La recherche sur les inégalités -
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Ecologie et inégalités
le 1er octobre 2009
Ecologie et inégalités sont deux domaines très souvent imbriqués. Economiste et conseiller scientifique à l’OFCE (Centre de recherche en économie à Sciences Po) et chercheur invité au Centre d’études européennes de l’Université d’Harvard, Eloi Laurent nous propose une synthèse des principales problématiques liées aux enjeux environnementaux et sociaux.Le projet de l’économie politique, tel que défini par Adam Smith au Livre IV de la Richesse des nations, était de « procurer au peuple un revenu ou une subsistance abondante, ou, pour mieux dire, de le mettre en état de se [le] procurer lui-même » et de « fournir à l’État ou à la communauté un revenu suffisant pour le service public », en somme « d’enrichir à la fois le peuple et le souverain » en articulant système économique et système politique. L’ambition de l’écologie politique pourrait être, au moyen des ressources accumulées par la puissance publique, de permettre au plus grand nombre d’accéder au développement humain (revenu, éducation, santé) de manière durable. Les rapports qu’entretiennent la démocratie, définie comme le régime politique qui vise à réaliser la justice sociale, et l’écologie, définie comme la considération portée aux générations futures, se trouvent, dans cette approche, au centre des interdépendances – en fait de la codétermination – des systèmes économique, écologique et politique [1].
Dans cette perspective, comment se présente la relation entre écologie et inégalités ? De nombreux problèmes distincts sont ici entremêlés, et seuls certains d’entre eux [2] sont abordés ici dans une visée typologique. Le premier tient au lien entre inégalités de développement économique et humain dans le monde, qualité des politiques environnementales et vulnérabilité aux catastrophes dites « naturelles ». Sont ici concernés les pays pauvres et en quête de développement. Une ramification du problème a trait à la relation, complexe, entre faiblesse du développement humain, mauvaise gouvernance et insuffisante protection de l’environnement. La première partie de cet article tente d’éclairer ces aspects. Une deuxième problématique générale touche, au sein des nations développées, à l’influence des inégalités de revenu sur la qualité des politiques environnementales. Séparer cette question de la précédente peut sembler délicat, voire artificiel ou arbitraire, mais il semble bien qu’en degré, sinon en nature, les deux diffèrent bel et bien. En somme, la validité de deux hypothèses nous occupe respectivement dans les deux premières parties. D’abord, les sociétés les moins développées seraient aussi celles qui protègeraient le moins l’environnement (alors que celui-ci y est parfois justement d’une exceptionnelle richesse) et qui protègeraient le moins leurs citoyens par rapport aux catastrophes « naturelles », ce qui dépend autant de leur état économique que de leur état démocratique. Ensuite, les sociétés les plus inégalitaires au sein des pays riches seraient aussi celles dont les politiques environnementales seraient les moins ambitieuses.
La troisième partie de cet article vise à pousser la logique de cette dernière hypothèse pour poser deux nouvelles questions : qu’est-ce que la « justice environnementale » ? Que sont les « inégalités environnementales », comment en prendre la mesure, comment éventuellement les réduire ? L’article se clôt par une réflexion sur la possible compatibilité entre exigence environnementale et exigence sociale et avance l’idée de politiques publiques « social-écologiques ».
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Source photo : andjohan
[1] C’est la démarche de la « nouvelle écologie politique » adoptée dans Fitoussi et Laurent (2008).
[2] Nous ne traiterons ainsi pas ici, par exemple, de la question pourtant capitale des inégalités intergénérationnelles. Sur ce point, voir Fitoussi et Laurent (2008).



