Les oubliés du numérique

30 novembre 2015 - Les inégalités d’accès aux nouvelles technologies diminuent très nettement, notamment entre catégories sociales. Reste que 20 % de la population n’utilise pas Internet et que la moitié ne fréquente pas les réseaux sociaux.


Entre 1991 et 2015, en France métropolitaine, le taux d’équipement en ordinateur à domicile (un au minimum) est passé de 12 à 80 %, selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) [1]. Le téléphone mobile s’est fortement démocratisé ces dix-huit dernières années avec un taux d’équipement de 92 % en 2015 contre 4 % en 1997. Entre 2011 et 2015, le taux de propriétaires de smartphones a été multiplié par trois (de 17 à 58 %). Enfin, en 2015, vingt fois plus de personnes (83 %) se connectent à Internet à domicile qu’en 1998 (4 %).

Chez les jeunes et les cadres supérieurs, l’accès aux technologies de l’information est généralisé, avec des taux qui dépassent les 90 % pour l’ordinateur ou Internet notamment. L’accès à Internet à domicile progresse aussi chez les plus âgés. Le taux a fortement progressé chez les 60-69 ans, passant de 13 à 80 % entre 2003 et 2015. Chez les plus de 70 ans, il a été multiplié par quatre en huit ans (de 11 % en 2007 à 48 % en 2015).

De plus en plus de personnes peu diplômées ont accès aux nouvelles technologies : entre 2003 et 2015, elles sont six fois plus nombreuses à avoir accès à Internet à domicile (de 9 à 52 %) ; le taux de connexion est passé pour les employés de 32 à 88 % et pour les ouvriers, de 21 à 83 %.

Quant aux cadres, ils sont presque tous connectés (96 %). La catégorie sociale est de moins en moins un facteur déterminant dans l’accès à Internet.

Pour autant, toute la population est loin d’être plongée dans l’univers 2.0 de la technologie de l’information. La référence permanente aux réseaux sociaux, comme Facebook ou Twitter, met de côté 20 % de la population (pas moins de 11 millions de personnes) qui n’a pas accès à Internet. Le taux atteint 24 % pour les plus démunis (foyers dont les revenus sont d’environ 1 100 euros mensuels) et 48 % pour les non diplômés. A peine la moitié (48 %) des personnes âgées de plus de 70 ans a un accès à Internet à domicile, mais il est vrai qu’à cet âge l’intérêt d’un accès à Internet n’est sans doute pas le même que pour un jeune.


Smartphones et tablettes sont loin d’être généralisés

58 % de la population est équipée d’un smartphone et 35 % dispose d’une tablette tactile, selon les données 2015 du Crédoc. Les jeunes sont à la pointe, 90 % des 18-24 ans ont un smartphone. La progression de l’équipement en smartphone, comme en tablette, est spectaculaire : en 2011, seulement 17 % de la population possédait un smartphone et 4 % une tablette. Mais seulement 21 % des non diplômés et à peine un titulaire du BEPC sur deux disposent d’un smartphone, contre 73 % des diplômés du supérieur. Ces produits demeurent onéreux : 68 % des foyers dont le niveau de vie   médian   est de 4 200 euros par mois ont un smartphone, contre 54 % des plus bas revenus. De la même manière, 48 % des plus aisés possèdent une tablette, contre 27 % des plus modestes. Il est possible que ces objets suivent le chemin de l’ordinateur et de l’accès à Internet en se démocratisant encore davantage, du fait de la baisse de leur prix. Encore faudrait-il pouvoir distinguer les types d’équipement, qui n’ont parfois que le nom en commun : l’Iphone 6 est loin d’avoir envahi les foyers.



Des usages différenciés de l’Internet

Comme pour la télévision, les inégalités se logent de moins en moins dans l’accès mais de plus en plus dans l’usage des nouvelles technologies. Les démarches administratives par Internet concernent la moitié de la population (53 %), mais 88 % des cadres. Près des trois quarts des ménages les plus aisés font des achats sur Internet, contre 45 % des plus modestes.

La moitié de la population utilise les réseaux sociaux pour échanger avec des « amis » ou étoffer son réseau professionnel. Cela veut aussi dire que la moitié de la population reste à l’écart de la frénésie médiatique sur ce sujet. Seuls 26 % des 60-69 ans et 24 % des non diplômés s’y sont connectés au cours des douze derniers mois.


Ces nouveaux moyens de communication permettent d’élargir l’accès d’un public plus large à l’information et à la connaissance et participent à la démocratisation de l’accès aux savoirs. La fracture qui persiste est surtout générationnelle : les plus anciens restent souvent à l’écart d’un univers dont ils ne voient pas vraiment l’utilité et qu’ils ne comprennent pas toujours. Pourtant, la référence permanente à Internet, et aux réseaux sociaux en particulier, comme s’il allait de soi qu’ils sont fréquentés par tous, constitue une violence symbolique pour ceux qui n’ont pas les moyens d’y participer.

Quand tous les foyers seront peut-être connectés, ils auront accès à une offre d’informations et de savoirs quasiment illimitée. La question des contenus et de leur accessibilité au plus grand nombre reste cependant une question majeure. La démultiplication d’un savoir inaccessible sans Internet ne profitera qu’aux plus favorisés, comme une grande partie des autres formes de diffusion du savoir et de la culture. On le voit déjà, l’effort pour mettre à la disposition d’un large public des informations objectives et sérieuses reste rare sur la toile. Les internautes ne possèdent pas tous les clés de compréhension et d’analyse nécessaires devant un tel foisonnement de données et d’actualités.

Photo / © momius - Fotolia.com

Notes

Date de rédaction le 30 novembre 2015

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