Territoires



Territoires : où vivent les pauvres ?

6 octobre 2014 - Près de 60 % des personnes pauvres vivent dans de très grandes villes. 2,5 millions résident dans des communes de 200 000 habitants ou plus, 1,3 million dans l’agglomération parisienne. Extrait du Centre d’observation de la société.


60 % des personnes pauvres vivent dans des agglomérations de plus de 50 000 habitants, mais le taux de pauvreté est le plus élevé (19 %) dans celles de 100 000 à 200 000 habitants, selon les données 2011 de l’Insee [1]. On débat beaucoup sur la pauvreté en France, souvent sans données très précises : en voici l’essentiel.

La plus grande partie des personnes pauvres vivent dans de très grandes villes : 15,5 % de l’ensemble habitent dans l’agglomération parisienne et 29 % dans les autres agglomérations de plus de 200 000 habitants, soit 44 % du total. Mais l’Ile-de-France (et Paris en particulier) s’est en partie vidée de sa population pauvre [2] du fait de l’explosion des prix des loyers à partir des années 1980. Au total, 1,3 million de personnes démunies vivent dans l’agglomération parisienne, soit un taux de 13,2 % [3], inférieur à la moyenne du pays. Ce chiffre masque des contrastes importants entre les territoires de cette gigantesque agglomération qui concentre l’extrême richesse et la plus grande pauvreté, des Hauts-de-Seine à la Seine-Saint-Denis.

A elles seules, les agglomérations de 200 000 habitants ou plus, hors la région parisienne, concentrent près d’un tiers des personnes pauvres, soit 2,5 millions de personnes. Là aussi, l’effet prix joue et empêche une partie des populations les plus démunies de s’y loger, notamment au cœur des villes, et les contrastes sont marqués entre les différentes parties de ces territoires. Les unités urbaines de 50 000 à 199 999 habitants rassemblent 15 % des personnes pauvres (1,3 million). C’est là que les taux de pauvreté sont les plus élevés, plus précisément dans les agglomérations de 100 000 à 199 999 habitants (19 %). Ensuite, plus on se dirige vers des petites unités urbaines, plus le taux de pauvreté diminue. Au total, 1,6 million de personnes pauvres vivent dans des communes rurales, mais le taux de pauvreté n’y est que de 11 %.

Contrairement à une thèse répandue selon laquelle la France paupérisée se situerait dans le périurbain lointain ou dans les campagnes, elle est surtout présente en ville. Mais il est vrai que l’unité urbaine comprend des communes et des quartiers très différents, que ne peuvent faire apparaître ces chiffres. L’Insee ne diffuse malheureusement pas de données sur la pauvreté à un niveau détaillé. Il faut se contenter de données sur les revenus avant prestations, sur les minima sociaux (mais il s’agit de très bas niveaux de vie) ou d’estimations. Une étude du Compas a ainsi montré que dans les grandes communes les plus pauvres, les taux de pauvreté dépassaient les 30 %, notamment en Ile-de-France qui apparaît en moyenne moins défavorisée.

L’approche territoriale de la pauvreté demeure très générale, ce qui alimente un débat parfois assez vague. Pour aller plus loin, il faudrait distinguer plus finement les territoires selon la fonction des communes au sein des unités urbaines (centre-ville, banlieue proche ou plus lointaine, etc.) et observer la pauvreté des quartiers. Souvent, les pauvres n’ont plus les moyens de se loger au cœur embourgeoisé de la plupart des villes de France [4]. On trouve les quartiers les plus précaires d’habitat social en banlieue, plus ou moins proches du centre en fonction de la taille de la ville, puis des banlieues très inégales, plus ou moins favorisées et enfin une baisse du revenu dans les campagnes éloignées. Il faudrait aussi croiser ces territoires avec des critères socio-démographiques selon les territoires. Là aussi en schématisant à l’extrême, on trouve plus de célibataires au cœur des villes, des familles (notamment monoparentales) dans l’habitat social, des personnes plus âgées en milieu rural.



