L’inégal accès au bac des catégories sociales

15 juin 2014 - Les taux d’accès au bac augmentent. Mais alors que neuf enfants d’enseignants sur dix sont bacheliers, ce n’est le cas que de quatre enfants d’ouvriers non-qualifiés.


Les inégalités d’accès au bac

90 % des enfants d’enseignants entrés en sixième en 1995 ont obtenu le bac environ sept années plus tard, contre 40,7 % des enfants d’ouvriers non-qualifiés, selon le ministère de l’Education nationale [1]. Une partie des enfants issus des milieux populaires accèdent au bac, mais les écarts sont considérables selon les milieux sociaux, notamment du fait de l’influence du niveau de diplôme des parents, dans un système scolaire très académique.



Des filières très différenciées selon les catégories sociales

Si l’on observe uniquement le type de bac obtenu par catégorie sociale, les écarts sont tout aussi grands. Parmi les enfants d’ouvriers qui ont eu leur bac en 2012, 31 % l’ont eu dans une filière générale, 23 % dans une filière technologique et 46 % dans une filière professionnelle. Chez les enfants de cadres supérieurs, les trois quarts ont eu un bac général, 14 % technologique et 10 % professionnel.


En première et terminale, la composition des classes selon les filières est également très différenciée. On compte 17 % d’enfants dont le père est ouvrier dans la filière S, contre 40 % en STT et 51 % en bac professionnel. A l’inverse, la filière scientifique comprend 36 % d’enfants dont le père est cadre, mais c’est le cas de seulement 4 % en bac professionnel.

Profil social et scolaire des élèves
Selon les filières des classes de 1eres et de terminales
Unité : %
Général



Technologique


Professionnel

Total
SESLSTTAutres techno.Professionnel
Part d'élèves dont le père est ouvrier17242640355135
Part d'élèves dont le père est cadre3624261212418
Lecture : 17 % des élèves fréquentant une 1ere ou une terminale S sept ans après l'entrée en 6e ont un père ouvrier.
Source : ministère de l'éducation, panel 1995 - Données 2002, part d'élèves du second degré recruté en 1995


L’évolution de long terme

De plus en plus de jeunes issus des couches les moins favorisées obtiennent le bac : c’est le cas de près de la moitié des jeunes issus d’une famille ouvrière nés au tout début des années 1980, contre 10 % de ceux nés dans les années 1950. Au total, près des deux tiers des générations nées entre 1979 et 1982 ont obtenu le bac, contre un peu plus de 20 % de celles nées vingt années plus tôt. Avoir son diplôme, c’est possible pour tous, même si certains partent avec un handicap.

Obtention du bac selon la catégorie sociale et la génération


Source : « L’état de l’école : 29 indicateurs sur le système éducatif français », n°20, novembre 2010, ministère de l’éducation nationale.

Les bac généraux, technologiques et professionnels, qui n’ont pas la même valeur sur le marché des diplômes, ne permettent pas d’accéder aux mêmes formations de l’enseignement supérieur. En outre, les données ci-dessus portent sur le long terme. L’élévation de la part de bacheliers dans les catégories les moins favorisées résulte pour une partie de l’essor du bac professionnel à partir de la fin des années 1980. Dans les années récentes, la part de bacheliers a baissé chez les enfants d’ouvriers non-qualifiés et d’inactifs.

Comment évoluent les chances d’accès au bac selon les catégories ?

Pour mesurer l’évolution des inégalités, nous avons calculé la variation du « rapport de chances » (voir encadré) : cet indicateur mesure le rapport entre la probabilité pour un enfant d’enseignant d’être bachelier plutôt que de ne pas l’avoir à celle des autres catégories sociales. Entre 1996 et 2002, ce rapport s’est accru vis-à-vis de toutes les catégories sociales. En 1996 - génération d’enfants entrés en sixième en 1989 - les enfants d’enseignants avaient 8,9 fois plus de chances relatives d’être bacheliers que les enfants d’ouvriers non-qualifiés. En 2002, c’est 14 fois plus. Vis-à-vis des enfants d’inactifs, le rapport est passé de 15 à 25 fois plus.

Le mouvement est donc double. D’un côté, la proportion de bacheliers tend plutôt à augmenter dans tous les milieux sociaux sur longue période. Mais dans les années récentes les inégalités dans la probabilité d’accès au bac se sont accrues entre catégories sociales.



Le rapport de chances (« odds ratio » en anglais) calculé dans notre tableau mesure le rapport entre d’un côté la probabilité d’avoir le bac pour les enfants d’enseignants comparée à celle de ne pas l’avoir, et de l’autre le même rapport pour les autres catégories sociales. On compare entre elles deux probabilités.

Prenons un exemple. Si l’on veut calculer le rapport de chances entre les enfants d’enseignants et d’ouvriers non-qualifiés, on procède de la façon suivante :

Les enfants d’enseignants sont 90 % à être bacheliers. La probabilité qu’un enfant de cette catégorie soit bachelier est donc de 90 % (avoir son bac) divisé par 10 % (ne pas l’avoir) = 9. Dit autrement, les enfants d’enseignants ont neuf fois plus de chances d’avoir leur bac que de ne pas l’avoir. Les enfants d’ouvriers non-qualifiés sont 40 % à obtenir leur bac. La probabilité qu’un enfant de cette catégorie soit bachelier rapportée à celle qu’il ne soit pas bachelier est donc de 40 % (avoir son bac) / 60 % (ne pas l’avoir), soit 0,66. La probabilité inverse (ne pas avoir son bac rapportée à avoir son bac) est de 60/40 = 1,5.

Dit autrement, les enfants d’ouvriers non-qualifiés ont 1,5 fois « plus » de chances (si on peut dire...) de ne pas avoir leur bac que de l’avoir.

Le rapport de chances est alors la division entre les probabilités des deux catégories d’avoir leur bac contre celle de ne pas l’avoir, soit 9 pour les cadres et 0,66 pour les ouvriers non-qualifiés : 9/0,666 = 13,63 (14 dans le tableau du fait des arrondis).

Photo / © Drivepix - Fotolia.com

Notes

[1Les bacheliers du panel 1995 : évolution et analyse des parcours, ministère de l’éducation nationale, Note d’information - DEPP - N°10.13 - septembre 2010.

Date de rédaction le 16 juin 2013

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