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Quatre millions de mal-logés : de quoi parle-t-on ?


Evolution de la demande de logements HLM
De 1984 à 2006
Unité : en milliers et en %
1984
1988
1992
1996
2002
2006
Nombre de demandeurs (en milliers)6807049158551 0401 220
% des ménages3,3 %3,3 %4,1 %3,7 %4,3 %4,6 %

Source : Insee, enquêtes logement
Définitions du surpeuplement

La définition la plus utilisée par l’Insee d’un peuplement ’normal’ est : une pièce de séjour pour le ménage + une pièce pour chaque couple + une pièce pour les célibataires de 19 ans et plus et, pour les célibataires de moins de 19 ans : une pièce pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou s’ils ont moins de sept ans ; sinon, une pièce par enfant.

Un logement auquel il manque une pièce est en situation de surpeuplement modéré. S’il manque deux pièces ou plus, il est en surpeuplement accentué.

Cette norme pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, on ne compte pas les salles de bain, buanderie, WC, vérandas, terrasses couvertes, etc. La cuisine ne compte que si elle fait plus de 12 m2. Ensuite, une personne seule dans un studio se trouve automatiquement en situation de surpeuplement (il faut une pièce par ménage + une chambre). Enfin, elle ne tient aucunement compte de la surface des logements.
Plusieurs autres définitions du surpeuplement sont utilisées, comme celle de la Caisse nationale d’allocations familiales (9 m2 pour une personne, 16 m2 pour deux et 9 m2 par personne supplémentaire) ou de l’Agence nationale de l’habitat (16 m2 par personne + 11 m2 par personne supplémentaire).

Dans sa dernière enquête Logement de 2006, l’Insee a complété sa définition en prenant en compte la surface : les studios de plus de 25 m² occupés par une seule personne ne sont pas considérés comme surpeuplés, en revanche les logements qui respectent la norme mais où la surface par personne est inférieure à 18 m2 sont considérés comme surpeuplés.

3,5 millions de personnes sont considérées comme mal logées en France en 2015 selon le rapport 2015 sur le mal-logement en France de la Fondation Abbé Pierre [1]. Du sans domicile fixe au jeune qui revient habiter chez ses parents, en passant par le couple qui vit avec son enfant dans un studio, le mal-logement regroupe trois dimensions très différentes : la qualité de l’habitat, sa taille et le fait d’en être ou non titulaire.

Parmi les 3,5 millions de mal-logés, 2 millions de personnes vivent dans des logements insalubres, 800 000 dans des logements exigus et 610 500 sont privées de logement personnel. 141 500 n’ont pas de domicile et parmi elles 12 700 seraient des sans-abri [2].

Beaucoup reste à faire pour que chacun dispose de conditions d’habitat dignes de ce nom comme le rappelle chaque année la Fondation. Le mal-logement ne se réduit pas pour autant aux situations extrêmes les plus médiatisées. Une fraction considérable de la population au sein des couches modestes et moyennes (notamment chez les jeunes) loge dans des conditions qui ne répond pas à ses aspirations : détériorations, mauvaise insonorisation, surface trop faible, quartier dégradé, etc. L’idéal pavillonnaire, rêve de nombreuses familles, est loin d’être la norme en France : au total, 2,3 millions de personnes vivent dans des conditions de confort précaire.

Ces données constituent des ordres de grandeur. Une petite partie d’entre elles se recoupent : l’Insee indique par exemple que 28 000 personnes vivent dans un logement surpeuplé et inconfortable à la fois. Au total, la Fondation Abbé Pierre déduit 145 00 doubles comptes. Les sources sont différentes et surtout les dates n’ont pas grand-chose à voir, les plus anciennes datent de 2002, il y a 13 ans. En même temps, elles ne prennent pas en compte une part non négligeable de la population mal-logée. Par définition, une partie des SDF échappe aux statistiques : les personnes sans domicile sont recensées au moment où elles fréquentent les services d’hébergement de jour, ce qui n’est pas toujours le cas. Parmi les 400 000 gens du voyage une bonne partie vit dans des conditions de logement très difficiles, et en tous cas, sont en situation de surpeuplement ; on ne comptabilise ici que ceux qui n’ont pas d’aire aménagée. Les personnes qui vivent dans les hôpitaux, les maisons de retraites et les foyers de travailleurs (souvent dans une seule chambre) et surtout en prison (67 000 en 2014) ne sont pas intégrées.

