Données

Les jeunes adultes peu diplômés, marqués par le travail précaire

22 % des jeunes diplômés du supérieur qui travaillent sont en CDD ou en intérim, contre 47 % des jeunes sortis de l’école sans diplôme. La précarité de l’emploi des jeunes adultes dépend fortement de leur niveau de diplôme.

Publié le 23 juin 2023

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Emploi Éducation Âges Précarité Insertion et formation

Parmi les jeunes qui travaillent et qui sont sortis depuis moins de cinq années du système éducatif, la part des emplois précaires a fortement augmenté depuis le milieu des années 1980, passant de 16,9 % à 29,6 % [1], selon l’Insee. L’évolution n’a été ni linéaire, ni identique en fonction des niveaux de qualification des jeunes.

La précarité des jeunes sortants de l’école s’est développée très rapidement à la fin des années 1980. En quatre ans seulement, de 1985 à 1989, le taux de contrats précaires parmi les débutants a grimpé de dix points, de 17 % à 27 %. Il a ensuite évolué beaucoup plus lentement, alternant des phases de hausse et de baisse. Les trajectoires des jeunes sont très différentes selon leur niveau de diplôme. Au milieu des années 1980, les différences demeuraient contenues : 13 % des jeunes diplômés du supérieur étaient concernés par la précarité à leur entrée sur le marché du travail, contre 19 % de ceux qui avaient un niveau de fin de troisième. Ces jeunes appartenaient encore à un univers commun. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, avec des taux qui vont du simple au double : respectivement 22 % et 47 %.

Cette précarité n’a rien d’éphémère pour un grand nombre de jeunes adultes. Parmi ceux qui n’ont pas de diplôme, le taux de précarité est encore de 35 %, cinq à dix ans après la sortie du système éducatif. Dans l’emploi, il n’existe pas une, mais des « jeunesses » placées dans des situations très différentes. Le gros des troupes du travail précaire et flexible est constitué de jeunes adultes issus des milieux populaires, disposant au mieux du baccalauréat. En moyenne, les autres, plus diplômés, s’en sortent beaucoup mieux.

Cela ne veut pas dire que tout va pour le mieux pour les diplômés. En trente ans, la part de jeunes diplômés du supérieur depuis moins de cinq ans qui travaillent en emploi précaire est passée de 13 % à 22 %. Le poids du diplôme a changé. Entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2000, le nombre d’étudiants a été multiplié par deux. À l’intérieur de cette jeunesse diplômée, les inégalités sont grandes entre ceux issus des filières les plus sélectives et les autres. Un grand nombre de jeunes déchantent en frappant à la porte du travail. L’écart est grand entre la réalité sociale et ce à quoi ils pensent pouvoir prétendre si, par exemple, ils se réfèrent à la situation de leurs parents. Ils s’en sortent mieux que les moins diplômés, mais cela n’empêche pas leur sentiment de déclassement.

Ces données en disent long sur la situation concrète des jeunes en France. La flexibilité du marché du travail repose en grande partie sur leurs épaules. L’insécurité qu’elle entraine mine la vie d’une grande partie d’entre eux, pas seulement de ceux qui n’ont aucune qualification. Elle se répercute sur leurs conditions de vie, en particulier l’accès au logement, sur leur capacité à se projeter dans l’avenir, à réaliser des projets, à exercer des activités régulières (loisirs, engagements associatifs, pratiques culturelles, etc.).

Depuis 2015 néanmoins, la précarité du travail des jeunes récemment sortis de l’école diminue. Le mouvement est net pour les moins diplômés, dont la part en emploi précaire a baissé de 66 % à 47 %. Cette proportion reste extrêmement élevée, mais l’écart s’est réduit par rapport à la moyenne des jeunes. Toute la question est de savoir combien de temps va durer cette amélioration. Depuis 30 ans, chaque phase positive a été suivie d’un retournement. Au bout du compte, le niveau de précarité des jeunes récemment insérés dans l’emploi oscille autour de 30 % en moyenne.

Lecture : en 2020, 22,3 % des diplômés du supérieur, sortis depuis moins de cinq ans de formation initiale et qui travaillent, ont un emploi précaire.

Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique Données

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[1Cette donnée n’est pas comparable avec le taux de précarité des moins de 25 ans mentionné car on prend en compte toutes les personnes sorties depuis moins de cinq années de l’école, quel que soit leur âge.

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Date de première rédaction le 7 octobre 2016.
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