Quelles sont les villes les plus inégalitaires de France ?

12 novembre 2015 - Les villes les plus inégalitaires en France sont pour l’essentiel les villes aisées situées en banlieue ouest de Paris. Les villes les plus égalitaires sont à la fois des villes de classes moyennes et des villes pauvres. Un article extrait du Centre d’observation de la société.


Neuilly-Sur-Seine, Paris, Annemasse : voici le trio des villes les plus inégalitaires selon le rapport dit « interdécile », qui divise le revenu minimum des 10 % les plus riches [1] par celui maximum des 10 % les plus pauvres [2]. Pour la première fois en France, l’Insee a publié des données locales sur les revenus qui permettent d’étudier la pauvreté mais aussi les inégalités de revenus après impôts et prestations sociales, données qui n’avaient jamais été intégrées. Une lecture beaucoup plus proche de la réalité des écarts.

Neuilly-sur-Seine (92), la ville la plus inégalitaire, surpasse les autres communes [3] : le niveau de vie   à partir duquel on entre au sein des 10 % les plus riches y est huit fois supérieur au seuil des 10 % les plus pauvres. A Paris, seconde ville du classement, ce rapport n’est « que » 6,7 fois supérieur [4]. Dans les villes qui suivent (Annemasse, Boulogne-Billancourt,etc.), le rapport est 5 fois supérieur, contre 3,5 fois en moyenne pour la métropole.

Les villes les plus inégalitaires sont le plus souvent des villes dont la population est en moyenne très riche mais qui ne sont pas pour autant désertées par les pauvres, même si ces derniers y sont moins pauvres qu’ailleurs. A Neuilly par exemple, le seuil de niveau de vie des 10 % les plus pauvres se monte à 14 000 euros annuels pour une personne, 40 % de plus que les plus pauvres au niveau national. Les inégalités résultent donc du fait que les plus riches y sont bien plus riches qu’ailleurs. Dans cette même ville, le seuil des 10 % des revenus les plus élevés se situe à 117 000 euros annuels (après impôts), soit plus de trois fois plus que pour l’ensemble de la France métropolitaine. Le classement selon l’écart interdécile (l’écart en euros entre le seuil des plus riches et celui des plus pauvres) fait ressortir les villes où les riches sont très riches : uniquement des communes de l’ouest de Paris. Dans la plupart, le seuil des 10 % les plus aisés se situe à environ 50 000 euros par an au-dessus du seuil des plus pauvres. Chaque mois, les plus riches disposent au minimum de 4 200 euros de plus à dépenser par personne (après impôts et prestations sociales) que les plus modestes. A lui seul, ce surcroît équivaut presque à quatre mois de travail rémunéré au niveau du Smic.

Toutes les villes inégalitaires ne sont pas dans ce cas. Ainsi Annemasse (banlieue de Genève), troisième du classement des inégalités selon le rapport interdécile  , a une position différente des communes de l’ouest parisien : les pauvres (9 000 euros annuels pour le seuil des 10 %) ont un revenu très inférieur et les riches un revenu supérieur (49 000 euros) à la moyenne nationale, mais ils ne sont pas au niveau de l’Ile-de-France. Certaines villes sont inégalitaires parce que les pauvres sont particulièrement pauvres. C’est le cas de Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis, en 14e position) : le seuil des 10 % les plus pauvres est parmi les plus bas de France (7 650 euros annuels) et celui des 10 % les plus riches est un peu en-dessous de la moyenne. On observe cette situation dans un assez grand nombre de communes de banlieue de l’Est parisien.

Le Grand-Quevilly (76), Couëron (44) et Grande-Synthe (59) sont les villes les plus égalitaires selon le rapport interdécile [5]. Parmi les moins inégalitaires, on peut, là aussi, distinguer deux types de villes. Dans les premières, que l’on pourrait qualifier de « villes classes moyennes », les pauvres sont plutôt moins pauvres et les riches moins riches qu’en moyenne nationale, d’où de moindres inégalités. On trouve dans cet ensemble des villes comme Grand-Quevilly, Couëron (et les autres communes de la banlieue nantaise) ou Saint-Médard-en-Jalles (33). Les secondes, que l’on pourrait qualifier de « villes modestes », sont un cran en-dessous, avec un niveau de vie médian   nettement inférieur aux précédentes. Les plus pauvres ne sont pas dans la situation des territoires les plus déshérités, et les plus riches à un niveau très inférieur à la moyenne nationale. L’égalité se fait par le bas. A Grande-Synthe, par exemple, on entre parmi les 10 % les plus favorisés avec 24 000 euros annuels (quatre fois moins qu’à Neuilly-sur-Seine). Dans cette ville, comme à la Courneuve, Wattrelos ou d’autres, l’écart entre le seuil des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres se situe aux alentours de 15 000 à 16 000 euros, trois ou quatre fois moins que dans les communes de l’Ouest parisien.

