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Les inégalités de revenus à Strasbourg

Données 4 février 2011

Les moyennes cachent des disparités territoriales considérables. Quelle est la situation des inégalités au niveau des quartiers, le découpage statistique le plus fin existant ? L’exemple de la ville de Strasbourg. Un document réalisé par Simon Leyendecker et Marc Schalck, de la société Compas.

Territoires Revenus
Derrière les moyennes nationales, quel paysage des revenus ?
Un nombre croissant de données sont disponibles à un niveau territorial très détaillé. Elles permettent de comprendre ce qui se cache derrière des moyennes trop englobantes, de révéler la composition des niveaux de vie à des échelons territoriaux regroupant quelques milliers de personnes. Ce qui constitue, très concrètement, le paysage français des revenus dans notre pays. Simon Leyendecker et Marc Schalck, de la société Compas, ont prolongé le travail réalisé par le géographe Roger Brunet pour la ville de Tours.

Chaque exemple, dispose de ses spécificités. A Strasbourg, le revenu médian varie du simple au double selon les quartiers, entre 1 000 et 2 000 euros. Mais il offre aussi une forme d’exemplarité et pourra intéresser un public beaucoup plus large que les habitants de la ville concernée. Chaque ville illustre les contrastes et la complexité du peuplement de la France. LM

Les inégalités de revenus à Strasbourg

Les inégalités de revenus diffèrent profondément suivant les caractéristiques de la population. A l’intérieur de la ville de Strasbourg, alors que le revenu médian avoisine les 1 000 euros dans certains quartiers (et parfois moins), il atteint 1 873 euros en centre-ville et dépasse les 2 000 euros dans le quartier de l’Orangerie - Conseil des XV.

Une analyse à l’échelle des Iris [1] pointe l’importance des écarts et dessine une ville contrastée, constituée de pôles de richesse et de pauvreté.

Un revenu médian qui varie de un à six

Les Iris les plus riches (au delà de 2 000 euros de revenu médian) forment un ensemble continu associant les quartiers de l’Orangerie - Conseil des XV, la partie nord du centre-ville et le sud de la Roberstau. Plus isolé, l’Iris Pfister à la Meinau dispose également d’un revenu médian élevé (2 196 euros). Le revenu médian le plus élevé se situe sur l’Iris Bon-Pasteur, à l’est du quartier de l’Orangerie - Conseil des XV (3 015 euros, soit le 226ème rang sur les 12 746 Iris renseignés de France).

Par opposition, les Iris les plus pauvres se situent principalement dans les quartiers d’habitat social situés en périphérie : certaines mailles de Hautepierre, les cités de Cronenbourg, le Port du Rhin, l’Elsau, Neuhof Cités, la Carnadière à la Meinau, la cité de l’III à la Roberstau. Deux secteurs plus centraux ont un revenu médian inférieur à
1 000 euros : les Iris Laiterie et Obernai dans le quartier Gare - Tribunal - Porte de Schirmeck et l’Iris Spach dans le quartier de l’Orangerie - Conseil des XV. Le revenu médian le plus faible est celui de l’Iris Hautefort, situé au sein du quartier du Neuhof (461 euros, 53ème rang des Iris les plus défavorisés sur les 12 746 Iris renseignés de France), soit un revenu médian 6,5 fois moins élevé que le revenu médian maximum.

L’inégalité ne suit pas la richesse

La carte des quartiers riches et pauvres n’est pas identique à celle des inégalités. On peut observer de fortes inégalités aussi bien dans des zones riches, pauvres ou médianes.

Exemple d’Iris contrasté riche : Bon - Pasteur à l’Orangerie, 10 % ont moins de 789 euros et 10 % ont plus de 8 373 euros, soit un rapport de un à dix. Exemple d’Iris contrasté pauvre : Unterelsau, 10 % ont moins de 115 euros et 10 % ont plus de 2 363 euros, soit un rapport de un à vingt.

Certains Iris qui ont un revenu médian plutôt moyen (cf. carte « Revenu médian mensuel des ménages ») sont également très contrastés, comme la Laiterie et Sainte-Marguerite dans le quartier Gare - Tribunal - Porte de Schirmeck ou la Musau au Neudorf, ce qui est dû au niveau très bas du premier décile (les 10 % les plus pauvres). A l’opposé, certains secteurs riches sont peu contrastés.

Exemple d’Iris moins contrasté et aisé : Pfister à la Meinau où 10% ont moins de 1 102 euros et 10% ont plus de 4 850 euros, soit un rapport de un à quatre.

Dans trois Iris tous situés au Neuhof, le premier décile est égal à zéro, ce qui signifie que 10 % des ménages au moins ne déclarent aucun revenu. Cela ne veut pas dire
qu’ils ne perçoivent aucune ressources. Ils peuvent vivre des prestations sociales, d’entraide familiale ou de l’économie informelle.

Ainsi, on peut observer que les quartiers ayant une image riche, pauvre ou moyenne, associent en fait des catégories sociales aux revenus très différents, soit au sein des
mêmes Iris, soit par juxtaposition d’Iris plus homogènes mais de composition sociale différente. Que ce soit à l’Orangerie - Conseil des XV, réputé riche, ou à l’Elsau, réputé pauvre, les ménages ont en fait des revenus très contrastés.

L’existence d’inégalités au sein des quartiers peut indiquer soit que la ségrégation se fait à un niveau encore plus fin que le découpage de l’Insee (à l’intérieur d’un Iris) soit que celle-ci est moins importante qu’on le dit souvent. Contrairement à une vision trop simple, les quartiers riches ne sont pas peuplés uniquement de riches et les quartiers
pauvres de pauvres.

