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Femmes et hommes

En politique, les femmes ont encore mauvais genre

Analyses 20 novembre 2008

Après les élections législatives, cantonales, municipales et sénatoriales de 2007-2008, la progression des élues est significative. Mais seulement si la loi est contraignante. Une analyse de Marie-Paule Mémy de l’Observatoire des inégalités.

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Les dernières élections législatives, municipales et sénatoriales de 2007 et 2008 se traduisent par une progression à la marge en matière de parité. Cette hausse est toutefois plus significative pour les communes de plus de 3 500 habitants pour lesquelles une loi de janvier 2007 impose une alternance stricte hommes-femmes dans la composition des listes et dans les fonctions d’adjoints et d’adjointes. Ceci tend à montrer trois choses : premièrement que l’on trouve des femmes pour y aller, contrairement à ce que l’on peut entendre parfois ; deuxièmement qu’il faut la force de la loi pour les imposer dans les faits ; troisièmement que la résistance masculine est si forte que l’évolution se fait au compte-goutte lorsque la loi ne vient pas s’en mêler.

La commune aux avant-postes de la démocratie paritaire

La commune, décriée pour sa taille et son manque de moyens, a toujours conservé son crédit auprès d’une majorité de citoyens. S’il y a encore un lieu politique au plan local qui fait sens, c’est bien celui-ci. On s’y retrouve. A l’échelon du département bien peu de citoyens situent précisément le rôle et l’action du conseiller général, et encore moins les limites de son territoire. Le conseiller régional est élu sur une liste régionale qui distend la proximité. Le député, probablement plus connu, est un quasi aristocrate de la République. Le sénateur ? Qui sait citer les sénateurs de son département ?

Alors que l’on dénonce son manque de pertinence, la commune vient de se refaire une beauté aux élections municipales de 2008 en matière de démocratie des genres.
La voici promue « avant-garde démocratique de la révolution paritaire » par l’Observatoire de la parité placé sous la responsabilité du premier ministre et présidé par Marie-Jo Zimmermann, députée UMP de Moselle.

L’Observatoire de la parité souligne que les partis politiques français « continuent à
faire figure de mauvais élèves tant au niveau européen qu’international ».

Il note les différences importantes qui persistent entre droite et gauche. « Malgré des gestes forts venant du gouvernement et de la Présidence en matière de parité, l’UMP et le Nouveau Centre ne témoignent d’aucun volontarisme dans ce domaine, dans les villes de 30 000 habitants et plus le pourcentage de femmes maires ne dépasse pas les 8 % ; alors que du côté des socialistes, dans les villes de même catégorie, entre 14 % et 16 % de femmes ont été élues maires. Résultats pourtant bien en dessous des objectifs déclarés par la gauche pendant la campagne électorale ».

Les départements à la traîne

La loi du 31 janvier 2007, qui impose l’élection d’autant d’adjointes que d’adjoints va permettre aux 2 800 communes de plus de 3 500 habitants d’être administrées autant par des femmes que des hommes. Les conseils généraux, auxquels la même loi n’imposait que des suppléantes aux candidats masculins, atteint péniblement 13,1 % de femmes. Toutefois ces communes de plus de 3 500 habitants à la gouvernance paritaire ne sont que 9,6 % à avoir une femme maire. Le patron de l’exécutif municipal reste un patron.

Pour le reste, les progrès sont réels, sans bouleverser la face de la planète politique, et en réservant encore aux femmes la part du pauvre. Dans les communes et villes, toutes tailles confondues, on passe de 33 % de conseillères municipales en 2001 à 35 % en 2008 ; et de 10,9 % de femmes maires à 13,8 %. Dans les départements, on passe de 10,9 % de conseillères générales en 2004 à 13,1 % en 2008. « A ce rythme là il faudra attendre 70 ans pour arriver à des conseils généraux paritaires » relève l’Observatoire de la parité. Les conseils régionaux sont plus équilibrés : 47,6 % de femmes depuis 2004, au moment de l’entrée en application de la loi imposant une stricte alternance hommes-femmes sur les listes présentées aux électeurs, contre 27,1 % en 1998 en l’absence de loi contraignante. Le pourcentage de femmes députées passe de 12,5 % en 2002 à 18,5 % en 2007 et celui des sénatrices de 18 % en 2004 à 22 % en 2008.

La parité oui, mais plutôt chez le voisin

Ce débat politique a un point commun avec celui sur les autoroutes ou les centres d’enfouissement des déchets : les hommes dans les partis sont à peu près tous d’accord pour énoncer, voire défendre ardemment, la nécessité et l’intérêt du fait paritaire. Mais ils préfèrent, avec un aussi bel ensemble, que la chose se passe si possible dans la circonscription du voisin. Au-delà des chiffres, la progression des femmes en politique devra être considérée en analysant leurs pratiques. Leurs choix, les orientations qu’elles privilégieront, leurs approches des dossiers apporteront-ils du nouveau ? Un partage quantitativement plus juste des fonctions politiques entre les sexes aura-t-il des conséquences sur la façon de vivre ensemble ?

Que l’exécutif soit géré par une femme n’est pas une garantie en soi de la qualité des politiques menées, ni même de leur adaptation aux besoins sociaux, comme l’a montré par exemple la politique menée par la Première ministre britannique conservatrice Margaret Thatcher de 1979 à 1990. En revanche, on voit mal comment une présence renforcée des femmes dans l’ensemble des structures exécutives, du niveau local au national, comme d’ailleurs au sein des organes de direction des entreprises, pourrait ne pas avoir de répercussions sur l’équilibre des pouvoirs entre hommes et femmes dans l’ensemble de la société. Par exemple, sur la répartition des rôles dans l’éducation des enfants ou la conduite de la vie domestique.

La représentation des femmes en politique
Année
Part de femmes
en %
Députées201739
Sénatrices201729
Maires201416
Conseillères municipales201440
Présidentes de conseil départemental20158
Conseillères départementales201550
Présidentes de conseil régional201519
Conseillères régionales201548
Députées françaises au Parlement européen201442

Source : Insee, Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, ministère de l'Intérieur, Sénat - © Observatoire des inégalités

Voir aussi :
La représentation des femmes parmi les élus


Date de première rédaction le 20 novembre 2008.
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