Extrait du Centre d’observation de la société.

Lire aussi notre article : Les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France.

Photo / © Christian Müller - Fotolia.com

Notes

[1Le seuil utilisé correspond à 60 % du niveau de vie médian, soit 964 euros mensuels.

[2Du moins celle qui est dénombrée, car on y trouve une population non comptabilisée plus importante du fait de domiciles précaires . Il faut noter que les données de l’Insee ne prennent pas en compte les ménages qui vivent en collectivité (maison de retraite, prisons, centre d’hébergement, etc.).

[3Soit : 13,2 % des franciliens sont pauvres (taux de pauvreté), à ne pas confondre avec 15,5 % des pauvres vivent à Paris (la répartition de la population pauvre).

[4Ce n’est pas toujours le cas, comme le montre l’exemple marseillais.

Date de rédaction le 13 mars 2014

© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Soutenir l'Observatoire des inégalités

Sur le même sujet

Les pauvres vivent dans les grandes villes, pas en périphérie

17 mai 2017
65 % des personnes pauvres vivent dans les grandes villes, là où habitent aussi les plus riches et où les inégalités de revenus sont les plus élevées.

Les dix quartiers prioritaires les plus pauvres de France

19 juillet 2016
Les quartiers les plus en difficulté affichent des taux de pauvreté supérieurs à 70 %. Près de deux fois plus que dans l’ensemble des quartiers prioritaires de la ville et cinq fois plus que la moyenne nationale. Notre classement des dix quartiers prioritaires les plus pauvres de France.

Niveau de vie et inégalités : testez votre commune

10 juin 2016
Combien gagnent les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres dans votre commune ? Quel est le niveau des inégalités ? Testez le comparateur des territoires élaboré par le Compas, en partenariat avec l’Observatoire des inégalités et la Gazette des communes.

Les communes aux plus gros patrimoines

21 janvier 2014
Avec un patrimoine moyen de 4,6 millions d’euros, Neuilly-sur-Seine arrive en tête des grandes villes qui comptent les patrimoines les plus élevés de France.

Des départements d’outre-mer marqués par les difficultés sociales et les inégalités

8 octobre 2013
Oubliés de bien des études nationales, les départements d’outre-mer sont pourtant confrontés à des difficultés économiques et sociales majeures. Les inégalités qui y règnent sont beaucoup plus importantes que sur le reste du territoire national. Synthèse de données sociales sur les revenus, l’emploi et l’éducation. Extrait d’une note d’études du (...)

Revenus et inégalités : le premier bilan de l’impact de la crise pour les communes

16 juillet 2013
A Rennes, les revenus des plus riches ont augmenté de 5,5 % entre 2008 et 2011, ceux des plus pauvres ont diminué de 11,8 %. La crise creuse les inégalités, mais les moyennes nationales masquent des écarts encore plus importants au niveau local.

Revenus : la France des territoires extrêmes

18 juin 2013
Le revenu médian varie de 2 300 à 58 000 euros selon les quartiers. Une présentation des données extrêmes par type de territoire.

La pauvreté dans les régions

14 juin 2013
Le taux de pauvreté varie de 11,6 % en Bretagne à 19,7 % en Corse. Les régions du Nord et du Sud de la France sont les plus touchées.

La pauvreté dans les départements

14 juin 2013
Le taux de pauvreté varie en France selon les départements de 4 % à près de 15 %. La pauvreté est plus forte au nord et au sud de la France.

Villes riches, villes pauvres : le revenu des habitants

23 novembre 2012
L’Observatoire des inégalités présente son classement des villes où les habitants sont les plus riches et des villes où ils sont les plus pauvres parmi les 200 plus grandes villes de France. A Neuilly-sur-Seine, le revenu médian par habitant est 4,5 fois plus élevé qu’à Roubaix.

FERMER