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Immigration : des quotas pour les plus pauvres

Points de vue 24 septembre 2007

Des quotas ? Pourquoi pas s’ils consistent à admettre les moins qualifiés, les plus démunis, ceux qui ont le plus besoin des soins que notre pays peut offrir, et les opprimés de toutes les dictatures. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

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Nicolas Sarkozy est un personnage ambigü. Résolument libéral, il est cependant toujours à l’affût d’idées capables d’accréditer l’idée qu’il puisse y avoir un néolibéralisme à visage humain, plus juste, soucieux de ne pas appliquer à la lettre le cadre théorique du marché. Sa défense d’une politique de quotas en matière d’immigration va dans ce sens. Refusant la politique défendue par les néolibéraux et l’extrême gauche d’ouverture totale du marché à la circulation des hommes et des femmes, il a formulé une proposition intermédiaire, qui consiste à organiser ce marché sur la base des quantités. Un principe qui n’est pas absurde, pour deux grandes raisons.

Premièrement, il n’est pas souhaitable d’éliminer toutes les conditions d’entrée en France et de libéraliser le marché des hommes comme ceux des capitaux et des biens. La plupart de ceux qui le préconisent aujourd’hui le font aussi par humanité, en vue d’accueillir la plus grande part possible de la misère du monde, ce qui est louable. Mais, aujourd’hui, les inégalités entre le monde riche et le monde pauvre sont telles, notre système de protection sociale est si développé comparé à ce qui existe au Sud, qu’il est très possible qu’il n’y résisterait pas. Sans parler des difficultés d’intégration. Au bout du compte, les migrants n’y gagneraient pas grand-chose. Si l’on parvient un jour à redistribuer équitablement la richesse sur la terre, il y aura beaucoup moins de difficulté à le faire. Mais nous n’y sommes pas, malheureusement.

Deuxièmement, la politique qui prévaut depuis 30 ans ne peut plus durer. On refuse d’ouvrir grand les vannes, mais on ne peut pas les fermer. Les quotas existent en pratique, mais ils sont hypocrites : nous laissons venir ceux qui sont capables de payer le plus cher les passeurs, qui disposent de réseaux déjà implantés ou d’autres passe-droits.

Il faut donc trouver une solution. Nicolas Sarkozy préconise d’en finir avec ces pratiques pour « mettre en place une politique volontaire de l’immigration », avec des quotas qui mettent fin à l’hypocrisie actuelle. Pourquoi pas ? Tout le problème est de savoir comment les fixer.

Tout d’abord, au niveau global, notre pays a les moyens d’accueillir un nombre bien plus important d’immigrés, comme il l’a fait du milieu des années 1950 au milieu des années 1970. A l’époque, le solde migratoire (hors rapatriés d’Algérie) se situait aux alentours de 100 000 par an, soit 120 000 personnes, rapporté à la population d’aujourd’hui. Les dernières données du recensement évaluent le solde migratoire à 80 000 par an sur la période 1999-2004.

La difficulté est de définir la forme des quotas. Nicolas Sarkozy propose de trier suivant les qualifications dont notre pays a besoin. Etrange position, car il propose à notre pays de faire l’inverse de ce qu’il demande aux entreprises et à la fonction publique. Sa politique consisterait en une sorte de discrimination négative, en choisissant les meilleurs, ceux qui ont au départ le plus d’atouts en main. Cela reviendrait à accroître encore les inégalités dans le monde en « important » vers les zones riches les étrangers les mieux formés, dont les pays en développement ont le plus besoin. Une telle politique compromettrait les chances de ces pays de se sortir de la misère.

Il faudrait, au contraire, être fidèle à l’idée de discrimination positive qui tient à cœur au ministre et opter pour une politique qui consisterait à admettre en France non pas les plus qualifiés, mais les moins qualifiés, et aussi les plus démunis, ceux qui ont le plus besoin des soins que notre pays peut offrir, ainsi que les opprimés de toutes les dictatures. Pour mettre en place cette discrimination, la France pourrait d’ailleurs organiser chaque année un grand débat sur l’état de la misère dans le monde, qui définirait quelles sont ces populations les plus pauvres.

Cette proposition n’a aucune chance d’être retenue, on s’en doute. Elle éclaire surtout le cynisme français en matière de développement du Sud et de réduction des inégalités mondiales : les grands discours masquent un désintérêt profond, depuis des années. Hors annulation de la dette, notre pays aide de moins en moins les plus pauvres. Elle illustre comment la vie politique française s’enfonce dans les méandres du marketing des idées, à droite comme à gauche. On adopte une idée comme un slogan pour une marque de lessive, quitte à tenir des discours contradictoires. En décrédibilisant la politique de la sorte, on scie la branche sur laquelle on est assis et on mine la démocratie.

Cet article est une version remaniée d’un point de vue paru dans le quotidien « Le Monde » le 30 janvier 2005.

Photo / © defun - Fotolia


Date de première rédaction le 24 septembre 2007.
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