Selon l’OCDE, la France est l’un des pays où le milieu social influe le plus sur le niveau scolaire

26 octobre 2015 - La France est l’un des pays de l’OCDE où le milieu social influence le plus les compétences scolaires des élèves de 15 ans en mathématiques, comme en sciences.


Pour étudier l’influence du milieu social sur les compétences des élèves, l’OCDE a construit dans son enquête dite « Pisa » un indice global, qui rassemble les niveaux de vie   et de diplôme des parents ainsi que leur profession. Les jeunes Français de 15 ans ont obtenu un score de 495 lors de l’évaluation en sciences en 2015 (la moyenne OCDE était de 493). Une hausse d’une unité de l’indice du milieu social en France aurait pour effet d’élever le score de 57 points [1]. En Espagne, la même opération augmente le score de 27 points. Lors de la précédente enquête, réalisée en 2012, l’effet était le même pour les mathématiques. Dans les deux cas, la France apparaît comme le pays où le milieu social influence le plus les compétences scolaires dans ces domaines. En comparaison, l’augmentation est d’une quarantaine de points en Allemagne et au Royaume-Uni, d’une trentaine en Espagne et en Italie.

Ces données sont très médiatisées, il faut pourtant les considérer avec une très grande précaution, ce qui est rarement le cas. On mesure des compétences très spécifiques et non l’ensemble du niveau scolaire, alors que chaque pays n’a pas les mêmes programmes. A l’âge de 15 ans, les jeunes sont engagés dans des parcours très différents. On ne mesure pas le niveau de maîtrise de la langue nationale et des langues étrangères, de l’histoire-géographie, d’éducation physique, en arts, des sciences économiques et sociales, etc. Quant à l’indice « socio-économique » de l’OCDE, il s’agit d’une construction ultra-complexe, savant mélange qui va du niveau de diplôme des parents (déclaré par l’élève) au confort sanitaire. Il ne tient pas compte du niveau des inégalités du pays lui-même.

Il n’en demeure pas moins que les enquêtes de l’OCDE se suivent et indiquent toutes un résultat similaire : la France appartient au club des pays où les inégalités sociales exercent une grande influence sur le parcours scolaire des enfants. L’école « n’augmente pas » les inégalités comme cela a pu être indiqué et si les données de Pisa ne permettent pas à elles seules de conclure que notre pays serait le « champion du monde » des inégalités, la situation n’est pas bonne.

Cette mauvaise position peut s’expliquer par un grand nombre de facteurs. L’apprentissage de la lecture est précoce en France, à un moment où les inégalités dans la maîtrise du vocabulaire sont grandes. Les programmes valorisent la culture académique et la maîtrise d’un savoir mathématique théorique. L’expérience a peu de place. Les évaluations à répétition dévalorisent et contribuent à l’échec des plus faibles, qui reçoivent peu d’encouragements. Les compétences demandées aux enfants sont mal explicitées par les enseignants, ce qui pénalise les milieux populaires.


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Augmentation du score à l'évaluation Pisa lié à une unité de statut socio-économique (varie entre -1 et +1). Le statut socio-économique est un indice qui mélange la profession des parents, leur niveau de diplôme et leur niveau de vie. Elèves de 15 ans.
Ce graphique mesure l’impact du statut socio-économique des familles sur le score des enfants. L’OCDE a construit un indice global à partir du niveau de vie  , de diplôme des parents et de leur profession. Ensuite, l’organisme mesure de combien varie ce score quand cet indice augmente d’une unité (il peut varier entre -1 et +1). Il s’agit des élèves de 15 ans.

Photo / © morane - Fotolia

Notes

[1Il s’agit d’une opération théorique : on observe « ce qui se passerait si » l’indice de milieu social était supérieur d’un point.

Date de rédaction le 22 février 2011

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