Les déciles

Les données sur les revenus sont souvent présentées par tranches de 10 % de ménages ou d’individus, que les statisticiens nomment « déciles ». Plus précisément, le décile ne désigne pas la tranche dans son ensemble mais la valeur qui sépare une tranche de 10 % d’une autre. Le premier des déciles sépare donc les 10 % qui gagnent le moins des 90 % qui touchent le plus. Le neuvième décile est, quant à lui, le revenu le plus élevé des 90 % les moins riches, ou - ce qui revient au même - le revenu le moins élevé des 10 % les plus riches… Le cinquième décile est le revenu le plus élevé des 50 % les moins riches : c’est aussi celui qui sépare en deux la population, appelé « revenu médian ».

Des écarts importants liés aux très hauts niveaux de revenus

L’analyse des écarts interdéciles apporte une autre information et vient nuancer la précédente. Si l’on raisonne en écart de revenu et donc en euros, sur certains Iris,
les 10 % les plus riches ont un revenu mensuel minimum supérieur de 3 231 euros à celui du revenu maximum des 10 % les plus pauvres. Il s’agit des Iris les plus riches,
situés dans les quartiers centre-ville, de l’Orangerie - Conseil des XV et de la Roberstau. Cet écart s’explique principalement par le très haut niveau de revenus des 10% les plus riches (cf carte « Revenu fiscal mensuel des ménages - Les plus riches et les plus pauvres »).

A l’opposé, cet écart tombe à moins de 1 664 euros dans les Iris pauvres situés à Hautepierre, l’Elsau, la Meinau ou encore le Neuhof. Sur ces secteurs, bien qu’en valeur
relative, les contrastes soient importants entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres (cf. carte « Revenu fiscal mensuel des ménages- Rapport interdéciles »), les
écarts en valeur absolue sont nettement moins élevés, ce qui est à mettre en relation avec les niveaux de revenus relativement bas des plus riches.

Ainsi, sur Hautefort au Neuhof, le plancher de revenu des 10 % les plus riches est à peine de 1 120 euros. Sur l’Iris Catherine à Hautepierre, il n’est que de 1 435 euros.

Les pôles de richesse et de pauvreté

La dernière analyse permet de montrer les quartiers les plus extrêmes dans leur richesse ou leur pauvreté, là où les revenus des neuvièmes déciles sont les plus riches et là où les revenus des premiers déciles sont les plus bas.

Les classes les plus aisées se retrouvent à l’Orangerie - Conseil des XV, au sud de la Roberstau, et au Centreville. Les plus pauvres se retrouvent dans les grandes cités
d’habitat social des quartiers situés en périphérie de la ville (Hautepierre, Cité de l’III à la Roberstau, l’Elsau, la Meinau-Canardière, le Neuhof), ainsi que sur certains Iris
des quartiers de Cronenbourg, de Koenigshoffen, de la Montagne Verte ou du Neudorf.
Dans certains secteurs plus centraux, 10 % de la population a également des revenus fiscaux inférieurs à 441 euros. C’est le cas du quartier Gare - Tribunal - Porte de Schirmeck, de l’Orangerie - Conseil des XV (cité Rotterdam, cité Spach) et du quartier Bourse - Esplanade - Krutenau (Palerme, Stockholm, Académie, Ste-Madeleine, Bourse).

La plupart de ces secteurs sont en situation contrastée. Toutefois, l’analyse des déciles permet de montrer que certains Iris regroupent une très forte proportion de populations
pauvres. Sur quatre Iris, moins 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (60 % du revenu médian métropolitain). Il s’agit de Hautefort et
Marschallhof au Neuhof, Kepler à Cronenbourg et Schulmeister à la Meinau.

Avertissements :

Les données présentées dans cette note doivent être considérées avec précaution. Il s’agit de revenus 2007, avant la forte dégradation de l’emploi survenue à partir
de la mi-2008. Les revenus sont tirés des déclarations fiscales, mais on ne prend pas en compte les impôts payés et les prestations reçues : les inégalités de niveau de vie y sont donc exagérées. Ces cartes sont présentées moins pour les données absolues que la géographie du territoire qu’elles font apparaître qui serait peu différente en prenant en compte les éléments précédents. Il faut remarquer par ailleurs que le regroupement se fait par le nombre de personnes et non par la superficie. Un Iris peu peuplé aura donc une taille supérieure à un Iris plus dense. Le premier apparaîtra plus visible sur une carte que le second.

Auteurs de l’étude : Simon Leyendecker et Marc Schalck, société Compas.

- Voir aussi sur notre site : Inégalités locales de revenus : l’exemple de l’agglomération de Tours

- Pour en savoir plus :
l’Observatoire des inégalités territoriales
Les revenus fiscaux dans les Zus en Alsace, Chiffres pour l’Alsace n° 6 janvier 2010, Insee.

Photo : Strasbourg, Place d’Athènes/ © Panoramas


[1L’Iris (Ilot Regroupé pour l’Information Statistique) est la brique de base en matière de diffusion de données locales. Il permet de rendre compte des dynamiques à l’œuvre en milieu urbain. « Petit quartier », l’Iris-2000® porte entre 1 100 et 5 100 habitants et présente une certaine homogénéité quant aux types d’habitat et de population résidente. Il intègre également des contraintes liées au nombre de salariés et aux limites physiques.


Date de première rédaction le 4 février 2011.
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