56 % de la population estiment que les pouvoirs publics « ne font pas assez » pour les plus démunis, 33 % « ce qu’ils doivent » et 9 % trouvent qu’ils « font trop », selon le ministère des Solidarités (données 2019). Contrairement à ce qui est souvent insinué, les Français ne sont en rien convaincus que les pauvres sont des « assistés » qui profitent du système et qu’il faudrait « responsabiliser ». Deux enquêtes au long cours, l’une menée depuis 20 ans par le ministère des Solidarités (le baromètre d’opinion de la Drees) [1], l’autre, depuis 40 ans par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) – enquête « conditions de vie et aspirations » [2] – montrent que les Français n’ont pas succombé à la « pauvrophobie », terme parfois employé pour décrire les attitudes contre les plus pauvres.

Lecture : 56 % des Français estiment que les pouvoir publics n'en font pas assez pour les plus démunis.
Source : ministère des Solidarités – Données 2019 – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

À la question du ministère des Solidarités « quelles sont les raisons qui, selon vous, peuvent expliquer que des personnes se trouvent en situation de pauvreté ? », la réponse (plusieurs sont possibles) qui arrive en tête est « parce qu’elles manquent de qualifications », donnée par 70 % des personnes interrogées en 2018. Arrive ensuite la réponse « il n’y a plus assez de travail pour tout le monde » pour 59 % de la population, en baisse très nette depuis 2016, reflet logique de la baisse du chômage avant l’impact de la crise liée au coronavirus. Pour 56 %, c’est « la faute à pas de chance », quasiment au même niveau qu’en 2000. Ceux qui pensent que les pauvres « ne veulent pas travailler » sont 50 %, un chiffre qui évolue peu, sauf en 2014 où il a augmenté de sept points pour retrouver son niveau déjà atteint en 2007.

Lecture : en 2018, 70 % des personnes interrogées déclarent que le manque de qualifications peut expliquer que des personnes soient en situation de pauvreté.
Source : ministère des Solidarités – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Le Crédoc pose une question semblable, mais seules deux réponses sont possibles, ce qui impose de « choisir son camp » : « pensez-vous que les personnes sont en situation de pauvreté parce qu’elles n’ont pas fait assez d’efforts ? » ou « parce qu’elles n’ont pas eu de chance ? ». Massivement, c’est « la faute à pas de chance » qui domine, avec 61 %, contre 36 % pour le manque d’efforts (données 2018). Là aussi, les réponses demeurent, au fond, relativement stables dans le temps si l’on prend un minimum de recul. La part de ceux qui pensent que les pauvres ne font pas assez d’efforts a baissé de 36 % à 28 % entre 2005 et 2011, elle est ensuite remontée à 37 % en 2014.

Lecture : 61 % des personnes interrogées en 2018 déclarent que certaines personnes se retrouvent en situation de pauvreté parce qu'elles n'ont pas eu de chance.
Source : Crédoc – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Les Français et la solidarité

Selon l’enquête 2019 du ministère des Solidarités, 62 % des Français pensent qu’il faut augmenter le revenu de solidarité active (RSA), 16 % le laisser à ce niveau et 18 % le diminuer. La part de ceux qui veulent l’augmenter a diminué au tournant des années 2010 avec un fléchissement en 2014, mais elle est rapidement remontée ensuite. La part de ceux qui veulent le diminuer augmente assez nettement en 20 ans, de 3 % à 18 %. Mais ils demeurent très minoritaires. En dépit de discours répétés et amplifiés sur l’assistanat, les allocataires du RSA restent perçus comme des personnes vivant une situation difficile et qui reçoivent un minimum de solidarité de la part de la société pour leur éviter des situations encore plus dramatiques. Ce qui étonne finalement, c’est le faible impact dans l’opinion qu’obtiennent ceux qui stigmatisent les plus pauvres, alors que les médias leur accordent une large audience.

Ces données rejoignent ce que l’on peut observer au sujet de l’immigration ou de l’homosexualité [3] par exemple : la France reste profondément solidaire et tolérante. L’élévation du niveau de qualification de la population est associée à une plus grande tolérance, comme l’ont bien montré les travaux du politologue Vincent Tiberj [4]. Sur une courte période, trois ou quatre ans, les réponses fluctuent en fonction de la médiatisation de tel ou tel phénomène ou de la conjoncture économique. Ainsi, il est probable que l’impact de la crise économique liée au coronavirus aura pour effet de relever encore les aspirations à davantage de soutien des plus démunis. Comme le souligne Vincent Tiberj, les répondants aux sondages semblent aussi signaler à l’exécutif en place la nécessité d’être prudent : sous les majorités de droite, le citoyen insiste sur « la faute à pas de chance », sous celles de gauche, il signale le « manque d’efforts ». Comme pour essayer d’ajuster les politiques publiques.

Les enseignements des enquêtes sur les valeurs des Français vont dans le bon sens pour les plus défavorisés, dont le sort est bien mieux compris que ce qui semble ressortir du débat médiatique. C’est sans doute pour cela que le président de la République a fait un « flop médiatique » à propos du « pognon de dingue » qui serait, selon lui, dépensé pour les pauvres. S’il faut s’inquiéter des dérives des discours de certains élus et intellectuels, laisser penser que l’opinion suit massivement ceux qui pointent du doigt les plus démunis est une erreur. Ceux qui ciblent les « assistés » n’en retirent pas un avantage aussi certain qu’ils le croient.

Lecture : en 2019, 62 % des personnes interrogées sont le plus d'accord avec l'opinion qu'il faut augmenter le RSA.
Source : ministère des Solidarités – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Article extrait du Centre d’observation de la société.

Photo / © Ivan Constantin


[2Voir « Liberté, égalité, individualité », Sandra Hoibian et al., Note de conjoncture sociétale, Crédoc, avril 2019.

[3Voir « De moins en moins de Français estiment que les immigrés sont trop nombreux », Centre d’observation de la société, 6 juillet 2020, et « Valeurs : l’homosexualité largement tolérée mais pas banalisée », Centre d’observation de la société, 19 juillet 2019.

[4Voir Les citoyens qui viennent, comment le renouvellement générationnel transforme la politique en France, Vincent Tiberj, Puf, 2017.


Date de première rédaction le 27 octobre 2017.
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