Le « Rapport sur les riches en France » vient de paraitre
Le « Rapport sur les riches en France, édition 2026 » vient de paraitre. Dans l’avant-propos de l’ouvrage, Louis Maurin vous présente cette nouvelle publication. Un portrait inédit de la richesse en France.
Publié le 2 juin 2026
https://www.inegalites.fr/Le-Rapport-sur-les-riches-en-France-vient-de-paraitre-Avant-propos-par-Louis - Reproduction interditeCe Rapport sur les riches en France est le quatrième du nom. D’édition en édition, nous progressons dans la connaissance des classes aisées. Notre seuil de richesse, fixé au double du niveau de vie médian – 4 300 euros mensuels pour une personne seule après impôts, 6 400 euros pour un couple et 10 700 euros pour un couple avec deux enfants de plus de quatorze ans –, est devenu une référence malgré des résistances. Sauf à avoir une vision très restrictive, il est difficile de défendre que la fraction des 7,5 % les plus aisés de la population ne puisse être qualifiée de « riche ».
Avec ce nouveau rapport, nous livrons plusieurs types de données inédites. Premièrement, nos estimations du taux et du nombre de riches, à partir des données sur les revenus de l’Insee. Ces données n’existent nulle part ailleurs. Deuxièmement, nous avons renouvelé le travail de notre précédent rapport avec des données actualisées concernant les modes de vie des riches. Troisièmement, nous proposons une estimation des taux de richesse par commune, réalisée par notre partenaire le bureau d’études Compas, une première en France : jamais ces taux n’avaient été calculés auparavant.
Cette quatrième édition de notre Rapport sur les riches en France présente aussi une nouvelle dimension, celle de la richesse non monétaire. Être riche, étymologiquement, c’est détenir du pouvoir sur les autres. L’argent n’est pas le seul instrument qui le permet. Dans notre portrait des riches en France, nous publions l’extrait d’une recherche réalisée par les sociologues Thomas Amossé et Milan Bouchet-Valat à partir de la création récente d’une nouvelle catégorie sociale, « l’élite socioprofessionnelle », qui rassemble les professions du haut de l’échelle sociale.
Ce travail ouvre des voies de recherche novatrices sur les rapports sociaux, trop souvent oubliés dans un débat qui se résume aux revenus. Nous discutons aussi de la richesse en diplôme, ce que les sociologues appellent le « capital culturel ». Elle constitue une forme de patrimoine qui ouvre à des positions sociales et se transmet de génération en génération, d’autant mieux que notre pays est davantage marqué par les inégalités sociales à l’école.
Nous espérons que nos lecteurs trouveront dans ces informations matière à débattre. Notre rôle n’est pas de prendre parti, mais de fournir des éléments factuels. Qualifier une personne de riche ou de pauvre n’est pas un jugement de valeur. Ceux qui s’en offusquent devraient y réfléchir. Ne serait-ce pas parce qu’ils pensent, au fond, ne pas mériter leurs revenus qu’ils s’estiment stigmatisés ? À l’inverse, ne devraient-ils pas revendiquer cette richesse, fruit de leur travail ?
Certes, les plus grandes fortunes françaises sont astronomiques. Aucun principe de « mérite » ne peut les justifier. Que penser d’une société dans laquelle la seule famille Hermès, propriétaire d’Hermès International, pourrait, avec ses 163 milliards d’euros, s’offrir l’équivalent de tous les logements de Marseille et de Strasbourg à la fois ? Nous sommes là devant une question fondamentale sur les processus d’accumulation sans limite que permettent nos sociétés.
Pour autant, la question de la richesse ne se résume pas à ces hyper-riches, comme c’est souvent le cas dans le débat public en France. Se focaliser sur l’extrémité supérieure permet de fondre dans la masse des classes moyennes les populations riches situées juste en dessous. On doit toujours questionner le fondement des rémunérations, des niveaux de rentabilité du patrimoine jusqu’aux grilles des salaires qui, moins indécentes que les immenses fortunes, rémunèrent très généreusement des professions dont on peut questionner le mérite. Le niveau de ces rémunérations souligne en creux la faiblesse des salaires des métiers dont on ne peut contester le mérite, la dureté de la tâche et l’utilité sociale, par exemple dans le domaine de la santé ou de l’action sociale, des professions très souvent féminisées.
Vivre avec plus de quatre ou cinq mille euros par mois n’a rien de problématique si ces revenus ont été mérités par le travail fourni, par des qualités spécifiques. La question doit porter plutôt sur l’ampleur des écarts. Un chirurgien doit-il vraiment gagner dix fois plus qu’une aide-soignante ?
Débat public
Avec ce rapport, nous apportons une nouvelle pierre à l’édifice du débat public sur la richesse. Celle-ci sera l’objet de critiques, dont certaines sont justifiées. La prise en compte du coût du logement, par exemple, mérite d’être étudiée, même s’il faut se demander en même temps pourquoi les riches acceptent de payer si cher la localisation de leur logement. Nombreux sont celles et ceux qui ont du mal à se voir classés en haut de la distribution et cherchent quelques portes de sortie. Pour vivre heureux, il vaut mieux vivre caché.
En revanche, nous avons considéré que le niveau du seuil de richesse en patrimoine, trois fois le patrimoine médian (300 000 euros par personne au sein d’un couple, regroupant 17 % de la population) que nous utilisions dans nos précédents rapports était trop faible. Nous l’avons donc porté à quatre fois ce patrimoine médian, soit 410 000 euros pour une personne, ce qui nous parait plus juste, et aboutit à une part de 11 % de ménages fortunés.
Nous discutons dans ce rapport la question d’un seuil de patrimoine à un âge donné. En effet, le patrimoine est un processus cumulatif : à l’entrée dans la vie active, l’immense majorité des jeunes ne possède quasiment rien. Mélanger les générations mérite discussion.
Nous espérons que ce rapport pèsera sur l’appareil statistique public pour, au minimum, amener à la publication d’un seuil de richesse (qu’on l’appelle ainsi ou autrement). Celui-ci existe en réalité déjà dans certaines études où l’Insee classe comme « aisées » les populations qui touchent 1,8 fois le niveau de vie médian. Nous avons engagé la discussion avec le Conseil national de l’information statistique (l’organisme qui oriente les travaux de l’Insee) et nous espérons que ces échanges porteront leurs fruits.
Nous souhaitons que chercheurs et chercheuses s’emparent de notre travail pour aller plus loin, développer des travaux du type de ceux déjà cités, et enrichir plus en détail l’analyse des classes du haut de la hiérarchie sociale, sans se contenter d’une minuscule fraction du sommet, celle de la grande bourgeoisie française. Beaucoup reste à faire dans ce domaine, même si les sources statistiques manquent pour alimenter la recherche.
Notre travail devrait aussi conduire à l’élaboration de politiques publiques. Il est temps d’engager un débat documenté sur les revenus, qui devrait avoir lieu au Parlement chaque année, pour déterminer les « capacités contributives » de chacun, comme le veut l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme. On ne peut se réduire à un débat binaire entre ceux qui voudraient rendre les riches plus riches en réduisant les impôts et ceux qui ne songent qu’à taxer les ultra-riches. Notre pays, s’il veut sauver son modèle social, qui demeure parmi les meilleurs au monde, et réduire sa dette astronomique, mérite bien mieux.
Louis Maurin,
Directeur de l’Observatoire des inégalités
| Commander ou télécharger l’ouvrage complet |
|---|
Rapport sur les riches en France, édition 2026. |
Illustration / © Observatoire des inégalités
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)



