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Qui sont les pauvres en France ?

Le tour de la question 16 octobre 2017

La moitié des pauvres ont moins de trente ans, autant disposent au maximum du brevet des collèges, un quart vivent au sein d’une famille monoparentale. Portrait de la population pauvre en France.

Revenus et patrimoine Pauvreté

Plutôt jeune, vivant en famille, peu diplômée, ouvrière ou employée : voici le portrait-robot d’une personne pauvre. Le plus souvent, on mesure la proportion de pauvres au sein d’une catégorie : par exemple, le pourcentage d’enfants en situation de pauvreté. Jamais ou presque on n’observe la composition de la population des cinq millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté (au seuil à 50 % du revenu médian que nous utilisons). Parmi les pauvres, quelle est la part de jeunes, de vieux, de diplômés, d’ouvriers, d’immigrés ? Masquer cette répartition évite d’attribuer un visage concret à la pauvreté. On dispose pourtant d’éléments sur le sujet.

Un tiers des pauvres sont des enfants

1,8 million de personnes pauvres sont des enfants et des adolescents : ils représentent un gros tiers de l’ensemble des cinq millions de personnes pauvres. L’expression « enfants pauvres » n’a guère de sens : elle cache la pauvreté des parents. Ces enfants sont dans cette situation parce que leurs parents disposent de revenus insuffisants (lire notre article « 1,2 million d’enfants « de » pauvres »). Les jeunes adultes (20 à 29 ans) représentent 17 % des personnes pauvres. Il s’agit souvent de jeunes peu qualifiés, en difficulté d’insertion sur le marché du travail, au chômage et mal indemnisés. Les plus de 60 ans sont moins souvent concernés par la pauvreté. Ils représentent au total un dixième de l’ensemble des personnes vivant sous le seuil de pauvreté. La situation de ces seniors n’en est pas moins préoccupante : une partie d’entre eux vivent avec de très bas revenus et il est peu probable que leur situation évolue.

Lecture : parmi la population pauvre, 17 % sont des enfants de moins de 10 ans. 11 % des enfants de moins de dix ans sont pauvres.
Source : Insee - Données 2014 - © Observatoire des inégalités

      

Les seuils de pauvreté utilisés
Dans cet article, nous utilisons le seuil fixé à la moitié du niveau de vie médian (revenu pour lequel la moitié touche plus, l’autre moins) [1]. Une personne est considérée comme pauvre dès lors que son niveau de vie (revenus après impôts et prestations sociales) est inférieur à 50 % du niveau de vie médian. Pour 2015, le seuil de pauvreté s’élève à 846 euros pour une personne seule, à 1 269 euros pour un couple sans enfant, 1 777 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans et à 2 115 euros pour un couple avec deux enfants de plus de 14 ans. Le seuil est un niveau maximum au-delà duquel on n’est plus considéré comme pauvre. Les personnes pauvres peuvent disposer d’un niveau de vie très inférieur.

Plus souvent des couples avec enfants et des familles monoparentales

La pauvreté se vit d’abord en famille : les deux tiers des personnes pauvres vivent dans un ménage avec des enfants, 40 % sont en couple et 25 % vivent dans une famille monoparentale. Ce sont surtout ces dernières qui sont sur-représentées par rapport à leur poids dans la population. Une personne pauvre sur cinq vit seule. Sans notre système de protection sociale, notamment les allocations familiales et logement, des milliers de familles vivraient à la rue.

Lecture : parmi la population pauvre, 25,8 % de personnes vivent au sein d'une famille monoparentale. 21,1 % des familles monoparentales sont pauvres. * Ménages autres que personnes seules ou couples avec ou sans enfant(s).
Source : Insee - Données 2014 - © Observatoire des inégalités

      

Autant de femmes que d’hommes pauvres

Lecture : Les femmes représentent 52,1 % de la population pauvre. 8,1 % des femmes sont pauvres.
Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

      

Désormais, femmes et hommes sont presque à parité, du moins parmi les pauvres : on compte 52 % de femmes et 48 % d’hommes. Le surcroît féminin est lié à la monoparentalité. On trouve aussi un certain nombre de femmes veuves ayant eu de courtes durées de cotisations et de faibles pensions de réversion de leur mari.

Les deux tiers des pauvres ont au plus le CAP

L’absence de diplôme et le milieu social sont les éléments clés pour comprendre la pauvreté. Les deux tiers des personnes démunies ont au plus le CAP. Qui dit absence de titre scolaire dit (souvent) difficulté d’insertion sur le marché du travail, précarité et bas niveaux de vie. Le taux de pauvreté des personnes sans diplôme est de 11 %, contre 3,7 % pour les bac + 2. À l’autre bout de l’échelle, à peine un dixième des personnes pauvres ont un diplôme supérieur à bac + 2. Avoir un titre scolaire est la garantie d’un minimum d’intégration professionnelle et donc de revenu : pauvreté scolaire et pauvreté monétaire sont liées.

