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Revenus, patrimoine, pauvreté

Un million de travailleurs pauvres en France

Données 17 décembre 2016

Un million de travailleurs vivent avec à peine moins de 850 euros par mois. Travailler ne protège pas de la pauvreté. Sont notamment exposées les personnes qui travaillent à temps partiel ou alternent des périodes de travail précaire et de chômage.

Revenus et patrimoine Pauvreté

Un million de personnes exercent un emploi mais disposent d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu médian (846 euros par mois en 2015). Si on fixe le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian (1 015 euros en 2015 pour une personne seule), les travailleurs pauvres sont deux millions.

La pauvreté des travailleurs n’explose pas, selon les données de l’Insee. Elle a plutôt diminué entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Le nombre de travailleurs pauvres au seuil de 50 % est ainsi passé de 1 million à 980 000 personnes, soit une baisse de 20 % au cours de cette période. Depuis la moitié des années 2000, on a assisté à une lente remontée, puis à une baisse depuis 2013, pour retrouver le niveau du début de notre période.

Actifs occupés. Série recalculée pour tenir compte des ruptures de série de 2010 et 2012. Le niveau de vie tient compte des prestations sociales, des impôts et des revenus des conjoints.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités

      

Il n’en demeure pas moins qu’au minimum un million de personnes travaillent sans pour autant sortir de la pauvreté. On pourrait s’en étonner : l’existence du Smic en France ne suffit-elle pas à protéger les travailleurs de la pauvreté ? À environ 1 150 euros net en 2015, le Smic est tout juste supérieur au seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian. Et le niveau de vie d’un salarié au Smic peut être complété par des prestations sociales (prime d’activité, des allocations familiales ou logement selon les cas).

Mais le nombre de travailleurs pauvres résulte de plusieurs facteurs. Tout d’abord, des raisons économiques : à un niveau de salaire proche du Smic, le fait de travailler à temps partiel ou d’alterner entre phases d’emploi et de chômage ne permet pas de dépasser le seuil de pauvreté. Or les salariés au Smic sont fréquemment dans ce cas. 57 % d’entre eux travaillent à temps partiel [1] et 15 % sont en contrat à durée déterminée ou intérim. Rappelons aussi qu’environ 5 % des salariés sont rémunérés à un salaire inférieur au Smic. De nombreuses dérogations expliquent que le salaire minimum n’est pas toujours appliqué (jeunes de moins de 18 ans, animateurs de centres de vacances, assistantes maternelles, personnes handicapées, etc.). De plus, une partie des travailleurs indépendants et des agriculteurs ont des revenus mensuels moyens inférieurs au Smic.

À la faiblesse du revenu salarial peut s’ajouter un facteur démographique : pour mesurer les niveaux de vie, on tient compte des revenus de l’ensemble du ménage. Ainsi, une personne travaillant pour un salaire modeste, si elle vit avec une personne sans ressource ou des enfants, appartient à un ménage pauvre. À l’inverse, si elle partage les revenus d’un conjoint bien rémunéré, elle n’est pas comptée ici. Une partie des travailleurs pauvres est donc comptée comme telles, non parce que leur salaire est inférieur au seuil de pauvreté, mais parce que leur revenu, allocations comprises, ne suffit pas à faire vivre décemment l’ensemble de leur famille.

La pauvreté au travail : un phénomène qui s’inscrit dans la durée

Rapporté au nombre total des personnes en emploi (salariés et indépendants), le taux de pauvreté des travailleurs a évolué selon les mêmes tendances que le nombre de travailleurs pauvres. La proportion a baissé de 4,6 % en 1998 à 4,0 % en 2003, au seuil de pauvreté fixé à 50 % du niveau de vie médian. Le taux a ensuite connu un sursaut à 4,5 % en 2011 et 2012. Il revient à 4,2 % en 2015, niveau équivalent à celui des années qui ont précédé la crise de 2008.

Le taux de pauvreté des travailleurs s’avère peu sensible à l’extension de la pauvreté qui marque la dernière décennie. Celle-ci touche principalement les autres catégories de population : les jeunes, qui peinent à s’insérer sur le marché du travail, les chômeurs et leurs enfants, et, dans une moindre mesure, les retraités. La précarisation d’une partie du marché du travail et la hausse du temps partiel subi sont en effet des phénomènes déjà anciens qui remontent à la période antérieure des 1980 et 1990. Ils se sont inscrits dans la durée en évoluant ces dernières années à un rythme plus lent [2] ou en dents de scie [3].

Pauvreté au seuil à 50 % du niveau de vie médian. Série recalculée pour tenir compte des ruptures de série de 2010 et 2012. Lecture : en 2015, 4,2 % des personnes qui ont un emploi (salariés et indépendants) vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 50 % du niveau de vie médian.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

      

Photo/ © fotolia - pressmaster



Date de première rédaction le 17 juin 2012.
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