Observatoire des inégalités
Bouton menu

Contre les inégalités, l’information est une arme

Bouton soutenir
Monde

Les inégalités de revenus à la lumière du « Palma »

Données 20 mars 2019

Aux États-Unis, les 10 % les plus riches reçoivent l’équivalent de 1,8 fois la masse globale des revenus qui revient aux 40 % les plus pauvres. En France, ce rapport est de 1,1. Les inégalités passées à la loupe du ratio de Palma.

Revenus et patrimoine Monde Niveaux de vie Revenus

Avec un ratio de Palma de 1,8, les États-Unis se détachent nettement des autres pays occidentaux par leur niveau d’inégalités. Cet indicateur rapporte la masse des revenus (après impôts et prestations sociales) que reçoivent les 10 % les plus riches à celle qui va aux 40 % les plus pauvres (lire notre article « Le Gini est mort, vive le Palma ? »). Cela signifie que les plus riches reçoivent une masse de revenus 1,8 fois supérieure à celle qui revient aux plus pauvres, alors qu’ils sont quatre fois moins nombreux. L’écart est considérable avec l’Allemagne et la France où le dixième le plus favorisé en perçoit environ 1,1 fois plus. Le ratio se situe autour de 1,3 en Espagne et en Italie et atteint 1,5 au Royaume-Uni.

Revenus après impôts et prestations sociales. Lecture : en 2016, aux États-Unis, les 10 % les plus riches reçoivent l'équivalent de 1,8 fois la masse globale des revenus qui revient aux 40 % les plus pauvres, alors qu'ils sont quatre fois mois nombreux.
Source : OCDE – © Observatoire des inégalités

      

Au cours de la période 2008-2015 – période pour laquelle nous disposons des données pour l’ensemble des pays que nous avons sélectionnés –, les inégalités de revenus sont demeurées relativement stables à l’aune du Palma dans deux pays : la France et l’Allemagne. Au Royaume-Uni, on note une diminution, liée à la crise financière de 2008 qui a affecté les niveaux de vie des très riches financiers de la City. Il faut dire qu’ils s’étaient largement enrichis les années précédant cette période.

En Espagne, en Italie et aux États-Unis en revanche, le Palma fait apparaître une progression assez nette des écarts au cours de la même période. Dans les deux premiers pays, l’indicateur est passé de 1,2 à 1,3, les plus pauvres ayant été lourdement frappés par la crise. Outre-Atlantique, il est passé de 1,7 à 1,8 notamment parce que les plus riches ont assez vite effacé les effets de la crise financière et ont vu leurs revenus se remettre à progresser.

Passées au crible du Palma, ces dix années ne sont pas marquées par une explosion des écarts entre les revenus des plus riches et des plus pauvres. Il ne faut pas oublier que les niveaux de vie des catégories les plus favorisées avaient fortement augmenté à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Ces catégories ont donc maintenu dans la dernière décennie un écart important, et parfois l’ont accru, d’autant que les cartes n’ont pas été rebattues dans une période de maigre progression des niveaux de vie des couches moyennes et populaires. Cet enrichissement des plus riches – même plus modéré aujourd’hui qu’hier – est l’une des explications des tensions sociales que vivent l’ensemble des pays développés.

Comparaison internationale d’inégalités de revenus : s’en tenir aux grandes lignes
Il faut être très prudent dans l’analyse des données internationales d’évolution des revenus. Le concept est le même (le revenu après impôts), mais les méthodes de collecte de l’information diffèrent selon les pays. Il faut s’intéresser aux ordres de grandeur et aux évolutions sur plusieurs années pour que ces données aient du sens. Il faut aussi comparer des pays relativement semblables en termes de taille et de développement.

Le Palma en France : des inégalités de niveaux de vie qui s’accroissent nettement sur vingt ans

En 1996, les 10 % les plus aisés recevaient autant que la masse des revenus attribués aux 40 % les plus pauvres en France selon l’Insee. Dit autrement, le ratio de Palma était égal à un (ou 100 %). En 2016, il affiche 1,05. Cela signifie que le dixième le plus aisé touche 105 % du niveau de vie des 40 % les plus modestes (qui sont donc quatre fois plus nombreux). En vingt ans, les plus riches ont gagné 5 points de pourcentage. La hausse s’est faite par périodes : 1998-2001 (forte croissance économique), 2004-2006 et surtout 2008-2011. Le Palma atteint alors 1,14. Il revient par la suite à 1,05, notamment du fait de l’impact de la crise financière sur les très hauts revenus, même si au total les plus riches restent nettement gagnants sur l’ensemble de la période.

Niveau de vie après impôts et prestations sociales.
Source : calculs Observatoire des inégalités, d'après Insee – © Observatoire des inégalités

      

Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, il est intéressant d’entrer dans le détail des deux grandeurs qui composent le Palma, les niveaux de vie des 10 % les plus aisés d’un côté et celui des 40 % les plus pauvres de l’autre. En observant le graphique ci-dessous, on voit bien comment la part qui revient aux 10 % du haut de la distribution a progressé par paliers jusqu’en 2012. Entre 2013 et 2016, elle semble se stabiliser autour de 24 %. Celle qui revient aux plus pauvres a diminué d’un point de 23 % à 22 % entre 2004 et 2011, période où le chômage a très fortement progressé, avant de se rétablir en fin de période à un niveau proche d’il y a vingt ans.

Niveau de vie après impôts et prestations sociales. Lecture : en 2015, les 10 % les plus riches perçoivent 24,2 % de la masse des revenus. Les 40 % les plus pauvres en perçoivent 22,4 % alors qu'ils sont quatre fois plus nombreux.
Source : calculs Observatoire des inégalités, d'après Insee – © Observatoire des inégalités

      

Quid de la période 2017-2018 pour laquelle on ne dispose pas encore de données ? Sans doute pas d’évolution de forte ampleur. L’amélioration lente de l’emploi favorise les plus faibles revenus. La prime d’activité a aussi soutenu leurs niveaux de vie. Mais les largesses fiscales de l’automne 2017 ont été très bénéfiques aux très aisés.


Date de première rédaction le 20 mars 2019.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Affiner
Monde


Autres thèmes

> Revenus, patrimoine, pauvreté > Emploi > Éducation > Lien social et politique > Conditions de vie > Catégories sociales > Âges et générations > Femmes et hommes > Europe > Français et étrangers > Territoires

Sur le même sujet

Données 20/03/2019
Les inégalités de revenus à la lumière du « Palma »
Analyses 05/02/2019
Qui profite de la croissance des revenus dans le monde ?
Données 13/12/2018
L’accès à la médecine inégalement réparti dans le monde
Données 07/10/2018
Un siècle d’inégalités de revenus : les super-riches regagnent le terrain perdu
Données 24/08/2018
730 millions de travailleurs dans le monde survivent avec moins de trois dollars par jour
Données 11/06/2018
L’accès à l’eau potable dans le monde
Entretiens 26/04/2018
Crise alimentaire : « Les chiffres des Nations unies sont discutables ». Entretien avec Rony Brauman
Données 26/04/2018
800 millions de personnes sous-alimentées dans le monde
Analyses 26/04/2018
La faim dans le monde
Données 20/04/2018
Une personne sur sept n’a pas accès à l’électricité dans le monde