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Revenus, patrimoine, pauvreté

Riches, pauvres et classes moyennes : comment se situer ?

Données 2 mars 2018

Comment situer les catégories populaires, moyennes et aisées en fonction de leurs revenus et de la taille du ménage ? A quel niveau est-on riche, pauvre ou moyen ? Les estimations de l’Observatoire des inégalités.

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À partir de quel niveau de revenu est-on riche ou pauvre, appartient-on aux classes « populaires », « moyennes » ou « aisées » ? Cette question centrale est très souvent laissée dans le vague. Nous considérons comme appartenant aux classes moyennes les personnes situées au-dessus des 30 % les plus pauvres et en dessous des 20 % les plus riches. Nous fixons le seuil de pauvreté à la moitié du revenu disponible médian et le seuil de richesse au double de ce revenu [1]. Nos calculs sont réalisés à partir des données 2016 de l’Insee, il s’agit de revenus mensuels après impôts et prestations sociales.

Selon nos estimations, le seuil de pauvreté vaut 780 euros pour une personne seule [2], 1 500 euros pour un couple sans enfant et 2000 euros pour un couple avec deux enfants. Les catégories populaires (les 30 % les plus modestes) rassemblent ceux qui touchent moins de 1 265 euros par mois pour une personne, 2 500 euros pour un couple sans enfant et 3 300 euros pour un couple avec deux enfants. Le niveau de vie des classes moyennes est situé entre 1 265 et 2 275 euros par mois pour une personne seule, entre 2 500 et 4 420 euros pour un couple et entre 3 300 et 5 740 euros pour un couple avec deux enfants. Les catégories aisées se situent au-dessus de ces niveaux. Si on fixe le seuil de richesse au niveau du double du revenu médian, on devient riche à partir de 3 125 euros mensuels pour une personne seule, 6 000 euros pour un couple et 8 000 euros pour une famille avec deux enfants.

Ces limites sont discutables. Rappelons qu’il s’agit de revenus après impôts et prestations sociales et non des seuls salaires (voir encadré). Notre seuil de pauvreté est bas : le plus souvent on utilise le seuil à 60 % du niveau de vie médian et non celui à 50 %. Notre définition purement monétaire des catégories populaires est restrictive. D’un point de vue sociologique, ces catégories comprennent l’ensemble des employés et ouvriers, qui représentent la moitié des actifs. Nos catégories « aisées » rassemblent des ménages aux revenus très inégaux, des cadres supérieurs aux PDG de multinationales et la limite supérieure de notre graphique devrait être bien plus haute. Le seuil de richesse pourrait être déterminé autrement (lire notre article). Enfin, ces données ne prennent en compte ni le niveau de patrimoine détenu, ni le coût du logement [3] ou des transports, qui réduisent les niveaux de vie et dépendent des territoires où l’on vit.

Le premier intérêt de nos estimations est d’éviter de mélanger des revenus par personne et ceux de ménages de types différents. Connaître le niveau de vie médian pour une personne n’est pas très parlant pour la plupart des ménages qui raisonnent en prenant en compte l’ensemble de leurs revenus. Ces seuils permettent de dresser les contours des différentes catégories de revenus (populaires, moyennes, aisées), approximatifs et critiquables mais qui donnent des ordres de grandeurs et permettent un débat. Ces délimitations fixent enfin un seuil de richesse, grand absent du débat public. L’absence de débat sur les outils de mesure est fréquente en France dans le domaine des revenus : le brouillard permet à des points de vue très différents de ne pas être contredits par des faits, ce qui semble satisfaire la majorité… Il en résulte de nombreuses exagérations.

De quels revenus parle-t-on ?
Les données qui se rapprochent le plus de ce qu’un ménage peut vraiment dépenser sont fournies par l’Insee, via les déclarations d’impôts. On y trouve toutes sortes de revenus : les salaires, mais aussi les revenus du patrimoine ou des indépendants par exemple [4]. L’institut en retire les impôts directs (impôt sur le revenu et impôts locaux) puis y ajoute les prestations sociales (comme les allocations logement). On mesure alors des revenus dits « disponibles ».

Il faut ensuite tenir compte de la composition des ménages : personnes seules, familles monoparentales, couples sans enfants, etc. [5] Le plus souvent, on utilise pour cela des systèmes de parts fictives (dites « unités de consommation ») qui permettent de comparer les ménages entre eux. Mais alors, les revenus ne correspondent pas à la réalité des ressources réellement perçues, que nous publions ici.

Photo / © elavuk81 - Fotolia.com


[1Une définition qui vaut celle du seuil de pauvreté. Voir notre article « À quel niveau de vie est-on riche ? ».

[2Il ne faut pas confondre ce chiffre avec le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian pour « l’équivalent d’une personne seule », qui est un calcul théorique. Ici il s’agit de ce que touchent vraiment les personnes seules. Voir notre article « Les seuils de pauvreté en France » pour en savoir plus.

[3Difficile à intégrer dans la mesure où il faudrait savoir si la localisation du logement est subie ou choisie.

[4Ce qui n’est pas déclaré échappe par définition au calcul.

[5On pourrait encore affiner, par exemple en tenant compte du nombre d’enfants de chaque famille.


Date de première rédaction le 7 avril 2014.
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