Rap = opéra ?

29 février 2016 - La fréquentation du théâtre dépend beaucoup des milieux sociaux. Est-ce seulement une différence ou une inégalité ? Un choix ou une contrainte ?


Quand on parle de la Culture avec un grand C, on parle souvent de musique classique, de peinture, de musées, de théâtre, etc. Certains pensent que tout se vaut : « Un tag ou un tableau de Picasso, Mozart ou Nekfeu, quelle différence ? ». Chacun peut avoir son avis sur une œuvre, les goûts et les couleurs... D’ailleurs, le statut des œuvres évolue : au départ, le jazz était une musique populaire des noirs américains, aujourd’hui, il fait partie de la culture classique. Le street art est passé du statut de graffiti à celui d’œuvre exposée dans les musées. Il faut se demander « qui » juge de la valeur des œuvres (conservateurs de musées, programmateurs de salles de spectacle, critiques, etc.) questionner la légitimité des avis formulés par ces personnes qui sélectionnent.Retour ligne automatique
On peut aussi pensent que certaines œuvres d’art sont supérieures à d’autres, plus riches, plus créatives, mieux abouties. Finalement, refuser une hiérarchie de la création artistique, c’est nier le talent plus ou moins grand des créateurs. « Tout se vaut » est une façon d’éviter d’ouvrir la Culture avec un grand C à tous : n’importe quel tag, c’est de l’art, contentez-vous de regarder ce que vous avez en bas de chez vous. De la même façon, on peut aussi penser qu’en matière d’appréciation de la qualité des œuvres, tous les avis ne se valent pas et qu’il est assez démagogique de faire croire l’inverse.

Une culture élitiste
Les pratiques culturelles (lecture, cinéma, musées, musique, théâtre, etc.) se sont diffusées au cours des trente dernières années sous l’effet de plusieurs facteurs comme l’élévation du niveau de diplôme et des niveaux de vie  , l’augmentation du nombre de représentations et d’expositions, une meilleure mise en valeur, etc. Malgré tout, les écarts restent énormes : 63 % des cadres supérieurs sont allés au théâtre au moins une fois en 2012 contre 23 % des ouvriers. 80 % des cadres ont lu un livre contre 31 % des ouvriers, soit 2,6 fois moins.

Dis-moi qui tu es, je te dirai quelle est ta culture

Selon l’âge, le lieu d’habitation ou le milieu social, les mêmes pratiques culturelles sont différentes. Les jeunes sont les premiers à aller sur Internet, au cinéma, à écouter les dernières nouveautés musicales. Par contre, les plus âgés sont plus nombreux à fréquenter les musées ou les théâtres. On dispose de beaucoup plus de choix quand on habite dans une grande ville. Les bibliothèques, les événements culturels (expositions, concerts, pièces de théâtre) sont plus rares quand on habite à la campagne.

Trop chère la culture ?

Le prix peut freiner l’accès : 57 % des employés et des ouvriers disent avoir renoncé au moins une fois dans les 12 derniers mois à visiter une exposition, un musée ou un monument parce que c’était trop cher, contre 28 % des cadres supérieurs, selon le Crédoc (2012). Les loisirs aussi coûtent cher : tout le monde ne peut pas faire de l’équitation à plus de 1 000 € l’année.
Mais les pratiques des catégories favorisées ne sont pas toujours les plus chères : une place d’opéra peut coûter moins cher qu’une place de concert rock. Le diplôme joue beaucoup : 5 % des personnes dont les parents n’ont pas de diplôme allaient au musée pendant leur enfance, contre 61 % des personnes dont les parents avaient fait des études supérieures (données 2003, Insee). Dans une famille, les habitudes se transmettent des parents aux enfants. Mais ce n’est pas mécanique : l’école, les amis, les collègues de travail, etc. peuvent nous conduire à faire des activités différentes.

Quand la culture ne vient pas à nous
A l’école, l’enseignement de l’art n’occupe qu’une petite place dans les emplois du temps. Ceux qui dirigent les opéras, les écoles de musique, les musées ou les théâtres se préoccupent rarement de démocratiser leur public. Pourtant, ce sont des institutions publiques, financées par tous les citoyens. Une grande partie du prix des places est subventionnée, payée par les impôts de l’ensemble des contribuables. Des efforts restent à faire pour que tout le monde ait accès aux musées ou aux expositions, tout au long de l’année, et pas seulement lors d’événements spéciaux, comme les « Journées du patrimoine ».

La culture classique, c’est ennuyeux ?
Oui, parfois. Et à vrai dire pour les jeunes, assez souvent. Un grand nombre de livres classiques par exemple sont difficiles à lire pour la plupart des adolescents, du fait du vocabulaire ou du type d’histoire racontée. Même chose pour la musique, quand on n’est pas habitué. Rien de pire que de se forcer à s’ennuyer en lisant un livre, comme l’a bien raconté l’écrivain Daniel Pennac dans son livre « Comme un roman » (Gallimard, 1992). Ce qui n’empêche pas de faire des efforts et aussi de se faire aider pour comprendre. La culture c’est parfois comme l’escalade en montagne, le plaisir est au bout du chemin.



Cet article est la reprise de notre fiche pédagogique consacrée à la culture, extraite de la pochette « Inégalités sociales et discriminations ». Vous pouvez consulter les autres fiches dans la rubrique Outils.

Illustrations de Damien Roudeau et Guillaume Reynard.

Date de rédaction le 29 février 2016

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