La misère d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle des années 1950. Notre pays s’est enrichi et les conditions de logement se sont améliorées. Mais les associations d’aide aux plus démunis mettent en évidence les situations dramatiques dans lesquelles vivent toujours des milliers de personnes. Il serait intéressant de pouvoir mesurer l’évolution dans le temps de ce mal-logement. Malheureusement l’état actuel des statistiques ne nous permet pas d’entrer dans ce niveau de détail mais uniquement d’offrir une photographie. En particulier, on mesure mal l’impact de la crise chez les jeunes ménages.

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Conditions de vie


Quatre millions de personnes sont mal logées en France, selon la Fondation Abbé Pierre [3]. Il est intéressant de noter que ce chiffre est légèrement supérieur à la part de la population qui estime vivre dans des conditions de logement « insuffisantes » ou « très insuffisantes » (3,8 millions en 2013, selon l’Insee). Du sans domicile fixe au jeune contraint de revenir chez ses parents, en passant par le couple qui vit avec son enfant dans un studio, le « mal-logement » recouvre des réalités différentes. Au fond, il se présente sous trois formes principales, parfois conjuguées : une mauvaise qualité de l’habitat, une faible superficie et le fait de ne pas avoir de logement à soi.

Premièrement, être mal logé, c’est vivre dans un habitat de très mauvaise qualité : 2,4 millions de personnes sont concernées. 85 000 personnes occupent durablement un « logement » qui n’en est pas un : une tente, un mobile-home, une cabane… La Fondation Abbé Pierre y ajoute 206 600 gens du voyage qui ne disposent pas d’aire aménagée. À ces très mal-logés, il faut additionner les 2,1 millions de personnes vivant dans un logement inconfortable, dont 330 000 privées du confort de base (eau courante, douche, WC intérieur) et 1,8 million d’autres personnes dont le logement relève d’un autre critère de dégradation comme un chauffage rudimentaire, une absence de coin cuisine ou dont la façade présente des fissures profondes.

Deuxièmement, être mal logé, c’est manquer d’espace. 934 000 personnes vivent dans un logement dit « surpeuplé ». Selon l’Insee, le peuplement « normal » d’un logement répond à la norme suivante : au moins une pièce pour le ménage (le séjour), plus une pour un couple (une chambre), une pour les célibataires de 19 ans et plus, une pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de sept ans, sinon une par enfant. Pour ces 934 000 personnes, il manque deux pièces à cette norme. Un couple avec deux enfants de sexe différent de plus de sept ans doit normalement pouvoir compter sur quatre pièces, s’il vit dans un deux pièces, il est considéré comme mal logé.

Troisièmement, être mal logé, c’est ne pas disposer de logement à soi, vivre à la rue ou hébergé par un ami, un membre de la famille ou une association notamment. 143 000 personnes n’ont pas de domicile selon les recensements effectués par l’Insee dans les centres d’hébergement. Parmi eux, la majorité est logée de façon très précaire (logement ou hôtel), mais un peu moins de 13 000 sont sans abri, dorment dans des caves, des halls d’immeuble ou sous les ponts. Ces derniers n’ont pas de domicile, mais surtout vivent dans les conditions d’habitat les plus indignes, ils auraient pu être comptabilisés parmi les personnes vivant dans un habitat de mauvaise qualité. Plus de 643 000 personnes sont hébergées chez des tiers. Elles ne vivent pas nécessairement dans des conditions de logement les plus difficiles, mais sont contraintes de vivre chez autrui. Parmi elles, 69 000 ne vivent pas chez une personne de leur famille.

