L’obésité chez les jeunes : le poids du milieu social

11 juillet 2017 - En grande section de maternelle, 5,8 % des enfants d’ouvriers sont obèses, 4,5 fois plus que pour les enfants de cadres supérieurs. Cet écart se retrouve tout au long de la scolarité.


En grande section de maternelle, 5,8 % des enfants d’ouvriers souffrent d’obésité [1] contre 1,3 % des enfants de cadres supérieurs. Les enfants d’employés ont aussi 3,7 fois plus de risque d’être obèses que les enfants de cadres selon une étude du ministère de la Santé, menée auprès de 19 000 enfants pendant l’année scolaire 2012-2013. La part d’enfants obèses est passée de 3,2 % en 2006 à 3,5 % en 2013. Mais cette donnée moyenne masque de fortes inégalités entre catégories sociales. Si les enfants de cadres n’ont pas connu une augmentation de l’obésité sur la période, les enfants d’employés, comme ceux des agriculteurs, commerçants et chefs d’entreprise, ont vu leur taux d’obésité augmenter de 1,3 point.

Les inégalités persistent par la suite. En CM2, 5,5 % des enfants d’ouvriers souffrent d’obésité, contre 1,4 % des enfants de cadres, selon le ministère de la Santé (données 2014-2015), soit quatre fois plus. Le constat est similaire en classe de troisième : selon les données 2009 du même ministère, près de 4 % des enfants ont un problème d’obésité. Mais la proportion d’enfants de cadres en surpoids est de 2,3 %, contre près de trois fois plus pour les enfants d’ouvriers (6,5 %).

En matière de corpulence, il faut rester prudent : pour partie, l’injonction à la maigreur est l’imposition d’une norme corporelle des catégories favorisées (voir encadré). Ces normes évoluent au fil du temps. Pour autant, à un certain point, l’obésité devient une maladie avec des conséquences lourdes. L’attention au corps, les comportements alimentaires, les habitudes de vie - dont notamment la pratique d’une activité physique - sont différenciés selon les catégories sociales et jouent en matière d’obésité, dès le plus jeune âge. L’étude du ministère de la Santé indique qu’en CM2, les enfants de cadres sont 26 % à posséder un écran dans leur chambre, contre 43 % des enfants d’ouvriers. 26,4 % de ces derniers consomment tous les jours des boissons sucrées, contre 15,2 % des enfants de cadres.




L’obésité : un idéal de minceur ?
L’obésité est une pathologie qu’il faut combattre pour améliorer la santé de la population. Pour autant, il faut aussi s’interroger à propos des normes véhiculées par notre société sur ce sujet. À quel moment s’agit-il d’un problème de santé et quand mesure-t-on l’écart avec un idéal de minceur imposé par les catégories les plus favorisées ? Selon les époques, les pays et les milieux sociaux, la notion de surpoids n’est pas toujours identique. On montre facilement du doigt des catégories populaires aux pratiques qui s’écartent de la norme des catégories aisées. Il ne faut pas oublier enfin les facteurs génétiques de l’obésité.

- Pour en savoir plus : Obésité et milieux sociaux

Photo / © Raoul Duke - Fotolia.com

Notes

[1Déterminée en fonction de l’indice de masse corporelle (IMC), rapport entre le poids et la taille (élevée au carré) = poids/(taille x taille). Pour les enfants, le seuil de l’obésité est défini pour chaque âge et selon le sexe.

Date de rédaction le 6 octobre 2015

© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Soutenir l'Observatoire des inégalités

Sur le même sujet

Santé bucco-dentaire des jeunes : le poids de l’origine sociale

13 juillet 2017
Près d’un enfant d’ouvriers sur cinq a des dents cariées non soignées en classe de CM2, contre 8 % d’enfants de cadres supérieurs. Le milieu social d’origine joue un rôle important en matière de santé bucco-dentaire.

Les maladies professionnelles touchent les moins qualifiés

27 juin 2017
Le nombre de patients souffrant de maladies professionnelles reconnues est 37 fois plus élevé chez les ouvriers que chez les cadres. Les femmes des catégories populaires sont particulièrement touchées par les troubles musculo-squelettiques.

Tabac : un marqueur social

7 février 2017
Le tabagisme a reculé en France ces quinze dernières années pour toutes les catégories sociales. Mais les ouvriers fument deux fois plus que les cadres, rapport qui s’est, lui, légèrement creusé depuis 2005.

Les inégalités d’espérance de vie entre les catégories sociales se maintiennent

23 février 2016
A 35 ans, un homme cadre supérieur a une espérance de vie de 49 ans, un ouvrier, de 42 ans, soit six ans d’écart. Chez les femmes, la différence est deux fois moindre.

Espérance de vie : avantage aux femmes

21 août 2015
En France, les femmes vivent toujours plus longtemps que les hommes. Mais depuis les années 1990, l’écart se resserre, notamment en matière d’espérance de vie en bonne santé.

L’inégal accès à la complémentaire santé

16 septembre 2014
11 % des ménages les plus modestes ne sont pas couverts par une complémentaire santé, contre 2 % des plus aisés.

2,2 millions de salariés exposés à un produit cancérigène

7 janvier 2014
10 % des salariés sont exposés à un produit cancérigène. C’est le cas de 28 % des ouvriers qualifiés contre 2,3 % des cadres supérieurs. Une population aussi plus souvent masculine.

Obésité et milieux sociaux

24 avril 2013
Deux fois plus d’adultes obèses chez les artisans, commerçants, agriculteurs, ouvriers et employés que chez les cadres supérieurs. L’obésité ne touche pas de la même façon les catégories sociales.

Mesure des discriminations à l’accès aux soins par testing

3 septembre 2009
Des opérations de testing montrent que les bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) subissent des discriminations de la part de médecins, surtout des spécialistes, qui refusent de les recevoir.

FERMER