L’obésité touche de manière inégale les milieux sociaux
Plus de 20 % des ouvriers et des employés sont considérés comme obèses, contre 13 % des cadres supérieurs. Une inégalité de santé en augmentation depuis vingt ans.
Publié le 23 janvier 2026
https://www.inegalites.fr/L-obesite-touche-de-maniere-inegale-les-milieux-sociaux - Reproduction interditeL’obésité [1] est près de deux fois plus répandue au sein des catégories les plus modestes (20,7 % des ouvriers et 20,3 % des employés) que chez les catégories plus favorisées (12,6 % pour les cadres supérieurs), selon l’édition 2024 de l’enquête épidémiologique de la Ligue nationale contre l’obésité [2]. Depuis le début du siècle, la part de personnes obèses parmi l’ensemble des adultes a presque doublé, passant de 10,1 % en 2000 à 17,9 % en 2020. Aujourd’hui, près de dix millions d’adultes sont concernés.
Femmes et hommes sont touchés presque à égalité. Alors que 10 % des femmes comme des hommes étaient concernés en 2000, la fréquence de l’obésité chez les femmes (18,6 %) dépasse aujourd’hui celle des hommes (17,2 %).
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Tous les milieux sociaux ont connu une hausse de la proportion d’adultes obèses au cours de cette période. Cependant, l’augmentation du taux d’obésité se limite à 5,2 points supplémentaires en 24 ans chez les cadres supérieurs, tandis qu’elle est de 11,5 points chez les employés et de 10,6 points chez les ouvriers. Ces inégalités sociales se sont donc accrues : si les ouvriers étaient à peine 1,4 fois plus concernés en 2000 que les cadres supérieurs, ce rapport dépasse 1,6 en 2024.
L’analyse de la fréquence de l’obésité doit être menée avec prudence : la corpulence est une norme sociale, et pointer du doigt ceux qui y dérogent relève pour partie d’une forme de distinction sociale (voir encadré). Il n’en demeure pas moins que l’obésité constitue une maladie, avec des conséquences parfois dramatiques pour ceux et celles qui en sont victimes.
De nombreux facteurs entre en ligne de compte en matière d’obésité. Le revenu peut jouer, par exemple pour accéder à certains médicaments coûteux, qui aident à lutter contre le surpoids. Surtout, les pratiques alimentaires, l’attention portée au corps, en particulier à la minceur, diffèrent selon le milieu social. Le fait de pratiquer un sport, de suivre les recommandations officielles en matière d’alimentation, de consulter régulièrement un médecin, etc., sont des pratiques plus fréquentes chez les catégories aisées et diplômées. Enfin, il ne faut pas oublier que l’obésité a aussi des causes génétiques, qui se combinent avec les facteurs précédents.
| Part de la population adulte obèse selon la catégorie sociale Unité : % | |
|---|---|
| | |
| Ouvriers | 20,7 |
| Employés | 20,3 |
| Professions intermédiaires | 16,8 |
| Cadres supérieurs | 12,6 |
| Ensemble | 17,9 |
Source : Odoxa pour la Ligue nationale contre l’obésité – Données 2024 – © Observatoire des inégalités
Lecture : 20,7 % des ouvriers sont obèses en 2024.
Source : Odoxa pour la Ligue nationale contre l'obésité – © Observatoire des inégalités
| Obésité et normes sociales |
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| Au même titre que les vêtements ou l’adresse de résidence, l’obésité est associée à un milieu social. On montre facilement du doigt des catégories populaires aux pratiques à risques par rapport à la norme des catégories aisées. À partir de là, les préjugés vont bon train : considérées comme incapables de se discipliner vis-à-vis de leur alimentation ou de leur activité physique, les personnes obèses seraient indifférentes à leur physique et, surtout, responsables de leur état. Il faut s’interroger sur ces normes : à quel moment s’agit-il effectivement d’un problème de santé, et quand mesure-t-on l’écart à l’idéal de minceur des catégories les plus favorisées ? Selon les époques, les pays et les milieux sociaux, la notion de surpoids change. |
Photo / Ozgurdonmaz
[1] L’obésité est déterminée en fonction de l’« indice de masse corporelle (IMC) », calculé en divisant le poids (en kg) par la taille (en mètre) élevée au carré. On parle d’obésité quand l’IMC est égal ou supérieur à 30.
[2] « Enquête épidémiologique nationale sur le surpoids et l’obésité », Odoxa-Ligue nationale contre l’obésité, juin 2024. Cette enquête, financée par l’entreprise pharmaceutique Novo Nordisk, spécialisée dans les médicaments contre le diabète et l’obésité, prend la suite de l’enquête « ObÉpi-Roche » réalisée entre 1997 et 2012, ce qui permet de mesurer les évolutions.
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