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Inégalités : oui, nous avons aussi de bonnes raisons d’espérer

Points de vue 27 novembre 2019

Dénoncer les inégalités n’empêche pas de mesurer ce qui va mieux et ce qui nous donne des raisons d’espérer. Dramatiser à l’excès conduit à une impasse. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Revenus et patrimoine Éducation Emploi

Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : ni en France, ni dans le monde, les inégalités de revenus n’explosent. Nos sociétés ne sont pas en passe de s’effondrer sous le poids des écarts entre les riches et les pauvres. Nous avons au moins 50 raisons d’espérer comme le rappelle opportunément un numéro complet de la revue Oblik (n° 3, 2020, 17 euros en kiosque), éditée par notre partenaire de longue date, le mensuel Alternatives Économiques. Un vrai antidote au pessimisme ambiant.

Négligées pendant des années, aujourd’hui les inégalités sont à la mode. Elles font vendre. Nombreux sont ceux qui se lancent sur le marché. Un vrai marketing qui rapporte en présence médiatique, en vente d’ouvrages et autres. On surfe sur l’« enrichissement sans fin des ultrariches » alors que « les classes moyennes disparaissent » et que « la pauvre France périphérique se meurt » (ou, inversement, « les banlieues sont à l’abandon »). L’Observatoire des inégalités ne surfe pas cette vague et tant pis si nous n’explosons pas notre compteur médiatique. Nous préférons vous informer de ce que l’on voit : non de manière objective, mais en essayant de faire la part des choses entre ce qui va mieux et moins bien. On préfère construire un outil durable d’information.

Bien sûr, nous avons pour rôle de mettre d’abord l’accent là où cela fait mal, où il faudrait agir, et avec urgence. L’enrichissement des plus riches – nous y reviendrons dans les mois qui viennent –, la domination scolaire des classes diplômées et la précarisation de l’emploi nous indignent. En particulier, les conditions de travail imposées aux « flexibles » par les plus favorisés alimentent des tensions sociales grandissantes. Tout cela nourrit la montée de l’extrême droite. L’utilisation des immigrés ou des soi-disant « assistés » comme boucs émissaires de nos difficultés collectives, par un nombre croissant de commentateurs, est une honte pour nos valeurs. Nous ne nous cachons pas pour le dire. Nous avons de bonnes raisons de nous insurger devant l’hypocrisie de la société des « premiers de cordées », de ceux qui sont nés dans le bon milieu social, qui nous disent que tout va bien.

La violence des inégalités, l’hypocrisie des gagnants et le mépris social nous font parfois sortir de nos gonds et certains de nos lecteurs savent alors nous rappeler à l’ordre. Pour autant, nous devons aussi présenter les progrès réalisés : qu’il s’agisse de la diminution des inégalités entre femmes et hommes au travail, la performance de notre modèle social en matière de réduction de la pauvreté, l’amélioration de l’accès aux soins, l’accès aux nouvelles technologies ou la baisse de la pauvreté et de la mortalité dans le monde. Oblik, parmi ses 50 raisons de garder espoir, rappelle, par exemple, la diminution de la part des sans diplôme en France, de 41,1 % en 1978 à 8,9 % en 2017, la diminution (même modeste) du taux de chômage dans les quartiers en difficulté (de 26,7 % à 24,7 % entre 2014 et 2017), ou encore la hausse de l’espérance de vie en Afrique de 50,8 ans en 2000 à 60,7 ans en 2015.

Un certain nombre de nos concitoyens ont du mal à penser que l’on puisse à la fois dénoncer les inégalités avec force et reconnaître aussi ce qui va mieux. Que présenter des améliorations ne revient pas à « glorifier un système », comme on nous l’a reproché récemment. Dans le flot médiatique, amplifié par le bruit des réseaux sociaux, il est difficile de faire entendre un discours nuancé. Victoire à celui qui dramatise et délivre sa haine. Nous ne céderons pas à la tentation de la démagogie, quelle qu’elle soit. Oui, le monde est fait de complexité et nous l’assumons en essayant de l’éclairer du mieux possible.

Jouer avec le feu

Ceux qui en rajoutent jouent avec le feu. Premièrement, ils finissent par mettre à sac notre modèle social. Si le président de la République assure que l’on dépense « un pognon de dingue » pour les pauvres, c’est aussi parce qu’on laisse entendre que la pauvreté explose en même temps que les dépenses publiques. Si l’on dépense autant d’argent pour la santé alors que la France n’est que déserts médicaux, si l’école « augmente les inégalités », pourquoi ne pas tout livrer au privé ? Nous ne cesserons de rappeler que le modèle social français est l’un des plus performants au monde. Que l’on vit bien mieux en France que dans de nombreux autres pays riches.

Deuxièmement, ils nourrissent le fatalisme : si nous allons dans le mur quoi qu’on fasse, alors il ne sert à rien de s’activer. C’est exactement la même chose qu’avec le changement climatique ou la faim dans le monde. Jouer sur les angoisses d’une fin du monde proche fait de l’audience mais ne délivre pas, cela paralyse. Une partie de ceux qui en jouent n’en sont guère les victimes. Âgés et bien installés, ils se rassurent à l’idée de quitter un monde à l’abandon, selon eux, et se moquent au fond de son avenir.

Troisièmement, ils envoient un message clair aux plus jeunes : fermez-là ! Si notre pays ploie sous la pauvreté et le chômage, alors contentez-vous de ce que vous avez. Des millions d’autres jeunes sont prêts à prendre votre place si vous protestez. C’est exactement l’inverse qu’il faut faire, et c’est autour de l’idée d’ « informer sans enfermer » que nous avons développé notre action auprès des jeunes, et en particulier notre tout nouveau webdocumentaire.

Oui, comme l’annonce Oblik dans son titre, nous avons plein de bonnes raisons d’espérer. Il est possible d’avancer. Pour cela, il faudrait arriver à faire trois choses. D’abord, documenter sérieusement les injustices du monde contemporain, les mesurer et en comprendre les raisons. Sans critique sociale juste, il n’est pas d’émancipation possible. C’est notre travail comme c’est celui de nombreux chercheurs – les meilleurs exemples étant sans doute les recherches réalisées autour de l’économiste Thomas Piketty dans le domaine des inégalités de revenus – ou de la presse, comme le montre l’exemple d’Alternatives Économiques entre autres. Ensuite, déterminer les moyens concrets pour aller vers un monde plus juste, en avançant des politiques de réduction des inégalités. Les pistes sont multiples et notre pays, l’un des plus riches au monde, a largement les moyens économiques pour cela. Rien qu’en 2020, l’État va gâcher 20 milliards d’euros en baisses d’impôts inutiles qui auraient pu servir aux écoles, aux hôpitaux, au logement, aux transports ou à augmenter les minima sociaux. Ce n’est pas le rôle d’un Observatoire de définir un programme, mais, en nous exprimant individuellement (comme par exemple dans notre proposition récente de « revenu minimum unique ») ou par le biais d’auteurs d’opinions diverses, nous ne résistons pas à la tentation de présenter quelques voies possibles. Enfin, inviter régulièrement chaque citoyen à s’engager dans la lutte pour un monde plus juste, dans sa vie quotidienne ou auprès des associations, des syndicats ou des partis politiques. Ce n’est pas l’offre qui manque.

Louis Maurin

Photo / © Dids


Date de première rédaction le 27 novembre 2019.
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