La moitié des fils de cadres supérieurs deviennent cadres supérieurs, contre un dixième des fils d’ouvriers. Les chances d’accès aux positions sociales sont loin d’être équivalentes.
Les chances d’accès aux positions sociales sont loin d’être équivalentes. 52 % des hommes âgés de 40 à 59 ans fils de cadres supérieurs étaient eux-mêmes cadres supérieurs alors que seuls 10 % des fils d’ouvriers du même âge occupaient le statut de cadre en 2003 selon les dernières données disponibles de l’Insee [1]. En revanche, 46 % des fils d’ouvriers étaient eux-mêmes ouvriers, contre 10 % des fils de cadres supérieurs.
La mobilité se fait plus facilement entre catégories proches : un tiers des hommes dont le père avait une profession intermédiaire sont devenus cadres, alors qu’avec un père employé, il est moins fréquent de devenir cadre (22 %) mais davantage de devenir profession intermédiaire (28 %).
Globalement, la mobilité sociale n’est pas stoppée, même si elle est moins forte que durant les trente glorieuses, période de croissance économique qui a suivi la Seconde guerre mondiale. En 2003, 65 % des hommes de 40 à 59 ans n’étaient pas employés dans une profession appartenant à la même catégorie sociale que celle de leur père, selon l’Insee. En 1977, ce même indicateur était de 57 %.
Pour comprendre la mobilité sociale, il faut bien distinguer deux phénomènes.
Tout d’abord, la mobilité sociale est liée à une mobilité dite « structurelle » : les changements de la structure des emplois. Quand le nombre de cadres augmente, l’accès à cette catégorie est mécaniquement plus ouvert. Même si tous les fils de cadres le devenaient, il reste des places pour les autres. A l’inverse, la diminution du nombre d’agriculteurs explique que seulement 22 % des fils le soient devenus eux aussi. La mobilité structurelle progresse : sur 100 fils âgés de 40 à 59 ans en 2003, 25 ont connu une mobilité structurelle, 5 de plus qu’en 1977.
Mais la mobilité dépend aussi de phénomènes qui ne sont pas liés aux transformations de l’emploi. On parle de mobilite « nette » ou de « fluidité sociale ». Pour la calculer, on déduit de la mobilité totale la mobilité structurelle. Cette mobilité nette est en quelque sorte un indicateur de l’égalité des chances d’accéder aux diverses positions sociales, liée par exemple à une meilleure scolarisation des milieux les moins favorisés. En 2003, la mobilité nette concernait 40 % des hommes et représentait donc près des deux tiers de la mobilité sociale totale, preuve que l’ascenseur social n’était pas bloqué. Mais après avoir progressé entre 1977 et 1993, elle a régressé entre 1993 et 2003. Au total, on est pourtant loin de l’égalité des chances. L’Insee note que si l’on prend deux hommes au hasard, l’un fils de cadre, l’autre fils d’ouvrier, le premier a huit chances sur dix d’occuper une position sociale supérieure ou égale à celle du second.
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Et depuis 2003 ?
Les données les plus récentes de l’Insee sur la mobilité ont été mesurées il y a… dix ans ! Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts de la mobilité sociale. En plus, elles portent sur des hommes, âgés de 40 à 59 ans : cela veut dire qu’ils sont nés entre 1940 et 1960. Certains sont entrés sur le marché du travail dès la fin des années 1950, d’autres jusqu’aux années 1980. On parle d’un ascenseur bien ancien, qui ne nous dit rien des générations des années suivantes. La prochaine enquête de l’Insee est prévue en 2014 et ne devrait pas apporter de résultats avant... 2016.
Depuis 2003, la situation de l’emploi s’est encore dégradée. Le sociologue Camille Peugny (lire La mobilité sociale est en panne) s’est intéressé à la situation des personnes ayant quitté la formation initiale depuis 5 à 8 ans en 2009 (voir tableau « tel père, tel fils ? »). Il prend donc en compte des personnes nées jusqu’à la fin des années 1980. Il montre que depuis 2003 l’immobilité sociale stagne, voire tend à augmenter légèrement : un tiers des personnes appartiennent toujours à la même catégorie sociale que leur père.
Un ascenseur social bloqué ?
Plusieurs raisons expliquent le sentiment que « l’ascenseur social est bloqué » :
Tout d’abord, on monte toujours, mais on descend aussi plus souvent. Entre 1983 et 2003, si l’on prend les hommes et les femmes [2] âgés de 30 à 59 ans, la proportion de personnes en ascension sociale est passée de 37,7 à 38,7 %. Mais, la part de ceux qui sont descendus dans la hiérarchie sociale par rapport à leurs parents est passée de 18,6 à 21,9 %. Le rapport entre ceux qui montent et ceux qui descendent a diminué de 2,2 à 1,77 [3]. Si l’on ne considère que les les 35-39 ans, ceux nés entre 1944 et 1948 avaient connu 2,2 fois plus souvent une montée dans l’échelle sociale qu’une descente. Pour les personnes nées entre 1964 et 1968, le chiffre est passé à 1,4.
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La mobilité sociale est exagérée car elle enregistre des passages entre milieux très proches. Un fils d’ouvrier devenu livreur sera comptabilisé comme mobile mais sa position dans la hiérarchie sociale change peu en réalité. Ce chiffre minore l’immobilité, du fait de la ressemblance entre les ouvriers et employés en matière de statut social. En 2010, 56 % des jeunes sortis depuis trois ans de formation initiale dont le père était ouvrier et 60 % de ceux dont le père était employé étaient eux-mêmes soit ouvriers, soit employés, selon les données du Cereq [4].
Au fond, ce qui marque les esprits, c’est le changement par rapport à la période précédente. Les Trente Glorieuses ont assuré une promotion sociale massive. Cette promotion existe toujours, mais à un niveau qui n’est plus du tout équivalent en partie du fait de la dégradation de l’emploi, alors que les jeunes sont de plus en plus qualifiés. Aujourd’hui le taux de précarité atteint 50 % chez les jeunes (Voir notre article L’état de la précarité de l’emploi en France). Il faut un temps encore plus long pour s’insérer durablement dans l’emploi. Une partie des couches moyennes, issues de milieux modestes (ouvriers et agriculteurs notamment) voient leurs descendants peiner à rééditer les mêmes parcours alors qu’ils sont plus diplômés qu’eux.
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Pour en savoir plus :
« En un quart de siècle, la mobilité sociale a peu évolué » - Données sociales : la société française. Insee, édition 2006.
« Le destin au berceau », Camille Peugny, éd. République des idées - Seuil, 2013.
« Quand l’école est finie...Premiers pas dans la vie active d’une génération, enquête 2010 », Enquête 2010, Cereq, 1er trimestre 2012
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[1] Voir « En un quart de siècle, la mobilité sociale a peu évolué » - Données sociales : la société française. Insee, édition 2006.
[2] Les données de l’Insee ne concernent que les hommes. L’élévation du taux d’activité féminine rend plus difficile à interpréter la mobilité sociale des filles, qui résulte pour une très grande part des changements de comportements d’activité.
[3] Voir Éducation et mobilité sociale : la situation paradoxale des générations nées dans les années 1960 - Insee, Camille Peugny.
[4] « Quand l’école est finie...Premiers pas dans la vie active d’une génération, enquête 2010 », Enquête 2010, Cereq, 1er trimestre 2012.
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