Education



Retard scolaire : le grand écart entre milieux sociaux

19 septembre 2014 - 20,5 % des élèves issus de milieux défavorisés ont déjà redoublé au moins une fois à l’arrivée en sixième, soit six fois plus que ceux issus de milieux très favorisés.


Un cinquième des élèves issus de milieux défavorisés ont redoublé au moins une fois avant d’entrer en sixième (données Insee 2011) soit six fois plus que les élèves dont les parents sont très favorisés (3,6 %). Un tiers des élèves de nationalité étrangère, eux-mêmes plus souvent issus de milieux populaires, sont concernés contre 12 % des élèves français [1]. De la même façon, 22 % des élèves vivant dans une Zone urbaine sensible (Zus) sont en retard à l’école contre 11,6 % hors Zus. Ce phénomène est pour l’essentiel lié à leurs origines sociales, mais l’Insee note que la concentration de personnes défavorisées sur un territoire joue un rôle en soi : à milieu social équivalent, le fait d’être entouré d’une population de même milieu influence les résultats scolaires.


Très favorisés, favorisés, moyenns, défavorisés : de qui s’agit-il ?
Pour le ministère de l’Education nationale, la catégorie « défavorisée » regroupe les ouvriers, les chômeurs et les inactifs n’ayant jamais travaillé. La catégorie « moyenne » comprend les agriculteurs exploitants, les artisans commerçants et les employés. La catégorie « favorisée » correspond aux professions intermédiaires. Enfin, la catégorie « très favorisée » rassemble les cadres supérieurs, les professions libérales, les chefs d’entreprise et les enseignants.
Retard scolaire à l'entrée en 6e
Unité : %
Au moins un an de retard
Selon le sexe
Filles11,0
Garçons13,6
Selon l'origine
Nationalité française11,8
Nationalité étrangère32,4
Selon la catégorie sociale du responsable de l'enfant
Categ. soc. très favorisée3,6
Categ. soc. favorisée7,6
Categ. soc. moyenne11,2
Categ. soc. défavorisée20,5
Selon le territoire de résidence
En ZUS*21,7
Hors ZUS11,6
Ensemble12,3
*Zone urbaine sensible.
Source : Insee - Données 2011 - © Observatoire des inégalités

La baisse du recours au redoublement [2], outil qui a prouvé son inefficacité, fait qu’en troisième on trouve de moins en moins d’élèves en retard : leur part est passée de 39 % à 24 % de l’ensemble des élèves de troisième entre 2004 et 2013. Cette baisse est sensible pour l’ensemble des catégories sociales. Ainsi, la part d’élèves en retard est passée de la moitié à un tiers au cours de la période. Pour autant, les écarts se maintiennent : en troisième, la part d’enfants qui ont redoublé au moins une fois est trois fois importante dans les catégories défavorisées que dans les catégories favorisées.

Evolution de la part d'élèves en retard en troisième selon la catégorie sociale
Unité : %
2004
2013
Très favorisée1910
Favorisée3117
Moyenne3823
Défavorisée5335
Total3924
Elèves de troisième, Segpa inclus, enseignements public et privé. Lecture : en 2004, 19 % des élèves de troisième très favorisés avaient un an de retard ou plus.
Source : ministère de l'Education nationale - © Observatoire des inégalités

Photo / © morane - Fotolia.com

Notes

[1Mais « ces chiffres doivent toutefois être considérés avec prudence : le nombre d’élèves étrangers semble assez sous-estimé dans le fichier des élèves du secondaire », précisent les auteurs de la note.

[2Ce moindre recours au redoublement a permis de réduire les dépenses : les jeunes restent moins longtemps dans le système, malheureusement il n’a pas été accompagné de mesures préventives pour éviter le décrochage et un certain nombre d’élèves terminent leur scolarité en difficulté, sans qu’on leur offre de réelle solution.

Date de rédaction le 19 septembre 2014

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