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Pauvreté : la France du périph’

Points de vue 13 février 2015

Les deux tiers des personnes pauvres vivent au cœur des grands pôles urbains. Pas dans les campagnes ou la France pavillonnaire. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Extrait d’Alterecoplus.

Territoires Revenus

Les deux tiers des personnes pauvres vivent au cœur des grands pôles urbains. Le tiers qui reste habite pour 17 % dans les communes périurbaines, 13,4 % dans les petites et moyennes agglomérations ou leurs communes proches et 5,4 % dans les communes rurales isolées. En livrant pour la première fois des données sur la répartition par type de territoire [1], l’Insee a définitivement tordu le cou à une thèse en vogue selon laquelle la France de la relégation serait celle des territoires ruraux, des petites villes et du périurbain. En masse, la France pauvre vit tout au bord du périphérique, elle n’a rien de périphérique. L’immense majorité des pauvres logent dans les grandes agglomérations et leur banlieue proche, où se concentrent les inégalités. Dans les villes-centres des grandes aires urbaines, le niveau de vie maximum annuel des 10 % les plus pauvres est de 4 400 euros, contre 8 000 dans la France périurbaine.

Une partie du succès de « la France périphérique » est une forme de mea culpa : on a tellement raconté n’importe quoi sur les classes moyennes, que l’on tord le bâton dans l’autre sens. Après nous avoir livré des tonnes de « moyennisation » dans les années 1990, voici la France moyenne « étranglée », matraquée par les impôts. Cette thèse permettait aussi d’opposer de façon populiste - non sans arrière-pensée - les couches populaires et moyennes du périurbain et celles des cités, souvent d’origine immigrée. Les intellectuels de gauche enfin réconciliés avec le peuple, sur le dos des « quartiers ». De Libération au Figaro, tout le monde était d’accord sur la profondeur de l’analyse.

Les pendules sont, enfin, remises à l’heure, mais il faut désormais aller un peu plus loin. Tout d’abord, en se méfiant de l’excès inverse. Le misérabilisme des zones urbaines sensibles n’aide pas davantage à comprendre leur réalité bien plus complexe. Quelques dizaines de quartiers sont en très grande difficulté, mais la France du périph’ est loin d’être celle de ghettos, victimes d’un « apartheid » territorial, selon les mots du Premier ministre. Ou alors, les mots n’ont plus aucun sens.

De la même façon, si les pauvres ruraux sont rares, ils n’en existent pas moins. Il s’agit souvent de personnes âgées pour qui les dés sont jetés, que seule la solidarité nationale peut sortir de la pauvreté. Quant à la France périphérique du pavillonnaire, ses difficultés n’ont rien à voir avec celles des quartiers. Ce n’est pas pour autant que tout y aille pour le mieux. Ces catégories sont souvent méprisées par les élites intellectuelles aujourd’hui pleines de compassion : c’est la France « moche » de Télérama, celle qui regarde TF1, a deux voitures et une pelouse ; fait ses courses à Auchan le samedi et préfère le barbecue du dimanche après-midi aux expos. Terrible. Son standard de vie est loin de celui des catégories aisées du cœur des villes, que l’on a déguisé en « classes moyennes supérieures ». Souvent issue de milieux populaires (ouvriers, agriculteurs, immigrés notamment), elle voit ses enfants peiner à réussir les mêmes parcours d’ascension sociale. Sans en faire les parias de la France contemporaine, on doit aussi l’écouter.

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

Ce texte a été publié à l’origine le 24 janvier 2015 sur le site Alterecoplus sous le titre « La France pauvre n’a rien de périphérique ».

Photo / © brunoh-Fotolia.com


[1« Où vivent les pauvres ? L’Insee infirme définitivement la thèse de la France périphérique », Centre d’observation de la société, 8 janvier 2015.


Date de première rédaction le 13 février 2015.
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