Les données sur les inégalités au sein des communes sont riches d’enseignements. Elles montrent les écarts qui existent dans notre pays dans le domaine des revenus, en fonction des territoires. Vivre à Rezé (44) ou à Saint-Cloud (92) ne signifie pas du tout la même chose en termes d’écarts de niveaux de vie  . Elles indiquent aussi que les inégalités peuvent prendre des formes différentes selon la structure des niveaux de vie : par en haut (des riches très riches) ou par en bas (des pauvres très pauvres).
L’interprétation des chiffres de l’Insee, qui intègrent des communes de taille et de fonction parfois très différentes (une petite commune isolée, une grande ville de banlieue, Paris…), invite tout de même à la prudence. Le niveau retenu et le découpage administratif influencent les classements : on ne distingue pas ici les arrondissements des grandes villes, par exemple. Il faudrait aussi pouvoir distinguer inégalité et mixité : une commune inégalitaire où pauvres et riches vivent ensemble n’est pas équivalente à une commune où les quartiers sont très ségrégués. Inversement, une commune égalitaire peut être dans cette situation parce qu’elle n’accueille ni très riches, ni très pauvres : l’entre-soi des couches moyennes. L’étude des données par quartier serait, elle aussi, pleine d’enseignements. Enfin, il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives sur la responsabilité des élus locaux. Certaines communes peuvent être inégalitaires parce qu’elles ont mis en œuvre une politique de logement social et accueilli les plus démunis, ceux dont les autres n’ont pas voulu. D’autres (parfois les mêmes) le sont parce que les plus pauvres sont lourdement frappés par la crise et le chômage, contre lesquels la commune n’a que des moyens d’action relativement limités.

Les dix communes où l'écart entre le niveau de vie annuel des riches et des pauvres est le plus élevé
Unité : euros
Ecart entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches
Neuilly-sur-Seine97 672
Saint-Cloud63 394
Saint-Mandé54 960
Boulogne-Billancourt54 634
Paris54 239
Sèvres52 316
Levallois-Perret50 362
Saint-Germain-en-Laye50 079
Maisons-Laffite48 937
La-Celle-Saint-Cloud47 478
Villes de plus de 20 000 personnes vivant en ménages fiscaux.
Source : Insee - Données 2012
Les dix communes les plus inégalitaires
Selon le rapport* entre le niveau de vie des riches et des pauvres
Rapport
Neuilly-sur-Seine8,0
Paris6,7
Annemasse5,5
Boulogne-Billancourt5,4
Saint-Cloud5,3
Saint-Mandé5,2
Asnières-sur-Seine5,1
Sèvres5,0
Levallois-Perret4,9
Suresnes4,9
* Rapport entre le seuil de niveau de vie des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres. Villes de plus de 20 000 habitants en ménages fiscaux.
Source : Insee - Données 2012

Cet article est extrait repris du Centre d’observation de la société. On y trouve aussi les tableaux des villes les plus égalitaires.

Photo / © Mbzt via wikicommons

Notes

[1Pour une personne seule vivant en ménage fiscal dans une ville de plus de 20 000 habitants, après impôts et prestations sociales.

[2A ne pas confondre avec le revenu moyen de la tranche de 10 %.

[3Toutes tailles de communes confondues, la plus inégalitaire est la petite ville de Ferney-Voltaire dans la partie française de la banlieue de Genève : le rapport entre riches et pauvres va de 1 à 10 avec une pauvreté très importante.

[4Attention : dans les 7e et 8e arrondissements parisiens, non présentés, le rapport va quasiment de 1 à 10.

[5Pour les données, voir le site du Centre d’observation de la société.

Date de rédaction le 12 novembre 2015

Dernière révision le 24 novembre 2015

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