Des données imparfaites

Ces données constituent des ordres de grandeur qu’il faut manipuler avec beaucoup de précautions. Une partie d’entre elles se recoupent : l’Insee indique par exemple que 28 000 personnes vivent dans un logement surpeuplé et inconfortable à la fois. Au total, la Fondation Abbé Pierre déduit un peu plus de 200 000 doubles comptes. Les sources sont différentes et on additionne des données qui datent de 2006 à 2013. Une partie des hébergés de façon très temporaire et parfois dans de bonnes conditions, il est discutable de les considérer comme « mal logés » et les inclure dans le même ensemble que des sans domicile. De même, le caractère « inconfortable » du logement comprend des situations très différentes.

Inversement, ces chiffres ne comptabilisent pas tous les mal-logés. Une partie des SDF échappe aux statistiques : ils ne sont recensés que s’ils fréquentent les services d’hébergement de jour, ce qui n’est pas toujours le cas. Les personnes qui vivent dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les foyers de travailleurs (souvent dans une seule chambre) et en prison ne sont pas compris. La norme de surpeuplement est établie en nombre de pièces et non en superficie : une personne seule dans une minuscule chambre de bonne n’est pas comptabilisée comme « mal logée ». Les ménages occupant des logements très bruyants ou humides n’y figurent pas non plus. Une personne seule vivant dans une minuscule pièce au rez-de-chaussée d’une route passante est « bien logée ».

La situation du logement en France n’a pas grand-chose à voir avec celle que notre pays a pu connaître dans l’après-guerre [4]. Mais la persistance d’un tel niveau de mal-logement est d’autant plus problématique que notre pays est parmi les plus riches au monde et que les conditions générales de logement ont tendance globalement à s’améliorer. Une partie de la population ne profite pas du progrès global.

Personnes en situation de mal-logement

Habitat dégradé2 420 600
1- Habitat de fortune (cabane, camping, etc.)85 000
2- Gens du voyage subissant de mauvaises conditions d'habitat206 600
3- Logements inconfortables2 090 000
Soit pas d'eau courante, pas de douche ou pas de WC intérieur332 000
Soit pas de coin cuisine, moyen de chauffage rudimentaire ou façade très dégradée1 758 000
4- Migrants en foyers dégradés39 000
Logements exigus (1)934 000
Pas de domicile personnel811 000
1- Sans domicile : sans abri, hôtel, hébergement collectif143 000
Sans abri (rue, cave, hall d'immeuble)12 900
Hébergement social65 800
Hôtel17 100
Logé par une association47 200
2- Vivent durablement à l'hôtel25 000
3- Hébergés chez un tiers643 000
Sans lien de parenté avec celui qui héberge, sans moyens d'être indépendant69 000
Enfants majeurs incapables de décohabiter pour raisons financières153 000
Enfants âgés de plus de 25 ans338 000
Personnes de plus de 60 ans hébergées suite à une difficulté (deuil, rupture familiale, prob. de santé, etc.)83 000
Personnes comptées deux fois- 205 600
Total3 960 000
(1) Manque min. deux pièces par rapport à la norme : au moins une pièce pour le ménage + une pour un couple, une pour les célibataires de 19 ans et plus, une pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de 7 ans, sinon une par enfant.
Source : Fondation Abbé Pierre - Rapport sur le mal-logement 2017. Données d'enquêtes différentes, principalement de l'Insee 2013 - © Observatoire des inégalités

Article extrait du Centre d’observation de la société.

Photo / ©LeRefs PHOTOGRAPHIE- FlickR


[1Les données extraites du rapport de la Fondation Abbé Pierre émanent de différentes sources dont les modes de collecte sont différents et peuvent porter sur des années différentes. Pour partie, elles datent de 2006 puisque l’enquête logement de l’Insee n’a pas été actualisée depuis.

[2« L’hébergement des sans domicile en 2012 », Insee première n°1455, juillet 2013.

[3Voir L’état du mal-logement en France, 2017, Fondation Abbé-Pierre, février 2017. Les données, modifiées, ne sont pas comparables avec les publications précédentes de l’organisme.



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