Individus âgés de 15 ans et plus hors étudiants. Lecture : parmi la population pauvre de plus de 15 ans, 34,8 % n'a aucun diplôme ou le CEP. 11 % de la population sans diplôme est pauvre.
Source : Insee - Données 2014 - © Observatoire des inégalités

      

Les ouvriers et les employés composent la plus grande partie de la population pauvre

Le faible niveau de diplôme conduit le plus souvent à une position sociale peu favorable. Parmi les personnes qui vivent dans un ménage d’actifs (hors retraités et autres inactifs), près des deux tiers des pauvres appartiennent à un ménage dont la personne de référence est ouvrière ou employée. Les données sur les professions non-salariées (agriculteurs, artisans, etc.) sont difficilement comparables à celles concernant les salariés car les méthodes de comptabilisation des revenus ne sont pas les mêmes. Pour autant, toute une frange des indépendants vit avec de très faibles revenus : les écarts de revenus sont gigantesques au sein de ce groupe.

Population (adultes et enfants) vivant dans un ménage où la personne de référence est active. Lecture : parmi la population pauvre appartenant à un ménage dont la personne de référence est active, 34,2 % sont ouvriers. 8,2 % des ouvriers sont pauvres.
Source : Insee – Données 2014 – © Observatoire des inégalités

      

Le manque d’emploi au cœur de la pauvreté

Individus de 15 ans et plus, hors étudiants. Lecture : parmi la population pauvre, 19 % sont des chômeurs. 23,9 % des chômeurs sont pauvres.
Source : Insee - Données 2014 - © Observatoire des inégalités

      

Inactifs et chômeurs représentent plus de 70 % des personnes pauvres. Une partie sont des personnes découragées (notamment des femmes) par la recherche d’un travail face aux mauvaises conditions d’emploi (précarité, bas salaires, etc.). Un grand nombre de chômeurs, particulièrement les plus jeunes, ne disposent que de très faibles indemnités de chômage, inférieures au seuil de pauvreté. Près d’un quart des chômeurs sont pauvres, soit trois fois plus que la moyenne de la population.

700 000 salariés disposent d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, soit parce qu’ils travaillent à temps partiel avec de très bas salaires, soit parce qu’ils n’ont travaillé qu’une partie de l’année. Ces données montrent comment l’absence d’emploi ou l’emploi de mauvaise qualité alimente la pauvreté.

Immigrés : un quart de la population pauvre

La pauvreté frappe très lourdement les immigrés. Pour eux, on ne dispose que du seuil de pauvreté situé à 60 % du niveau de vie médian. Sur cette base, 37,6 % (donnée non comparable avec les chiffres précédents) des personnes qui vivent dans un ménage immigré sont considérées comme pauvres en 2013, contre 14 % pour l’ensemble de la population. Au total, 2,1 millions de personnes vivant dans un ménage immigré étaient concernées (enfants compris), ce qui représente un quart de la population pauvre. Ce niveau s’explique par des niveaux de qualifications plus faibles, par l’impact du chômage et par des discriminations (Voir notre article « Cinq millions d’emplois demeurent fermés aux étrangers non européens »), mais aussi parce qu’il s’agit en moyenne d’une population plus jeune et vivant plus souvent en famille.


Source : Insee – Données 2013 – © Observatoire des inégalités

      

Les pauvres vivent dans les grandes villes

Les deux tiers des personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté (ici aussi, fixé à 60 % du niveau de vie médian) vivent dans les grands pôles urbains. Ces personnes pauvres sont réparties de manière relativement équilibrée entre les villes-centres (31,4 %) et leurs banlieues (33,8 %). 16,6 % vivent dans le périurbain, 12,8 % dans les petites et moyennes aires urbaines ainsi que leurs couronnes et 5,3 % dans les zones rurales isolées.

La pauvreté est un phénomène massivement urbain, ce qui est logique car les villes concentrent la population, les emplois et les services. C’est là que l’on trouve les logements sociaux qui accueillent les personnes les plus pauvres et les familles monoparentales.L’insistance sur la pauvreté de la France « périphérique » a été utilisée pour minimiser les difficultés des populations des quartiers de logement social des grandes villes, sensées profiter d’un processus de « métropolisation ». Il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse et négliger la pauvreté hors des villes. La conception de l’urbain de l’Insee est très large : on comptabilise comme « banlieues », des villes qui comprennent aussi une part d’habitat pavillonnaire peu dense. On trouve aussi en milieu rural isolé une pauvreté structurelle de personnes âgées, dont on sort difficilement. Que l’on trouve aussi, de plus en plus, en logement social urbain... La question qui est posée est moins celle du lieu de vie proprement dit que de ne pas oublier la pauvreté des personnes âgées.

Répartition de la population pauvre selon le type de territoire
Unité : %
Part de la population pauvre
Grands pôles urbains*65,2
- dont villes-centres31,4
- dont banlieues33,8
Périurbain16,6
Petits et moyens pôles**7,7
Rural non isolé5,1
Rural isolé5,3
Ensemble100
Seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian. * Grand pôle : au moins 10 000 emplois. ** Petits et moyens pôles : au moins 1 500 et 5 000 emplois respectivement. Lecture : en 2012, 33,8 % des personnes pauvres vivent dans les banlieues au sein des grands pôles urbains.
Source : Insee - Données 2012 - © Observatoire des inégalités

Photo/ © Virginie de Galzain


[1L’Observatoire des inégalités utilise autant que possible le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian, plutôt que celui à 60 %. Pour une explication de ce choix, lire notre article « Neuf millions de pauvres, un chiffre exagéré. »


Date de première rédaction le 16 octobre 2012.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

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Rapport sur les inégalités en France, édition 2017

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